Logique de la stratégie de vaccination (conseiller du Premier ministre, dr Sam Proesmans)
BRUXELLES 11/01 - En tant que conseiller du Premier ministre, l'interniste Sam Proesmans nous renseigne sur la dernière stratégie de vaccination. "Ces derniers jours, nous avons assisté à un grand manque de nuances et de mises en contexte, dans un pays où chacun essaie toujours d'être le plus négatif possible. Voici une tentative d’explication de la stratégie actuelle de vaccination".
Il s'agit avant tout d'un choix médical :
Compte tenu des avis du Conseil supérieur de la Santé (7 juillet 2020) et de l'Organisation mondiale de la Santé (13 novembre 2020), nous nous sommes basés sur les principes suivants :
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En vaccinant d'abord les résidents des maisons de repos, nous souhaitons prévenir des clusters de contamination qui risquent d'entraîner une surcharge des maisons de repos, qui elle-même surchargerait très rapidement les hôpitaux. Une hospitalisation pour COVID-19 sur six (16%) concerne un résident de maison de repos. En vaccinant d'abord ces résidents, nous réduisons donc la pression sur notre système de santé, d'autant plus que la période d'hospitalisation de ces personnes âgées est beaucoup plus longue.
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En même temps que les résidents, nous vaccinons le personnel soignant actif dans les maisons de repos, dans d'autres institutions ou à l'extérieur de celles-ci, afin d'éviter que ce personnel soit lui-même infecté lorsqu'il soigne un patient COVID et qu'il n'infecte ainsi potentiellement d'autres résidents (cf. « super contamination »).
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Un autre élément important dans le débat est le fait que nous n'avons pas encore de preuves scientifiques de l'effet de la vaccination sur la contagiosité (= transmission). Le vaccin Pfizer permet que les gens soient moins grièvement malades et donc moins susceptibles de décéder ; mais, pour l'instant, nous ne savons pas si les patients courent également moins de risques d'être infectés et, par conséquent, d'infecter les autres.
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Nous sommes bien conscients que le personnel de santé travaille sous une pression énorme depuis des mois, et que cela engendre des souffrances mentales et physiques. Nous comprenons également que ce stress provient aussi de la peur d'être infecté ou d'infecter des membres de la famille. En raison de l'incertitude de l'impact sur la transmission, nous avons tenté de réduire ce stress en faisant baisser le nombre de patients COVID-19 (qui sont de toute façon plus contagieux, car un malade tousse et éternue). De cette manière, nous protégeons indirectement le personnel de santé.
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Selon une étude récente de Sciensano, 16,8% des prestataires de soins travaillant en milieu hospitalier ont des anticorps contre le COVID-19, contre 14,4% de la population générale. Cela montre que le risque d'infection n'est pas significativement plus élevé parmi le personnel soignant des hôpitaux (1e et 2e vague ensemble).
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Bien qu'au début de la pandémie, le risque d'exposition au virus parmi les prestataires de soins - et en particulier dans les maisons de repos - ait été fortement accru en raison du manque d'équipement de protection individuelle (EPI), aujourd'hui, tous les prestataires de soins disposent des EPI nécessaires. Cela réduit considérablement le risque de contamination.
Il s'agit, deuxièmement, d'un choix éthique :
Compte tenu de l'avis du Comité consultatif de Bioéthique de Belgique (13 décembre 2020), nous nous sommes basés sur les principes suivants :
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Nous souhaitons d'abord protéger les personnes les plus vulnérables. La majorité des personnes qui vivent en maison de repos sont âgées - voire très âgées - qui souffrent souvent de polypathologie. Nous savons que plus de la moitié des décès (57%) dus au COVID-19 concernent des résidents de maisons de repos.
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Nous souhaitons également éviter que des personnes décèdent d'une maladie pour laquelle il n'existe actuellement aucun traitement thérapeutique curatif. Et nous souhaitons agir de la façon la plus humaine possible, car le COVID-19 entraîne d'importantes souffrances physiques et psychologiques, ainsi que l'isolement des individus.
Enfin, il s'agit aussi d'un choix logistique :
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La stratégie dépend de la capacité de production du vaccin et de l'approvisionnement prévu. Nous savions dès le départ que nous recevrions une quantité limitée de vaccins. C'est précisément pour cette raison qu'une composante logistique s'ajoute à l'argumentation éthique et médicale. Les résidents des maisons de repos constituent un groupe bien défini d'un nombre relativement limité de personnes vivant en collectivité (~150 000), ce qui simplifie relativement le déploiement initial de la distribution de vaccins.
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La livraison prévue pour janvier est de 359.000 doses, soit juste assez pour que tous les résidents et (en partie) le personnel soient entièrement vaccinés (2 doses).
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À partir de février, nous attendons systématiquement davantage de livraisons et nous commencerons aussi à vacciner le personnel soignant en dehors des maisons de repos.
- Notre objectif intermédiaire dans cette grande campagne de vaccination reste inchangé : nous espérons vacciner la première cohorte d'individus - à savoir quatre millions de personnes - d'ici à la fin juin, et ce dans le même délai que les autres États membres de l'Union européenne.
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Sam Proesmans
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