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Best of 2024 - « Avec la vaccination contre la rougeole, on sauve d’une complication exceptionnelle un nombre conséquent d’enfants », Pr Georges Casimir

BRUXELLES 23/12 – C'était l'article le plus lu du mois de janvier 2024. Sur les dix premiers mois de 2023, plus de 30.000 personnes ont contracté la rougeole en Europe alors que moins d'un millier de cas avait été recensé sur l'ensemble de l'année 2022, relevait l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) la semaine dernière. Celle-ci s'inquiète d'un taux de vaccination contre la maladie de plus en plus faible. Quels sont les avantages de la vaccination et les dangers de la non- vaccination contre la rougeole ? Réponses avec le Pr Georges Casimir, pédiatre à HUB Erasme à Bruxelles et secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Médecine de Belgique (ARMB).

L'augmentation des cas de rougeole en Europe, les quelques 21.000 hospitalisations et les 5 décès dus à la rougeole ont préoccupé dernièrement le Dr Hans Kluge, directeur régional de l'OMS. Ces chiffres qui ne concernent pas encore toute l'année 2023 et ne portent que sur des cas signalés par 40 des 53 États membres de la région Europe, qui pour l'OMS, s'étend jusqu'en Asie centrale, sont en effet assez inquiétants.
 
Depuis 2020 et la pandémie de coronavirus, le taux de vaccination a reculé en Europe. Bon nombre d'enfants ne reçoivent plus tous leurs vaccins, voire aucune injection selon l'OMS. Au total, plus de 1,8 million de nourrissons de cette zone n'ont pas été vaccinés contre la rougeole entre 2020 et 2022.
En Belgique la situation est relativement stable, mais le nombre de cas a tout de même augmenté selon Steven Van Gucht, de Sciensano qui s'exprimait dans le quotidien De Morgen : "Je connais quelques petites épidémies, mais en général, la situation est relativement calme dans notre pays", déclarait-il. « En 2023, 52 cas d'infection par la rougeole ont été signalés en Belgique. Une forte augmentation par rapport aux huit cas de 2022. La maladie a notamment circulé dans un centre d'asile et dans une école bruxelloise en 2023. L'épidémie de rougeole la plus importante s'est produite à Saint-Nicolas. Quinze personnes y ont été infectées. […]
 
Quels sont les avantages de la vaccination et les risques de la non-vaccination contre la rougeole ? Entretien avec le Pr Georges Casimir 
 
« Le vaccin pour la rougeole est donné avec d'autres agents vaccinaux », rappelle-t-il d'emblée « C'est un vaccin vivant atténué, qui comprend trois virus à savoir la rougeole, les oreillons et la rubéole. La rubéole congénitale en Belgique a totalement disparu grâce à ce vaccin. Ce n'est pas grave de contracter cette maladie, sauf pour les femmes enceintes, car le fœtus peut avoir des anomalies congénitales lors du premier trimestre. Il est vraiment fondamental que les mamans soient vaccinées et cela marche très bien en Belgique. Cependant, le risque existe toujours, car si les vaccinations diminuent, on pourrait voir réapparaitre des rubéoles congénitales, même si heureusement on n'en a plus vu depuis longtemps. »
 
Concernant les deux autres virus : La rougeole et les oreillons, on vaccine vers l'âge de 15 mois. Pourquoi à cet âge ? Afin d'avoir la meilleure couverture vaccinale possible. L'immunité de l'enfant va varier en fonction de l'agent vaccinal, ce qui veut dire que si l'on souhaite obtenir le maximum d'enfants qui font une bonne réponse vaccinale, il faut attendre l'âge de 15 mois. »
 
« Dans les pays en voie de développement, lorsque les enfants ne sont pas vaccinés et qu'ils sont en très mauvaises conditions physiques et en malnutrition, surtout au niveau protéo-énergétique, s'ils contractent la rougeole, le risque de décès est considérable. Dans ces pays, on préfère réaliser une première dose vers l'âge de 8 ou 9 mois même s'ils ne sont pas tous immunisés par cette première dose, et on refait une dose supplémentaire par la suite, en espérant ainsi obtenir une réduction des décès des enfants hyper fragilisés. Un rappel se fera également vers l'âge de 11-12 ans pour qu'ils soient protégés à vie », précise le pédiatre.
 
D'autres populations à risques sont également à prendre en compte en Belgique, telles que les réfugiés et les demandeurs d'asile, par le fait qu'ils n'ont peut-être pas bénéficié du vaccin et d'autre part, car ils sont sans doute dans une situation nutritionnelle et ou physique plus fragile que les autres.
 
