Psoriasis : diminuer les anti-IL-17 et anti-IL-23 augmente légèrement le risque de rhumatisme psoriasique (étude néerlando-belge)
Chez les patients atteints de psoriasis à activité de la maladie faible ou stable, diminuer les doses de biothérapies ciblant les interleukines IL-17 et IL-23 jusqu’à 50 % permet de garder une bonne activité dermatologique au prix d’un petite majoration du risque rhumatologique. Ce sont les résultats d'une étude néerlando-belge présentés au congrès 2025 de l'European Academy of Dermatology and Venereology (EADV).
La prise en charge du psoriasis modéré à sévère a été bouleversée par l'arrivée des biothérapies. Les anticorps ciblant en particulier les IL-17 et IL-23 se sont montrés particulièrement efficaces, mais ils doivent être utilisés à vie au risque d'effets indésirables et d'un coût élevé pour la société. Pour y remédier, Juul van den Reek et coll. (Nimègue, Pays-Bas) ont mis en place l'étude BeNeBio visant à vérifier la non-infériorité, par rapport à la prise en charge habituelle, d'une réduction de dose des biothérapies anti-IL-17 et anti-IL-23 chez des patients dont le psoriasis était stabilisé. L'idée est d'examiner s'il est effectivement possible de diminuer les doses d'anti IL-17 ou IL-23.
L'analyse portait sur un total de 244 patients adultes (recrutés dans 19 centres hospitaliers en Belgique et aux Pays-Bas), sous traitement par anti-IL-17 ou anti-IL-23 à doses standard depuis au moins six mois et présentant un psoriasis stable depuis au moins six mois (scores PASI et DLQI de 5 points maximum). Ils ont été répartis aléatoirement (2:1) entre un groupe de réduction de dose (n = 164) et un groupe de soins habituels (n = 80). Les patients du premier groupe ont suivi une réduction de dose en deux phases (d'abord à 67 %, puis à 50 % de leur dose standard), tandis que ceux du groupe de soins habituels ont continué à prendre leurs doses standard. Un contrôle de suivi a eu lieu tous les 3 mois pendant 18 mois. Les intervalles de réduction de dose dépendaient de la biothérapie utilisée. En cas d'aggravation des scores PASI et DLQI, la posologie initiale était rétablie.
Diminution réussie pour 61 à 86 % des patients
Les patients inclus présentaient à l'inclusion des scores PASI et DLQI moyens nuls, correspondant à un psoriasis en rémission. La plus grande partie des patients (30 %) étaient traités par guselkumab, suivi par l'ixékizumab (25 %), le risankizumab (21 %) et le sécukinumab (14 %). Les autres biothérapies étaient moins fréquemment utilisées, 6 % recevaient le brodalumab, 3 % le tildrakizumab et 1 % le bimékizumab. Globalement, la moitié était traitée par un anti-IL-17 et l'autre par un anti-IL-23.
Le critère principal de non-infériorité était atteint, avec une incidence cumulée des poussées persistantes (score PASI d'au moins 5 points pendant au moins trois mois) de 2,1 % des patients dont la dose de biothérapie a été réduite, contre 1,5 % parmi ceux ayant poursuivi leur traitement à la dose d'entretien.
Après 18 mois, la stratégie globale de réduction de dose était réussie chez 75 % des patients, avec à la fois une faible dose de traitement et une faible activité de la maladie. Le taux de réussite de diminution de dose était de 61 % avec les anti-IL-17 et atteignait 86 % avec les anti-IL-23.
Rhumatisme psoriasique de novo ou aggravation de lésions
La stratégie de réduction de dose n'a pas été associée à de nouveaux signaux de sécurité ou d'événements indésirables graves, notamment pas de poussée de psoriasis extrême nécessitant une hospitalisation. L'incidence des événements indésirables a été similaire entre les deux groupes.
Néanmoins, les auteurs ont rapporté trois cas de survenue de rhumatisme psoriasique au cours de la période d'observation chez des patients dont le traitement a été réduit, soit 1,3 cas pour 100 observations-années, alors qu'aucun cas n'a été observé dans le groupe témoin. Ils signalent aussi une aggravation du rhumatisme psoriasique préexistant, survenue chez 3,4 % du groupe de réduction de dose et 5,8 % du groupe de soins habituels.
Source :
Session Late Breaking News (D2T1.4E) Van den Reek J. « Dose reduction of IL-17 and IL-23 inhibitors in patients with plaque psoriasis is non-inferior to usual care: an international pragmatic randomized controlled trial – the BeNeBio study ». https://eadv.org/wp-content/uploads/2025/09/EADV-Congress-2025-Paris-Scientific-Programme.pdf