Arrêter le tabac pendant la grossesse : forte motivation, mais accompagnement insuffisant
La grossesse est un moment privilégié pour modifier le comportement tabagique. Une nouvelle étude suisse publiée dans PLOS One (1) montre que cette opportunité est trop souvent manquée : bien qu’une proportion substantielle de fumeuses souhaite arrêter ou réduire le tabac, seule une minorité bénéficie d’un accompagnement effectif. Le fossé entre motivation et conseil en sevrage saute aux yeux ; c’est précisément là que les soins de routine peuvent faire la différence.
Occasion manquée chez les trois quarts des femmes
Dans une cohorte hospitalière suisse, la motivation à modifier le comportement tabagique ne fait pas défaut, mais l'accompagnement, lui, fait défaut. Parmi 262 femmes enceintes, 7,6 % ont déclaré un usage de tabac pendant la grossesse et 3,8 % un usage de cannabinoïdes (CBD exclusivement).
Parmi les fumeuses, 31,6 % souhaitaient arrêter et 36,8 % réduire le tabac ; 26,3 % ne voulaient rien changer. Pourtant, seule une utilisatrice de tabac sur quatre a déclaré avoir reçu un conseil en sevrage tabagique. Le schéma est clair : la volonté est présente, mais le soutien fait défaut.
Population spécifique
Les prévalences ont été étudiées pour les produits du tabac (cigarettes, tabac chauffé, produits sans fumée tels que le snus), les systèmes électroniques d'administration de nicotine (« electronic nicotine delivery systems », ENDS), la thérapie de substitution nicotinique (« nicotine replacement therapy », NRT) et les cannabinoïdes (CBD/THC) chez des femmes d'un âge moyen de 31,35 ± 5,11 ans et à une médiane de 34,9 semaines de grossesse.
Il s'agit d'une enquête descriptive transversale monocentrique menée auprès de femmes enceintes lors de consultations de routine au Spitalzentrum Biel (Centre hospitalier Bienne) entre février et mai 2023. L'analyse a porté sur 262 réponses entièrement anonymes.
Un constat préoccupant
Le tabagisme touchait 7,6 % des femmes, presque exclusivement sous forme de cigarettes (7,3 %), le tabac chauffé étant rarement signalé (0,4 %). Les ENDS étaient rares (0,8 %) et le plus souvent associés aux cigarettes. La NRT était encore moins utilisée (0,4 %). L'usage de cannabinoïdes atteignait 3,8 % et concernait uniquement le CBD ; aucun THC > 1 % n'a été rapporté et aucune co-consommation avec le tabac n'a été signalée.
Par trimestre, le tabagisme était plus élevé en T2 qu'en T3 (10,3 % contre 5,5 %) ; le même schéma s'observait pour le CBD (5,1 % contre 2,8 %). Parmi les fumeuses de cigarettes, 31,6 % souhaitaient arrêter complètement et 36,8 % réduire le tabac, tandis que 26,3 % ne visaient aucun changement. Pourtant, seulement 25 % des utilisatrices de tabac ont reçu un conseil en sevrage ; une seule personne s'est vue proposer une NRT, et aucune pharmacothérapie n'a été utilisée. Dans une analyse de sensibilité – considérant toutes les non-répondantes comme fumeuses – la prévalence estimée du tabagisme atteignait les 11,8 %.
Limites
Ces résultats proviennent d'un seul centre, avec un échantillon limité, et reposent sur l'auto-déclaration, ce qui peut induire une sous-déclaration (notamment pour le THC). Les déterminants sociodémographiques n'ont pas été analysés, et le caractère descriptif et transversal ne permet pas d'inférer l'évolution ni la causalité. En outre, la forme ou la voie d'administration du CBD n'a pas été documentée. Toute interprétation requiert donc de la prudence.
De l'intention à l'intervention
On pourrait intégrer systématiquement et sans stigmatisation le dépistage du tabac, des ENDS, de la NRT et des cannabinoïdes à chaque consultation prénatale, et proposer par défaut un conseil en sevrage tabagique – d'autant plus que certaines fumeuses expriment clairement la volonté d'arrêter ou de réduire. Les chercheurs soulignent qu'un soutien numérique anonyme (par exemple via une application) peut abaisser les barrières et favoriser à la fois la déclaration et l'accompagnement.
Ces chiffres ne relèvent pas d'un phénomène marginal, mais d'une réelle opportunité d'améliorer la santé pendant la grossesse. Une part substantielle des fumeuses est motivée ; il revient aux soignants de transformer cette volonté en action par un dépistage systématique et non stigmatisant et par un conseil en sevrage standardisé. Ainsi, chaque consultation devient un moment concret pour entretenir la motivation, offrir un soutien et améliorer de façon tangible tant la santé de la maman que celle de l'enfant.
Source :
- Kandhasamy, Sreemanjari et al. "Tobacco, electronic nicotine delivery system, nicotine replacement therapy, and cannabinoid use during pregnancy: A descriptive cross-sectional survey." PLOS One vol. 20,9 e0332961. 25 Sep. 2025, doi:10.1371/journal.pone.0332961