Les aliments ultra-transformés accélèrent le vieillissement biologique et la sénescence
Les débuts d’année sont la saison des bonnes résolutions. Parmi celles-ci, de grands classiques : faire du sport, ou du moins faire de l’exercice, perdre du poids, manger mieux, etc. En matière en nutrition, c’est souvent au médecin généraliste que revient la tâche, peu aisée, de conseiller, d’aiguiller des choix ou de favoriser une prise de conscience. À cet égard, plusieurs études récentes alertent sur les aliments ultra-transformés et allongent la liste des risques et des effets délétères qui y sont liés. (1) (2)
Les aliments ultra-transformés (AUT) sont omniprésents dans notre quotidien (nous en consommons tous sans toujours savoir qu'ils sont ultra-transformés). Ces dernières années, un nombre croissant de recherches documentent les risques liés aux AUT et leurs relations avec diverses pathologies. La liste est déjà longue : obésité, diabète, hypertension, syndrome de l'intestin irritable (SII), fonctionnement cognitif, etc. Deux études mettent également en évidence des liens avec la sénescence(1) et avec les insomnies. (2)
Publiée en novembre 2024 dans The American Journal of Clinical Nutrition, la première de ces études est particulièrement intéressante puisqu'elle interroge sur les mécanismes en jeu. (1) Menée par une équipe italienne dans le cadre du projet Moli-sani, elle avait pour objectif d'examiner l'association entre consommation d'aliments ultra-transformés (AUT) et vieillissement biologique ou sénescence, mesuré par 36 biomarqueurs sanguins.
Il s'agit d'une analyse transversale des données de 22 495 participants de plus de 35 ans de la cohorte Moli-sani (2005-2010) en Italie. Leur âge chronologique s'établissait à 55,6 ans et 52 % étaient des femmes. Les habitudes alimentaires étaient évaluées à l'aide d'un questionnaire validé (188 rubriques) et la part des AUT dans cette alimentation était calculée sur la base de la classification NOVA. Dans cette population, la consommation d'AUT représentait en moyenne 10,7 % de l'apport alimentaire exprimé en poids et 18,2 % de l'apport énergétique.
Les résultats montrent une association entre consommation d'AUT et vieillissement biologique dans ce large échantillon de population en Italie. Les auteurs précisent que les faibles valeurs nutritionnelles des aliments ultra-transformés semblent ne pas être le seul facteur en jeu, ce qui semble indiquer un rôle de caractéristiques « non nutritionnelles » de ces aliments (modification de la matrice alimentaire, matériaux de contact, composés néoformés, ...).
Les AUT en Belgique
Une étude belge (Anvers) de 2022 analysait la part des produits ultra-transformés (aliments et boissons) dans l'alimentation en Europe. (2) Elle établissait notamment un top 5 par pays des AUT les plus consommés. Pour la Belgique, les 5 aliments ultra transformés les plus consommés étaient : produits de boulangerie fine (biscuits, ...), sauces, chocolat, margarines et saucisses. Pour les boissons ultra transformées, un top 3 : sodas, lait aromatisé/sucré et substituts de lait.
Risque d'insomnie
Une récente revue systématique couplée à une méta-analyse (novembre 2024, Nutrients), s'intéressait quant à elle aux liens entre consommation d'aliments ultra-transformés et risque d'insomnie. (3)
Ce travail met en évidence une association entre consommation élevée d'AUT et risque accru d'insomnie (OR = 1,53 ; IC à 95 % : 1,20-1,95 ; I2 = 62,3 % ; p = 0014).
Entre autres données, l'analyse en sous-groupes montrait notamment que cette majoration du risque d'insomnie était significativement plus marquée chez les adolescents (OR = 1,55 ; IC à 95% : 1,21- 1,99 ; I2 = 57,4 % ; p < 0,001). Un élément qui interroge et invite à de nouvelles recherches.
Et impact sur la santé mentale
Diverses études se sont intéressées aux impacts sur la santé mentale, notamment cette revue systématique et méta-analyse de 2022, publiée dans Nutrients. (4)
Analysant les liens entre consommation d'AUT et santé mentale, dans un total de 17 études observationnelles (n = 385 541), elle concluait à une association entre consommation d'AUT et majoration des risques de troubles dépressifs et d'anxiété pris ensemble (OR : 1,53, IC à 95 % 1,43-1,63) ou séparément (OR troubles dépressifs : 1,44, IC à 95 % 1,14-1,8 ; OR anxiété : 1,48, IC à 95 % 1,37-1,59).
Sources :
- Esposito S, Gialluisi A, Di Castelnuovo A, et coll. Ultra-processed food consumption is associated with the acceleration of biological aging in the Moli-sani Study. Am J Clin Nutr. 2024 Dec. https://doi.org/10.1016/j.ajcnut.2024.10.006
- Mertens E, Colizzi C, Peñalvo JL. Ultra-processed food consumption in adults across Europe. Eur J Nutr. 2022 Apr; https://doi.org/10.1007/s00394-021-02733-7
- Pourmotabbed A, Awlqadr FH, Mehrabani S, et coll. Ultra-Processed Food Intake and Risk of Insomnia: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients. 2024 Nov. https://doi.org/10.3390/nu16213767
- Lane MM, Gamage E, Travica N, et coll. Ultra-Processed Food Consumption and Mental Health: A Systematic Review and Meta-Analysis of Observational Studies. Nutrients. 2022 Jun https://doi.org/10.3390/nu14132568
Ultra-processed food consumption in adults across Europe
Ultra-Processed Food Intake and Risk of Insomnia: A Systematic Review and Meta-Analysis
Ultra-Processed Food Consumption and Mental Health: A Systematic Review and Meta-Analysis of Observational Studies