« Les situations de guerres sont également des situations où les ratios de vaccins diminuent.
On imagine que dans divers endroits du monde, les vaccinations sont en train de s'effondrer, car on n'arrive pas à les faire. Ces vaccins doivent être transportés dans une chaine du froid, et les pays s'arrangent pour que ces vaccins arrivent à bon port parfois au milieu de la brousse afin qu'ils restent efficaces », explique le Pr Casimir. « Si l'on rompt la chaine du froid, le vaccin ne sera plus efficace. »
 
Certaines personnes évitent la vaccination par peur des effets secondaires. Ce vaccin comporte -t-il réellement des risques ? 
 
« Il y a très peu de risques dans la vaccination contre la rougeole », affirme-t-il. « C 'est un vaccin vivant atténué, donc les virus sont vivants et créent une « mini » maladie ; on peut avoir un peu de température 10 jours après, mais ce n'est rien de grave. D'autant plus que, le ratio entre les risques et les bienfaits de la vaccination sont sans discussion. La vaccination qui est extraordinairement peu dangereuse, peut provoquer un cas d'encéphalite vaccinale sur 1 million de vaccinations, alors que le vaccin, quant à lui, permet d'éviter de nombreuses complications », précise le Pr Casimir.
Par ailleurs, « en faisant ce vaccin, on vaccine plus largement que s'il s'agissait d'un virus mort. C'est un virus qui peut se transmettre, donc quand on vaccine un enfant contre la rougeole, on vaccine plus de personnes ; les parents font souvent une recrudescence d'anticorps, car le virus vaccinal se transmet plus largement dans la population », explique-t-il.
 
Quels sont les risques de la non-vaccination ?
« Les risques sont liés aux complications de la rougeole », précise le spécialiste. « La rougeole peut être grave en état de malnutrition, mais chez les enfants en bonne santé et les adultes également, le risque est de faire une atteinte neurologique comme une encéphalite rougeoleuse, au moment où l'on contracte la maladie. Il s'agit d'une encéphalite qui touche les neurones, la substance grise. Et comme dans la poliomyélite, elle détruit des neurones. Il y a un cas d'encéphalite grise précoce pour 1000 rougeoles », détaille-t-il.
 
« Cette encéphalite peut tuer le patient ou laisser des séquelles s'il n'en meurt pas. Et le risque de séquelles est très élevé. Dans certaines séries, le risque est de 15 à 20% et dans un autre nombre de séries de la littérature, il est de 50%. Les séquelles sont des hémiplégies, des paralysies de bras ou de jambes, des surdités, ou encore des déficits neurologiques graves provoquant des handicaps très importants. »
 
« Si l'on prend la population en Belgique, on a plus ou moins 120.000 naissances par an », poursuit le pédiatre. « Et si l'on ne les vaccine pas, on aura selon les statistiques, un cas d'encéphalite rougeoleuse pour 1.000 enfants, ce qui représente 120 enfants qui feront une encéphalite rougeoleuse, dont la moitié avec des risques de séquelles paralytiques. On sauve ainsi d'une complication exceptionnelle un nombre conséquent d'enfants. », insiste le Pr Casimir.
 
« Par ailleurs, la rougeole peut donner des encéphalites tardives, qui touchent la substance blanche. C'est alors immunologique et il en existe deux types : l'encéphalite sclérosante subaiguë de Van Bogaert, grave, souvent létale, et l'encéphalite corporelle à inclusion, aussi très grave. On augmente ainsi le risque par les atteintes neurologiques tardives même si ces derniers cas sont plus rares. »
 
La rougeole peut donner aussi d'autres complications, poursuit le Professeur Casimir : « Elle peut donner une pneumonie rougeoleuse, qui est une pneumonie due au virus, exceptionnellement grave, et peut toucher davantage les individus fragiles qui ont une immunité modifiée comme dans le cas des enfants cancéreux, ayant une immunité cellulaire réduite pour des raisons thérapeutiques », explique-t-il.
« On peut aussi faire des complications bactérielles à la rougeole, car elle est inflammatoire. Le nez notamment est enflammé, mais également le larynx. Ces zones sont des terrains sur lesquels se fixent classiquement des bactéries qui peuvent provoquer une pneumonie à pneumocoque, ou encore une pneumonie à staphylocoque doré. Certains patients meurent de complications infectieuses de la rougeole, c'est ce qu'on appelle des surinfections », ajoute le Pr Casimir. 
 
« Globalement, le nombre de complications qu'elles soient primitives neurologiques, secondaires neurologiques ou primitives pulmonaires ou encore secondaires par surinfection bactérienne de la rougeole sont importantes et peuvent tuer des gens, y compris des adultes. Et ces complications peuvent également favoriser des problèmes chez des patients humanitairement fragilisés », conclut le Pr Casimir.
 

Carole Stavart • Mediquality