Ne pas renoncer à l'espoir et à l’indulgence
BRUXELLES 26/02 - L'espoir est un concept difficile à exprimer en ces temps incertains. L'année dernière, nous avons exprimé à plusieurs reprises notre espoir que le coronavirus ne nous apporte pas de deuxième ou de troisième vague. La deuxième vague a eu lieu. Pour l’instant, la troisième reste encore à venir, et nous espérons qu'elle ne se produira pas, bien que nous n'en soyons pas certains. Cela dépend d'une série de facteurs, que nous ne contrôlons que partiellement.
Quels facteurs contrôlons-nous ? Nous avons un certain degré de contrôle sur les mesures prises par notre gouvernement, dont certaines ont eu plus d'impact que d'autres. La campagne de vaccination qui est mise en place, avec tous les obstacles qu'elle comporte, est également une donnée contrôlable.
Ce qui est beaucoup moins contrôlable et prévisible, c'est la manière dont la population réagit aux mesures. Nous avons suffisamment observé, analysé et étudié les réactions. Une grande quantité d'études ont examiné l'impact des interventions dites NPI (non pharmaceutical interventions).
Une même NPI a bien mieux fonctionné dans un pays que dans un autre. Cela dépend, à nouveau, d'une série de facteurs, tels que la densité de la population, la composition de la population, la culture du pays, les us et coutumes, le degré d'obéissance des citoyens aux autorités.
Les observations ci-dessus devraient à elles seules nous amener à être plus indulgents dans nos opinions sur la manière dont les autorités gèrent ces questions.
Dans un article précédent, j'ai lancé un appel à l'indulgence à l'égard de nos autorités. J'ai également expliqué pourquoi cette indulgence était appropriée. Nous n'arriverons à rien si nous perpétuons artificiellement les contradictions, si nous voulons tous avoir raison à tout prix. Cela ne mène nulle part. Cela ne fait qu'accroître les divergences d'opinion, les joutes verbales sans nuance.
Pourquoi est-il inutile de se chamailler sans fin sur l'attitude des autorités face à la pandémie ?
La population a les dirigeants qu'elle mérite. Les citoyens ont voté. Avec ces votes en main, nos politiciens ont formé un gouvernement. Ils ne pouvaient pas prévoir que la quasi-totalité de la première année serait placée sous le signe du coronavirus. Tous les autres grands dossiers ont été mis en veilleuse. Ils n'ont pas disparu, ils ne sont simplement pas visibles pour l'instant. Dès que la vie reviendra plus ou moins à la normale, les grands dossiers de ce gouvernement - le climat, les pensions, le budget et quelques autres - reviendront à l'ordre du jour.
Une autre composition du gouvernement aurait-elle mieux géré cette crise, et avec davantage de détermination ? Qui peut le dire ? Tout cela n'est que spéculation et ne mène nulle part.
L'indulgence est une attitude que nous semblons avoir oubliée depuis un an. Le coronavirus n'a pas rendu les gens plus heureux, au contraire. Les mesures de restriction des libertés, la limitation des contacts sociaux sont des éléments qui agissent sur l'humeur et l'état d'esprit des êtres humains. Si un individu est arraché à son mode de vie normal, par des circonstances indépendantes de sa volonté, un certain équilibre est rompu. Des qualités telles que l'empathie, la compassion envers le voisin, le souci de ceux qui ont des difficultés, tout cela se dilue quelque peu.
L'indulgence, caractéristique essentielle de l'humanité, est également mise sous pression. Chacun se replie sur lui-même, en essayant de sauver sa propre peau le mieux possible. Les gens deviennent rebelles, résistent, s'insurgent, ne se conforment plus aux décisions prises, intentent des procès, remettent les autorités en question, etc.
Dans un climat aussi rude, il devient très difficile d'espérer un avenir meilleur. Les perspectives disparaissent. L'incertitude quant à l'efficacité du vaccin ajoute encore à ce manque d'espoir. Et l'émergence de nouveaux variants ne contribue pas beaucoup, elle non plus, à l'espoir d'un monde sans coronavirus.
Mais nous ne devons pas renoncer à ces deux caractéristiques : faire preuve d'indulgence et garder espoir.
L'indulgence nous amène bien plus loin que l'hostilité. L'espoir, même lorsque les perspectives ne sont pas roses, vaut toujours mieux que de se complaire dans l'arrogance, de se résigner à l'idée que les choses ne sont, soi-disant, pas faites correctement.
Nous devons être convaincus que notre stratégie est la bonne.
Ensemble, les NPI et la vaccination nous guideront vers la sortie de cette crise. J'en suis convaincu.
Du moins tant que nous continuerons à croire que deux plus deux égalent quatre, que la terre n'est pas plate ou que le virus n'est pas un jeu élaboré par les puissants de ce monde.
Comme l'a si bien dit Hannah Arendt : "The ideal subject of totalitarian rule is people for whom the distinction between fact and fiction (i.e., the reality of experience) and the distinction between true and false (i.e., the standards of thought) no longer exist." (Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism).
Dr Wouter Van den Abeele
Médecin généraliste
Zelzate
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