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Cancer du col de l’utérus 1991–2021 : cartographie du fardeau et des coûts

Le cancer du col de l’utérus est, à l’échelle mondiale, une cause majeure de morbidité et de mortalité chez les femmes. En 2022, 661 000 nouveaux cas et 348 000 décès ont été rapportés et, en l’absence d’interventions supplémentaires, 44,4 millions de cas supplémentaires surviendraient entre 2020 et 2069. Pourtant, la maladie est largement évitable et traitable par la vaccination anti-HPV, le dépistage précoce et des traitements efficaces. L’OMS a appelé en 2018 à l’élimination et a défini en 2020 la stratégie 90-70-90 : 90 % de couverture vaccinale chez les filles avant 15 ans, 70 % de couverture de dépistage entre 35 et 45 ans, et 90 % de prise en charge des lésions dépistées. L’objectif est de parvenir à ≤ 4 nouveaux cas pour 100 000 femmes, conformément aux Objectifs de développement durable 2030 des Nations Unies.

Une analyse mondiale

Une étude parue en septembre 2025 dans Frontiers in Public Health a combiné trois sources de données : (1) des estimations épidémiologiques de l'étude Global Burden of Disease pour 1990–2021, (2) des données de l'OMS sur les dépenses de santé et (3) des coûts de référence publiés. Pour 204 pays, les tendances d'incidence, de mortalité, de prévalence et d'années de vie corrigées de l'incapacité (disability-adjusted life years, DALY) ont été analysées, avec variations annuelles en pourcentage, et corrélées à l'indice sociodémographique (socio-demographic index, SDI) et à l'Indice de développement humain (IDH). Les coûts médicaux directs mondiaux ont également été estimés.

Forte hétérogénéité selon les régions du monde

En 2021, le cancer du col de l'utérus a entraîné 667 000 nouveaux cas, 297 000 décès et 7,44 millions de DALY. La prévalence continue d'augmenter dans le monde, et aucun pays n'atteint le seuil d'élimination. Le risque de nouveaux diagnostics se déplace vers des femmes plus jeunes, tandis que le risque de décès se déplace davantage vers des femmes plus âgées.

Sur 1990–2019, le taux d'incidence standardisé selon l'âge a diminué en moyenne de 0,38 % par an et le taux de mortalité standardisé de 0,93 % par an, surtout dans les pays à IDH élevé disposant d'une vaccination anti-HPV intégrée et d'un dépistage de qualité.

En Afrique subsaharienne, l'incidence, la mortalité et le taux de DALY standardisé selon l'âge augmentent au contraire ; on estime qu'environ 1 cas sur 5 est lié au VIH, ce qui exige des parcours intégrés VIH-HPV. L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient rapportent une faible incidence (dans 12 pays, même < 4/100 000), mais le fardeau pourrait être sous-estimé en raison du sous-enregistrement lié à l'absence de registres du cancer et aux conflits.

L'Australie et la Nouvelle-Zélande montrent qu'une élimination devient envisageable grâce au dépistage précoce (depuis 1991 et 1990, respectivement) et à la vaccination (depuis 2007 et 2008). La Chine vise, via son plan d'action 2023, à accélérer l'élimination du cancer du col de l'utérus en direction des objectifs de l'OMS pour 2030.

Un fardeau économique lourd, même selon des hypothèses prudentes

Le coût médical direct mondial cumulé s'élevait à 9,26 milliards USD (non actualisé) et à 7,21 milliards USD (actualisé à 3 %). La croissance variait fortement : de +16 %/an en Arménie à des tendances négatives au Zimbabwe et en Gambie. La pression financière la plus forte pèse sur les pays à revenu faible et intermédiaire, où les budgets sont déjà limités.

Les coûts indirects, tels que les pertes de productivité, ne sont même pas pris en compte : l'analyse se limite aux dépenses médicales directes et extrapole des coûts unitaires à partir de 2015, ce qui peut ignorer des variations contextuelles. La qualité des données des registres varie également fortement, rendant un sous-enregistrement possible.

Il reste du chemin à parcourir

L'étude dresse un tableau contrasté : si l'incidence et la mortalité du cancer du col de l'utérus diminuent lentement à l'échelle mondiale, la prévalence augmente et l'objectif d'élimination demeure hors de portée. Cela traduit une augmentation du nombre de femmes vivant avec la maladie et nécessitant des soins, ce qui exerce une pression notable sur les systèmes de santé. Les progrès sont manifestes lorsque vaccination et dépistage sont intégrés de manière systématique, mais les inégalités régionales restent marquées et l'insuffisance de données de registre fiables demeure un obstacle majeur à l'atteinte des objectifs de l'OMS à l'horizon 2030.

Source :

  1. Ma et al. "Global, regional, and national disease burden and economic costs of cervical cancer (1991–2021): a multidimensional data synthesis analysis", Front Public Health, 2025;13:1633975. doi:10.3389/fpubh.2025.1633975.
Global, regional, and national disease burden and economic costs of cervical cancer (1991–2021): a multidimensional data synthesis analysis

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