Arthrose de la hanche et du genou : des différences de traitement importantes
L’arthrose des hanches et des genoux constitue l’une des principales causes d’invalidité, qu’il s’agisse d’instabilité, de douleur, de raideur ou de difficultés dans les activités quotidiennes. L’augmentation du nombre de prothèses de hanche et de genou pour cause d’arthrose souligne l’urgence de développer des traitements non chirurgicaux efficaces.
Un symptôme caractéristique de l'arthrose de la hanche est une douleur inguinale, souvent irradiant vers la région fessière, la cuisse et le genou. Il arrive que la douleur au genou soit le seul symptôme, ce qui peut conduire le médecin à suspecter à tort une pathologie du genou, alors que l'origine se situe en réalité dans la hanche. De nombreuses personnes souffrant d'arthrose de la hanche présentent des symptômes au démarrage, tels que douleurs et raideurs lors du lever du lit ou d'un fauteuil. Au fur et à mesure que l'usure progresse, les mouvements deviennent de plus en plus douloureux et difficiles. Des gestes quotidiens tels que nouer ses lacets, monter les escaliers ou s'installer dans une voiture peuvent devenir problématiques. Chez les femmes, les rapports sexuels peuvent même devenir douloureux ou compliqués.
La plupart des recherches menées jusqu'à présent se sont concentrées sur le genou, et leurs résultats sont souvent extrapolés à la hanche, ce qui s'étend également aux recommandations thérapeutiques des lignes directrices cliniques. Cette extrapolation des données issues des études sur l'arthrose du genou peut limiter notre compréhension des caractéristiques spécifiques de l'arthrose de la hanche, et entraver ainsi le développement et la mise en œuvre de traitements efficaces.
Une revue australienne, dirigée par le Dr Hall, met en lumière les différences entre l'arthrose de la hanche et celle du genou, en termes de prévalence, de pronostic, de facteurs anatomiques et biomécaniques, de présentation clinique, de recommandations et de traitement de la douleur, ainsi que de traitement non chirurgical.
Le pronostic à long terme de l'arthrose de la hanche diffère de celui de l'arthrose du genou. Les personnes atteintes d'arthrose de la hanche ont plus souvent recours plus rapidement à une arthroplastie (hazard ratio 1,86 ; IC à 95 % : 1,19 à 1,23), et sont plus fréquemment des hommes, plus jeunes et avec un indice de masse corporelle plus bas que les patients subissant une arthroplastie du genou, selon le registre national australien des remplacements articulaires (Australian Orthopaedic Association National Joint Replacement Registry). Les raisons de ces différences restent peu claires, mais un délai plus court avant une chirurgie de la hanche pourrait indiquer une fenêtre thérapeutique plus brève pour que les traitements non chirurgicaux apportent un soulagement satisfaisant. Une explication possible à ce délai raccourci pourrait être liée au phénomène de « hanche oubliée » (c'est-à-dire la perception d'une hanche remplacée comme naturelle), ainsi qu'à une satisfaction très élevée des patients porteurs d'une prothèse de hanche (93 à 98 %), nettement supérieure à celle des patients porteurs d'une prothèse de genou (76 à 80 %). Toutefois, malgré cette plus grande satisfaction, le taux de révision est plus élevé pour les prothèses de hanche que pour celles du genou. Ces différences de pronostic à long terme entre l'arthrose de la hanche et celle du genou renforcent la nécessité de traitements spécifiques à chaque articulation.
L'arthrose est généralement considérée comme une « maladie de l'ensemble de l'articulation », touchant toutes les structures articulaires, y compris le cartilage, l'os, la synoviale et les muscles environnants. Il existe une interaction complexe entre l'inflammation systémique et locale, et le stress mécanique est supposé engendrer un déséquilibre entre les mécanismes de destruction et de réparation, menant in fine à une défaillance articulaire. Des études animales suggèrent que la physiopathologie moléculaire diffère entre l'arthrose de la hanche et celle du genou. Chez les souris knock-out pour le collagène VI, l'arthrose de la hanche est accélérée avec l'âge, tandis que la dégénérescence cartilagineuse au niveau du genou est ralentie. Ces différences nécessitent une meilleure compréhension, d'autant plus que le collagène VI remplit plusieurs fonctions clés, notamment des rôles biomécaniques uniques.
Contrairement à l'arthrose du genou, aucune preuve ne permet d'établir un lien longitudinal entre les paramètres de charge de l'articulation de la hanche et la progression de la maladie. C'est pourquoi peu de traitements de l'arthrose de la hanche ciblent la charge articulaire, ce qui contraste fortement avec l'abondance d'interventions biomécaniques proposées pour l'arthrose du genou.