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Asthme : les aérosols-doseurs, poids lourd climatique

Aux Etats-Unis, l’emploi d’aérosols-doseurs contre l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) équivaudrait, en termes d’émissions de gaz à effet de serre, à la consommation électrique de 470.000 foyers, révèle une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA). Selon ses auteurs, la prise en charge de ces maladies doit aussi faire sa transition écologique.

Il existe trois types de dispositifs d'inhalation, à savoir les aérosols-doseurs pressurisés (sprays), les inhalateurs de poudre sèche et les nébuliseurs. Tous ne se valent pas d'un point de vue environnemental : en guise de propulseur, les aérosols-doseurs contiennent des hydrofluorocarbures (HFC), puissants gaz à effet de serre.

Au début des années 2010, les HFC ont remplacé les chlorofluorocarbures (CFC), encore plus nocifs pour le climat, que la communauté internationale s'est engagée à éliminer, lors du protocole de Montréal signé en 1987. A leur tour, les HFC sont aussi en sursis, suite à l'accord de Kigali (2016) qui prévoit une réduction de 85% de leur usage d'ici à 2036, en vue d'une élimination à long terme.

Dans leur étude, William Feldman, pneumologue à la David Geffen School of Medicine (University of California, Los Angeles), et ses collègues révèlent l'ampleur de cette pollution (1). L'équipe a mené l'évaluation la plus complète à ce jour des émissions américaines liées à la prise en charge des patients asthmatiques ou atteints de BPCO. Pour cela, ils se sont basés sur les chiffres de vente 2014-2024, ainsi que sur les émissions par type de dispositif (présence de HFC, émissions liées au cycle de vie). Ainsi, un aérosol-doseur émet en moyenne 22,1 kg d'équivalent CO2 (kgCO2e), contre 0,82 kgCO2e pour un inhalateur de poudre sèche et 0,78 kgCO2e pour un nébuliseur.

Entre 2014 et 2024, 70% des dispositifs vendus aux Etats-Unis étaient des aérosols-doseurs, 26% des inhalateurs de poudre sèche et 4% des nébuliseurs. Sur cette décennie, les émissions s'élevaient à 24,9 millions de tonnes CO2e (MTCO2e), dont 98% dues aux aérosols-doseurs. Les émissions annuelles ont crû de 24%, atteignant 2,3 MTCO2e/an en 2024.

Selon les chercheurs, cela équivaut aux besoins électriques de 470.000 foyers, ou bien à 530.000 véhicules roulant au gaz naturel. Si les aérosols-doseurs étaient remplacés par leurs équivalents sans gaz propulseur, les émissions 2014-2024 seraient diminuées de 92%, soit 2,1 MTCO2e au lieu de 24,9 MTCO2e.

« Cette étude souligne l'impact environnemental des inhalateurs, tout en révélant les opportunités de changement. Accroître la prescription d'autres dispositifs, tels que les inhalateurs de poudre sèche et les nébuliseurs, pourrait considérablement réduire les émissions », commentent les chercheurs. Si l'emploi de sprays est préférable chez certains patients (jeunes enfants, personnes âgées à faible capacité respiratoire), de nombreux autres pays présentent des profils de prescription très différents, et ce « sans impact clinique particulier au niveau de la population traitée ».

En 2023, une étude présentée au congrès annuel de l'American Thoracic Society (ATS) avait détaillé les prescriptions par pays (2). Selon ces chiffres pour l'année 2021, la Suède, pays pionnier en matière d'évaluation environnementale des médicaments, se distingue en Europe par une part de seulement 24,6% d'aérosols-doseurs. Quant à la Belgique, elle affiche une répartition de 62,9% d'aérosols-doseurs, 34,7% d'inhalateurs de poudre sèche et 2,3% de nébuliseurs. Mieux que la France et le Royaume-Uni, où la part de sprays s'élève respectivement à 73,3% et 86,5%.

Pourtant, l'Europe n'est pas plus vertueuse que les Etats-Unis. Selon une récente étude menée dans 10 pays européens, les ventes européennes de sprays ont progressé de 16% entre 2011 et 2021, tandis que celles d'inhalateurs de poudre sèche ont diminué de 2,6%, pour une hausse de 15,5% des émissions annuelles (3).

Sources :

  1. Inhaler-related greenhouse gas emissions in the US: a serial cross-sectional analysis, Feldman et al., JAMA. 2025 Oct 6:e2516524. doi: 10.1001/jama.2025.16524
  2. An assessment of pressurized metered-dose inhaler use in countries in Europe and the rest of the world, Bell et al., American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine 2023;207:A6315
  3. Trends in inhaler use and associated carbon footprint: a sales data-based study in Europe, Vartiainen et al., BMJ Open Respir Res. 2025 Sep 1;12(1):e002424. doi: 10.1136/bmjresp-2024-002424
Inhaler-Related Greenhouse Gas Emissions in the US: A Serial Cross-Sectional Analysis
An Assessment of Pressurized Metered-dose Inhaler Use in Countries in Europe and the Rest of the World
Trends in inhaler use and associated carbon footprint: a sales data-based study in Europe

Romain Loury - Lien d'intérêts financiers : aucun • MediQuality