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La crise du coronavirus, un catalyseur (opinion d'un médecin orthopédiste en formation)

Opinion

BRUXELLES 09/11 - Le coronavirus nous a mis la main dessus. L’heure n’est pas aux lamentations. C'est le moment de naviguer ensemble dans la même direction et de veiller à ce que le navire des soins de santé reste droit. Et ensemble, cela signifie nous tous, du personnel hospitalier aux directions des hôpitaux. Cette crise pèse lourd, et ce pour chaque groupe. Mais nous devons aussi oser mettre en évidence les choses positives.

Depuis mars, cette pandémie a déclenché un sentiment de solidarité et mis à nu un problème structurel, dans différents secteurs et à différents niveaux. Nos soins de santé ont désormais un visage. Cela peut être un catalyseur positif pour des réformes indispensables que le secteur attend depuis longtemps.

Les médecins spécialistes et généralistes en formation sont des groupes souvent oubliés. Non pas tant par les collègues du secteur, mais par la société et son bras séculier : les décideurs politiques. Ces médecins diplômés qui se spécialisent en tant que généralistes ou spécialistes sont plus de 8.000. Un groupe qui, jour et nuit, se tient prêt, dans les hôpitaux et les cabinets de médecine générale, à fournir les premiers soins aux patients, avec ou sans coronavirus. Ils travaillent dans le cadre du statut sui generis, une version allégée du statut d'employé, qui a été introduit en 1983 comme mesure transitoire. En 2020, ce statut ne leur permet toujours pas d'accumuler des droits à pension, des allocations de chômage, des congés palliatifs ou autres droits sociaux. Un fait unique dans notre société.

En outre, ils travaillent dans des conditions qui ne seraient acceptées dans aucune convention collective d'un autre secteur. Une loi sur le temps de travail qui, depuis son introduction en 2010, n'a jamais été soumise à aucun contrôle, des gardes non rémunérées, et aucun organisme indépendant où les problèmes peuvent être signalés. Actuellement, certains médecins en formation effectuent des semaines de plus de 90 heures, assistent les soins infirmiers aux soins intensifs et enchaînent les gardes de 24 heures. N'oubliez pas : à côté de cela, la formation continue et ils doivent se former en tant que spécialistes en ces temps difficiles. Est-ce partout aussi grave ? Certainement pas. Est-ce mieux qu'avant ? Sans aucun doute. Ne devons-nous dès lors plus en parler ? Absolument pas.

Dans l'accord du Gouvernement De Croo, les termes « médecin en formation » ne sont pas mentionnés une seule fois, en 150 pages. Dans une période où l'on sait qu'ils accomplissent une tâche sociétale particulièrement importante et où l'on fait les louanges de l'ensemble du secteur des soins, c'est pour le moins frappant. Cela montre que l'on peut continuer à taper sur le clou, car oui : il s'agit d'une question budgétaire, et il faut donc des politiques pour fixer les priorités. Les médecins de demain devraient être, plus que jamais, une priorité.

Faut-il moins se plaindre ? Peut-être. Les problèmes ne peuvent-ils dès lors plus être mentionnés ? Certainement pas. Les plans politiques des ministres sont en cours d'élaboration, je ne me fais pas d'illusion, on ne met pas de grandes réformes en place du jour au lendemain. Mais on peut en poser les bases et nous devons commencer aujourd'hui. Valoriser les 8.000 médecins généralistes et spécialistes en formation belges en les mentionnant dans les plans d'action, en faisant de la revalorisation de leur statut une priorité, en fixant légalement leurs conditions de travail, en prévoyant un service de médiation auquel ils peuvent s'adresser. Et surtout, en leur offrant une perspective et une reconnaissance pour leur travail. A l'instar de ce que nous demandons pour l'ensemble du secteur des soins de santé, tous ensemble, dans le même bateau.

Jonas Brouwers, président de l'association flamande des médecins spécialistes en formation, médecin orthopédiste en formation, doctorant-chercheur en qualité des soins

MediQuality offre à ses membres la possibilité de s'exprimer concernant des sujets médicaux et/ou d'actualité. Ces opinions reflètent l'avis personnel de leur(s) auteur(s) et n'engagent qu'eux. 

 

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Dr Jonas Brouwers • MediQuality

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