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L’apnée du sommeil augmente le risque de démence (vasculaire)

Et si les pauses respiratoires nocturnes pouvaient prédire la démence de demain ? Dans une vaste cohorte britannique de dossiers médicaux électroniques, le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) était associé à un risque légèrement accru de démence toutes causes confondues, en particulier de démence vasculaire, tandis que le lien avec la maladie d’Alzheimer restait incertain. L’effet potentiel du CPAP (pression positive continue) sur le risque de démence mérite d’être approfondi.

La démence est la septième cause de mortalité dans le monde et touche plus de 55 millions de personnes. En 2019, la charge de morbidité attribuée à la maladie d'Alzheimer et aux autres formes de démence (disability-adjusted life years, DALY) atteignait environ 25,3 millions d'années. Environ 40 % des cas sont liés à des facteurs de risque modifiables tels qu'un IMC élevé, une glycémie à jeun augmentée, le tabagisme et la consommation de boissons sucrées.

Dans ce contexte, un nombre croissant de données suggère que le syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) accroît le risque de déclin cognitif et de démence. Une nouvelle étude1, publiée dans Thorax, a donc évalué, dans une large cohorte de soins primaires, l'association entre le SAOS et la survenue ultérieure de démence ainsi que le rôle éventuel du CPAP. Les chercheurs y citent une méta-analyse montrant que les troubles respiratoires du sommeil étaient associés à une probabilité 26 % plus élevée de troubles cognitifs. Par ailleurs, chez des sujets âgés présentant des troubles cognitifs, l'imagerie aurait relié la désaturation en oxygène à une diminution d'épaisseur du cortex temporal.

Dans la cohorte ouverte de dossiers médicaux électroniques britanniques (CPRD GOLD/Aurum, 2000–2022), 193 600 personnes atteintes de SAOS ont été appariées par score de propension à 536 701 témoins sans SAOS. Le critère principal était la démence toutes causes confondues. Les critères secondaires examinaient la démence vasculaire et la maladie d'Alzheimer. Le suivi médian était de 4,0 ans et les analyses de sous-groupes portaient sur l'âge, le sexe, l'IMC et un sous-groupe CPAP.

Une piste prépondérante : la démence vasculaire

Les résultats étaient frappants : le SAOS était associé à un risque accru de démence toutes causes confondues (aHR 1,12 ; IC 95 % 1,07–1,17), avec un signal particulièrement marqué pour la démence vasculaire (aHR 1,29 ; IC 95 % 1,19–1,41). En valeurs absolues, 898 personnes sur 193 600 atteintes de SAOS ont développé une démence vasculaire au cours de 1 140 686 personnes-années, soit une incidence brute de 0,79 pour 1 000 personnes-années, contre 1 627 cas sur 536 701 témoins au cours de 2 670 415 personnes-années, soit 0,61 pour 1 000 personnes-années.

Aucun écart global clair n'a été observé pour la démence d'Alzheimer après ajustement (aHR 1,07 ; IC 95 % 0,99–1,16). Les incidences brutes étaient de 0,81 pour 1 000 personnes-années chez les patients SAOS (920 cas) contre 0,83 chez les témoins (2 219 cas). Chez les cas de SAOS incident, un excès de risque faible mais significatif de démence d'Alzheimer persistait (aHR 1,09 ; IC 95 % 1,01–1,18).

Un risque globalement accru en cas de SAOS

Les groupes appariés étaient comparables pour l'âge, le sexe, l'origine ethnique, le statut socio-économique et les habitudes tabagiques ou alcooliques, mais l'IMC moyen était plus élevé chez les SAOS (33,7 contre 31,4) et les comorbidités un peu plus fréquentes. Le sur-risque de démence toutes causes confondues persistait à travers les classes d'âge et d'IMC, mais pas chez les femmes (aHR 1,05 ; IC 95 % 0,93–1,18). Dans le sous-groupe CPAP, l'effet du SAOS disparaissait (aHR 0,99 ; IC 95 % 0,74–1,32), alors que, chez les témoins appariés, le risque de démence restait significatif (aHR 1,12 ; IC 95 % 1,07–1,18).

En pratique, cela implique que les patients SAOS, surtout en cas d'accumulation de facteurs de risque cardiovasculaire, devraient être systématiquement interrogés au sujet de troubles de la mémoire et de l'attention, la prévention cardiovasculaire demeurant centrale. La piste vasculaire est la plus solide, tandis que le lien avec Alzheimer reste incertain. Le CPAP pourrait influencer le risque, mais cette étude ne met pas en évidence de réduction.

La prévention en pratique

L'étude reposant sur des dossiers de médecine générale et ne pouvant intégrer finement tous les facteurs de confusion, les résultats appellent une interprétation prudente. Leur généralisabilité concerne surtout les cas de SAOS identifiés en première ligne.

En pratique, il convient d'identifier précocement le SAOS, de mettre en œuvre une réduction systématique des risques (tension artérielle, lipides, arrêt du tabac) et d'indiquer le CPAP avec une bonne observance lorsqu'il est approprié. Le principal bénéfice réside aujourd'hui dans une prise en charge cardiovasculaire stricte et un suivi attentif. Savoir si le CPAP réduit effectivement le risque de démence requiert une confirmation prospective.

Source :

  1. Wang, Jingya et al. "Obstructive sleep apnoea syndrome and future risk of dementia among individuals managed in UK general practice." Thorax vol. 80,3 167-174. 17 Feb. 2025, doi:10.1136/thorax-2024-221810
Obstructive sleep apnoea syndrome and future risk of dementia among individuals managed in UK general practice

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