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Études de médecine: mieux vaut une tête bien faite ou bien pleine ? (Opinion Dr Lamelyn)

Opinion

BRUXELLES 05/11 - Derrière ce détournement d’une célèbre citation de Montaigne, se cache en réalité une interrogation extrêmement légitime en ce qui concerne notamment les études de médecine, où le bourrage de crâne est omniprésent, tant les quantités de matière à avaler semblent infinies. Mais elles ne sont pas les seules concernées, c’est en réalité tout un système pédagogique qu’il faut questionner dans l’optique d’assurer un avenir serein aux étudiants d’aujourd’hui et de demain.

Toujours plus loin, toujours plus gros

La médecine autrefois considérée comme un art, celui de guérir, est aujourd'hui (quoi qu'en disent certains) une science pure et dure soumise à la recherche fondamentale et appliquée.

Portée par une industrie lucrative, les très nombreuses découvertes ont au fil des années augmenté de manière exponentielle nos connaissances dans le corps humain et ses mécanismes, et de fait le volume des syllabus. C'est d'autant plus inquiétant que nous ne disposons désormais plus que de 6 années de formation pour faire rentrer toute cette matière dans la tête de nos futurs confrères.

Autre point qui nécessite d'être mis en lumière, l'accroissement du nombre d'étudiants dans les études de médecine a obligé certains à revoir leurs méthodes d'enseignement dans le mauvais sens et il est plus aisé d'avoir des cours interactifs et dynamiques lorsqu'on est en face de quelques dizaines d'étudiants plutôt que plusieurs centaines.

Il faut donc faire rentrer plus de matière, plus vite et moins bien mais qu'importe, pourvu que l'examen soit réussi !

Un contexte quasi inexistant

Un autre point qui m'a toujours dérangé lors de mes études est la façon dont sont construites les connaissances.

Jusqu'au début de mon master, cela faisait en quelque-sorte sens, il fallait d'abord maîtriser les notions élémentaires de physiologie, d'histologie et d'anatomie pour aborder une pathologie dans son intégralité et c'est ainsi que sur base de ces connaissances acquises, certains symptômes ou traitements finissent par couler de source.

Non, ce qui m'a vraiment interpellé c'est l'absence de contexte dans le cheminement de notre savoir, au mieux une petite introduction de quelques dias à ne pas savoir et que donc les étudiants ne se privent pas de « skipper ».

J'entends par là que la médecine ne date pas d'hier, qu'une partie de ce que nous faisons aujourd'hui vient bien de nos aïeuls qui ont souvent expérimenté, parfois découvert fortuitement, …

Au final c'est bien des années après notre formation, pour les plus courageux, que nous commençons à prendre le temps de nous intéresser à l'histoire de notre métier et ce qu'on en apprend est souvent plus palpitant que le cycle de krebs ou la maladie à IgG 4.

À la lumière de ces informations, la façon d'aborder nos connaissances sur certaines pathologies devient très différente et on comprend mieux parfois pourquoi certains gestes, certains traitements sont privilégiés, abandonnés et pourquoi aujourd'hui nous agissons en suivant un processus particulier.

Les causes sont bien connues

Le fonctionnement universitaire est encore archaïque, on enseigne aujourd'hui comme il y a des décennies, sauf qu'on a rajouté entre deux de nombreuses couches de matière.

Majoritairement ex-cathédra, les cours sont toujours donnés plus ou moins de la même façon par des professeurs pas toujours sélectionnés pour leurs compétences pédagogiques. D'ailleurs, ce dernier point est d'autant plus important qu'ils ont tous leur domaine de recherche bien précis et n'hésitent pas à gonfler inutilement le volume de certains chapitres d'informations pas toujours pertinentes pour nos futures carrières.

C'est ainsi qu'en entrant sur le terrain, on connait mieux parfois d'improbables maladies héréditaires qu'on ne rencontrera peut-être jamais dans des décennies de carrière et qu'on ignore d'élémentaires pathologies tout à fait banales qui pourtant constellent la pratique quotidienne.

Un autre point qui m'a toujours profondément consterné est la façon dont on évalue les connaissances, souvent via des QCM alambiqués qui, rappelons-le, sont factuellement la plus mauvaise façon d'évaluer des connaissances. La faute à un trop grand nombre d'étudiants diront certains, auxquels je répondrai qu'il y aussi la bonne excuse pour ne pas trop se casser la tête niveau organisation.

En résumé, on a tendance à catapulter des tonnes d'informations, souvent sans contexte, et on évalue au mieux la capacité de l'étudiant à recracher à un instant T ce qu'on lui a demandé de bloquer.

Le résultat se fait sentir sur le terrain avec des candidats dont les connaissances se situent souvent entre une limite droite et gauche et dont la motivation post-diplôme à en acquérir de nouvelles semble peu présente, tout du moins dans les suites directes de leur master.

Et pourtant, en jetant un œil à nos confrères anglo-saxons qui ont souvent un coup d'avance concernant la pédagogie médicale, les changements majeurs que connaîtra notre profession doivent nous obliger à redéfinir ce que nous attendons de nos étudiants.

C'est ainsi que la priorité est donnée sur l'évaluation des soft-skills, ces compétences parallèles qui sont souvent un meilleur indicateur des qualités intrinsèques du candidat.

Face au pétabytes de données disponible au creux de sa poche, peut-être serait-il temps d'impulser une révision des programmes des études, dont de médecine, et de construire les connaissances davantage qualitativement que quantitativement ?

MediQuality offre à ses membres la possibilité de s'exprimer concernant des sujets médicaux et/ou d'actualité. Ces opinions reflètent l'avis personnel de leur(s) auteur(s) et n'engagent qu'eux. 

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Dr Lamelyn • MediQuality

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