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Rhumatisme psoriasique axial : mieux le connaître, mieux le détecter, mieux le traiter

L’atteinte axiale dans le rhumatisme psoriasique est largement sous-évaluée. Proche de la spondylarthrite axiale, le rhumatisme psoriasique axial s’en distingue cependant par un certain nombre de caractéristiques spécifiques, notamment en termes de réponse au traitement. D’où l’importance de mieux l’identifier, de manière précoce. Plusieurs études récentes apportent de nouveaux éléments.

Le rhumatisme psoriasique axial (axPsA) a été décrit pour la première fois en 1973 par Moll & Wright. En l'absence de consensus sur une définition claire, il fait parfois débat : faut-il le considérer comme une entité distincte ou comme une spondylarthrite axiale (axSpA) doublée d'un psoriasis ? Une revue systématique américaine publiée dans la Revue du Rhumatisme en mai 2024 fait le point sur la question. (1)

Ces chercheurs citent en préambule des études soulignant la sous-évaluation du rhumatisme psoriasique axial : présent chez 25 à 70 % des patients atteints de rhumatisme psoriasique (PsA) de longue durée et chez 5 à 28 % des patients PsA nouvellement diagnostiqués. Une étude canadienne chiffrait quant à elle à 36 % la fréquence du PsA axial parmi les patients atteints de PsA.

Proche de la spondylarthrite axiale, le rhumatisme psoriasique axial s'en distingue par des caractéristiques radiographiques et cliniques spécifiques : à l'imagerie, généralement des syndesmophytes asymétriques touchant essentiellement le rachis cervical, ainsi que, moins fréquemment, une sacro-iliite. Le PsA axial se manifeste également à un âge plus avancé et est associé à une rachialgie inflammatoire moins sévère. En termes de pathogenèse, ces deux pathologies ont en commun une surexpression de l'axe IL-23/IL-17. Les inhibiteurs d'IL-23 ne sont pas efficaces dans la spondylarthrite axiale, mais des travaux récents suggèrent une efficacité dans le PsA axial. Des données qui devront être explorées par de nouvelles études mais pourraient ouvrir la voie à une meilleure compréhension de l'axPsA et une meilleure prise en charge.

Enthésite et âge plus jeune

Publiée en mars 2025 dans Rheumatology, une étude multicentrique grecque examinait quant à elle les phénotypes cliniques de patients atteints de PsA axial, ainsi que d'éventuelles associations (et facteurs de risque). (2)

Parmi 922 patients atteints de PsA et recrutés dans des services de rhumatologie en 2022, 25,8 % (n = 238) présentaient un PsA axial (âge moyen 55,5 ans, 51% de femmes). Dans ce groupe axial, 42 % (n = 101) avaient un axPsA sacro-iliaque et 32 % (n = 75), un axPsA rachidien, et 26 % avaient les deux. 

Chez ces patients axPsA : moins souvent une arthrite périphérique au diagnostic, et plus souvent HLA-B27 positifs, antécédents d'enthésite et maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI). 

L'axPsA sacro-iliaque état associé à un âge plus jeune (OR 0,97, IC à 95 % : 0,94-0,99) et à la présence d'enthésite au diagnostic (OR 3,37, IC à 95 % : 1,66-6,82).

 Des formes non radiographiques d'axPsA étaient identifiées chez 35 % de ces patients axPsA (plus souvent des femmes [OR : 2,59] et plus jeunes [OR : 0,96] que ceux présentant des formes radiographiques d'axPsA).

BASDAI et ASDAS restent utiles

Une étude menée par une équipe internationale (Rheumatology Advances in Practice, avril 2024) examinait la pertinence des scores BASDAI et ASDAS pour évaluer l'atteinte axiale chez des patients PsA.(3) Elle concluait qu'en l'absence d'outil spécifique axPsA, ces deux outils conçus pour la spondylarthrite axiale permettaient une bonne évaluation de l'atteinte axiale dans l'axPsA. 

Détecter en dermatologie ?

Une étude italienne parue elle aussi dans Rheumatology (août 2024) explorait une stratégie originale d'identification précoce de l'axPsA. (4) Dans cette cohorte italienne de patients (≥ 18 ans) atteints de psoriasis, des dermatologues utilisaient un questionnaire (DCS - Dermatologist-centred screening) pour identifier les patients éligibles à une évaluation rhumatologique. Cet outil a ainsi permis d'adresser à un rhumatologue 46 % des patients inclus, et d'identifier de manière précoce un axPsA chez 29 % d'entre eux.

Sources :

  1. Patrick Yousif, Vicky Nahra, Muhammad A Khan, et coll., Rhumatisme psoriasique axial : caractéristiques de la maladie, pathogenèse et controverses autour du traitement, Revue du Rhumatisme, Volume 91, Issue 3, 2024, https://doi.org/10.1016/j.rhum.2023.12.003
  2. Vassilakis KD, et coll. Identification and characteristics of patients with axial psoriatic arthritis: clinical, phenotypic, and imaging associations. Rheumatology (Oxford). 2025 Mar. https://doi.org/10.1093/rheumatology/keaf137
  3. Baraliakos X, Gladman DD, Chakravarty SD, et coll. BASDAI versus ASDAS in evaluating axial involvement in patients with psoriatic arthritis: a pooled analysis of two phase 3 studies. Rheumatol Adv Pract. 2024 Apr. https://doi.org/10.1093/rap/rkae058
  4. Luchetti Gentiloni MM, Paci V, Cimaroli I, Agostinelli A, et coll., The ATTRACT study: screening for the early identification of axial psoriatic arthritis in a cohort of Italian psoriatic patients. Rheumatology (Oxford). 2024 Aug . https://doi.org/10.1093/rheumatology/kead566
Rhumatisme psoriasique axial : caractéristiques de la maladie, pathogenèse et controverses autour du traitement
Identification and characteristics of patients with axial psoriatic arthritis: clinical, phenotypic and imaging associations
BASDAI versus ASDAS in evaluating axial involvement in patients with psoriatic arthritis: a pooled analysis of two phase 3 studies
The ATTRACT study: screening for the early identification of axial psoriatic arthritis in a cohort of Italian psoriatic patients

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