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Risque de MICI dans l’endométriose : perspective génétique et cellulaire

L’endométriose est de plus en plus associée aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Une étude chinoise de septembre 2025, publiée dans le prestigieux Journal of Cellular and Molecular Medicine (1), combine des analyses génétiques et des travaux in vitro et suggère que l’endométriose augmente le risque de MICI et peut favoriser une dysfonction de la barrière intestinale. Point clé pour la pratique : rester attentif aux plaintes gastro-intestinales dans l’endométriose.

Une problématique fréquente

L'endométriose (EM) touche environ 10 % des femmes en âge reproductif et est de plus en plus considérée comme une maladie multisystémique avec dérégulation immunitaire (2, 3). Les comorbidités sont fréquentes, dont des maladies auto-immunes et inflammatoires chroniques ; pour les MICI (dont la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn), des études populationnelles à grande échelle ont même décrit une association bidirectionnelle (4, 5). L'endométriose et les MICI partagent une inflammation systémique chronique avec élévation des cytokines pro-inflammatoires et des réponses immunitaires anormales.

Recherche génétique

Pour étudier ce lien, les chercheurs (1) ont combiné de grandes bases de données génétiques sur les MICI avec des marqueurs génétiques associés à l'EM. À l'aide d'une méthode qui exploite les variations génétiques comme une randomisation naturelle (randomisation mendélienne), ils ont examiné si une prédisposition génétique plus élevée à l'EM s'accompagnait d'une fréquence accrue de MICI. Ils ont reproduit les analyses dans six jeux de données indépendants et testé la robustesse via des estimations alternatives et des contrôles destinés à détecter biais et bruit. Ils ont ainsi obtenu une image plus fiable du lien, sans pour autant établir définitivement la causalité.

Recherche cellulaire

Pour explorer les mécanismes biologiques possibles sous-tendant l'association EM–MICI, les chercheurs ont conduit des expériences in vitro sur du liquide péritonéal prélevé par laparoscopie chez des femmes souffrant d'EM en stade III–IV (n = 10) et chez des témoins sans EM (n = 8). Ils ont ainsi étudié l'effet de ce liquide sur des cultures cellulaires mimant la paroi intestinale (Caco-2).

Des conclusions concordantes

Les analyses génétiques indiquent que l'EM est associée à un risque accru de MICI. Les signaux étaient globalement cohérents à travers plusieurs jeux de données et contrôles de robustesse. Malgré une hétérogénéité minimale, la causalité n'est pas encore démontrée ; la conclusion reste donc suggestive.

Les expériences in vitro ont montré que le liquide péritonéal de femmes souffrant d'EM avancée affaiblissait la barrière intestinale : les « jonctions » intercellulaires étaient moins solides et la couche laissait plus facilement passer des substances. Parallèlement, on observait davantage d'apoptose et des niveaux plus élevés de médiateurs inflammatoires, signes d'une réaction inflammatoire activée. Ces résultats esquissent un mécanisme biologiquement plausible soutenant les observations génétiques. Ils reposent toutefois sur un faible nombre de résultats et toujours en conditions in vitro ; une confirmation clinique reste nécessaire.

Limites

L'étude présente plusieurs limites : origine majoritairement européenne des GWAS ; expériences de laboratoire avec un nombre restreint d'échantillons (10 contre 8) sur des cultures cellulaires et des mesures indirectes de la barrière intestinale et de l'inflammation ; absence de résultats cliniques. Les résultats suggèrent un lien possible mais doivent être interprétés avec prudence.

Vigilance clinique en cas d'endométriose

• Rester attentif aux plaintes gastro-intestinales persistantes en cas d'EM ; cette étude soutient un risque accru de MICI sur base génétique. 

• Une collaboration multidisciplinaire gynécologie–gastro-entérologie peut être indiquée lorsque les symptômes évoquent une MICI ; les données cellulaires suggèrent une barrière intestinale vulnérable. 

Les données génétiques et cellulaires étayent un lien entre l'endométriose et les MICI. Elles plaident pour une vigilance clinique et une orientation précoce. En pratique, il s'agit surtout de reconnaître les symptômes à temps et de favoriser la coordination interdisciplinaire.

Sources :

  1. Li Z, Wang F, Kang E, Zhen X, Liu J, Wang W. "The Role of Endometriosis in Intestinal Inflammation: A Combined Mendelian Randomization and Cellular Study," Journal of Cellular and Molecular Medicine, doi: 10.1111/jcmm.70799
  2. Taylor H, Kotlyar A, Flores V. "Endometriosis Is a Chronic Systemic Disease: Clinical Challenges and Novel Innovations," Lancet 397, no. 10276 (2021), doi: 10.1016/S0140-6736(21)00389-5
  3. Salliss M, Farland L, Mahnert N, Herbst-Kralovetz M. "The Role of Gut and Genital Microbiota and the Estrobolome in Endometriosis, Infertility and Chronic Pelvic Pain," Human Reproduction Update 28, no. 1 (2021), doi: 10.1093/humupd/dmab035
  4. Dang Y, Zhang S. "Causal Relationship Between Endometriosis and Inflammatory Bowel Disease: A Mendelian Randomization Analyses," Clinical and Translational Medicine 14, no. 1 (2024), doi: 10.1002/ctm2.1496
  5. Fiorillo M, Neri B, Mancone R, Russo C, Iacobini F, Schiavone SC, De Cristofaro E, Migliozzi S, Exacoustos C, Biancone L. "Inflammatory Bowel Disease and Endometriosis: Diagnosis and Clinical Characteristics," Biomedicines. 2024, doi: 10.3390/biomedicines12112521
The Role of Endometriosis in Intestinal Inflammation: A Combined Mendelian Randomization and Cellular Study
Endometriosis is a chronic systemic disease: clinical challenges and novel innovations
The role of gut and genital microbiota and the estrobolome in endometriosis, infertility and chronic pelvic pain
Causal relationship between endometriosis and inflammatory bowel disease: A Mendelian randomization analyses
Inflammatory Bowel Disease and Endometriosis: Diagnosis and Clinical Characteristics

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