Pourquoi les biosimilaires ont changé et vont encore changer le paysage de l’ophtalmologie ?
Alors que des biosimilaires sont disponibles en ophtalmologie, certains patients qui souffrent de maladie rétinienne restent sous-traités. L’adoption plus large de ces médicaments, moins chers mais tout aussi efficaces, pourrait permettre de limiter le fardeau de ces pathologies.
La population mondiale vieillit et l'augmentation de la prévalence des maladies rétiniennes est un corollaire de ce vieillissement. Le poids médical de la dégénérescence maculaire néo-vasculaire liée à l'âge, de la rétinopathie diabétique et de l'occlusion veineuse rétinienne pèse désormais sur les individus, les familles et les systèmes de santé. Le traitement intravitréen par anti-VEGF est devenu la référence dans les maladies rétiniennes, améliorant les résultats cliniques tout en retardant la progression de la maladie. L'arrivée des biosimilaires - moins chers et tout aussi efficaces - dans le champ de l'ophtalmologie a permis de majorer le nombre des patients pouvant bénéficier de traitements efficaces. (1)
Néanmoins, il subsiste des défis dans la prise en charge des maladies rétiniennes. D'une part, le manque de confiance des praticiens dans les biosimilaires, souvent lié à une méconnaissance de ces produits. Par ailleurs, un effet nocebo est décrit chez les patients dont on change – parfois de façon non partagée – le traitement. L'éducation des patients et des professionnels de santé sur les biosimilaires est essentielle pour garantir que les patients soient informés des options thérapeutiques, que tout effet nocebo potentiel puisse être atténué et que l'observance du traitement soit maximisée. De plus, les professionnels de santé et les patients doivent bénéficier d'actualisation des données sur les principes réglementaires distincts qui régissent l'approbation des biosimilaires. Il est aussi essentiel de mettre en avant les économies réalisées, même si l'arrivée des biosimilaires dans le domaine de l'ophtalmologie est assez récente.
95 % de sous-traitement
C'est grâce à ces actions que le risque de sous-traitement pourra être limité. En effet, jusqu'à 95 % des patients atteints de maladies rétiniennes ne sont pas traités de façon optimale. Les raisons sont multifactorielles et incluent des facteurs liés à la maladie (niveau d'acuité visuelle), des facteurs liés au patient (âge avancé, origine ethnique, comorbidités, effets secondaires, niveau de dépendance), des facteurs liés au système de santé (restrictions de prise en charge) et des facteurs socio-économiques (reste à charge).
Pourtant, un traitement prolongé est nécessaire pour optimiser les résultats. Une méta-analyse des résultats d'études sur l'utilisation du ranibizumab pour le traitement de la DMLA néo-vasculaire a montré que si le traitement était efficace pour prévenir une perte visuelle sévère, le maintien de la réponse dépendait de l'administration d'un nombre suffisant d'injections. Or, en vie réelle, l'étude mondiale LUMINOUS a montré que l'amélioration de l'acuité visuelle était meilleure lorsque le nombre d'injections d'anti-VEGF (< 3, 3–6, > 6) était le plus élevé au cours de la première année de traitement chez les patients atteints de DMLA néo-vasculaire.(2)
Utiliser une posologie adaptée des injections d'anti-VEGF pourrait permettre de diminuer le fardeau économique des affections rétiniennes : nombre de consultations, médicaments, traitement des complications, adaptation des logements à la perte d'acuité visuelle, perte de productivité des patients et des aidants, invalidité….
Une étude publiée en 2022 (3) a estimé l'impact économique de la perte de vision aux États-Unis à 134,2 milliards de dollars, dont 98,7 milliards de dollars en coûts directs et 35,5 milliards de dollars en coûts indirects. En tête de ces impacts : les maisons de retraite (41,8 milliards de dollars), suivies des autres services de soins médicaux (30,9 milliards de dollars), et de la réduction de la participation au marché du travail (16,2 milliards de dollars).
Utiliser des biosimilaires en ophtalmologie pourrait donc faire baisser les coûts directs et indirects.
Sources :
- Hariprasad S, Holz F, Asche C et coll. Clinical and Socioeconomic Burden of Retinal Diseases: Can Biosimilars Add Value? A Narrative Review. Ophthalmol Ther. 2025 Feb 26;14(4):621–641. doi: 10.1007/s40123-025-01104-3
- Holz FG, Figueroa MS, Bandello F et coll. Ranibizumab treatment in treatment-naive neovascular age-related macular degeneration: results from LUMINOUS, a global real-world study. Retina. 2020;40(9):1673–85. doi: 10.1097/IAE.0000000000002670.
- Rein DB, Wittenborn JS, Zhang P, et al. The economic burden of vision loss and blindness in the United States. Ophthalmology. 2022;129(4):369–78. doi: 10.1016/j.ophtha.2021.09.010.
RANIBIZUMAB TREATMENT IN TREATMENT-NAIVE NEOVASCULAR AGE-RELATED MACULAR DEGENERATION: Results From LUMINOUS, a Global Real-World Study
The Economic Burden of Vision Loss and Blindness in the United States