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Un centre de prise en charge des violences sexuelles ouvre à Namur

NAMUR 26/04 - Le 9ème centre de prise en charge des violences sexuelles (CPVS ) en Belgique voit le jour à Namur dans une ancienne maison de maître entièrement rénovée à côté du CHRSM site Meuse. Il ouvrira ses portes ce jeudi 27 avril.

Les violences sexuelles sont malheureusement un phénomène assez répandu en Belgique. Selon une étude récente 1 , 64% de résident-es belges âgé-es de 16 à 69 ans aurait subi une forme de victimisation sexuelle au cours de leur vie. 16% de femmes mais aussi 5% d'hommes auraient été victimes de viol. Toujours selon cette étude, seul 4% des victimes auraient déposé une plainte officielle auprès de la police, ce qui rend ces violences invisibles. Par ailleurs, dans le cas où une plainte est déposée, la victime se rend souvent trop tard réduisant les possibilités de retrouver les traces de l'auteur, or l'absence de traces peut conduire à un classement sans suite.
 
Suite à ce constat alarmant, trois CPVS projets pilotes ont été installés en 2017, à Bruxelles, Liège et Gand, créant un partenariat multidisciplinaire unique entre l'hôpital, la police et le parquet. Après le succès notoire de ces projet pilotes, l'institut de l'égalité des chances avait été chargé de poursuivre l'extension des CPVS et d'en créer 7 autres.
 
En 6 ans, 7369 victimes ont été prises en charge dans l'un des 8 centres du pays : 2709 victimes à Bruxelles, 1867 en Flandres orientale, 1518 à Liège, 746 à Anvers, 230 à Charleroi, 215 en Flandres occidentale, et 85 à Louvain. L'âge moyen de ces victimes est de 23 ans mais environ 34.2% ont moins de 18 ans. Et si la majorité des victimes sont principalement des femmes ( 91.7%), les hommes sont également concernés ainsi que les transgenres et les personnes binaires.
 
L'ouverture du 9e centre CPVS à Namur faisait du sens pour le CHRSM site Meuse
C'est un projet qui faisait sens pour notre hôpital », explique Nathalie Debacker, directrice du CHRSM site Meuse à l'inauguration du CPVS. « Nous avons d'abord essayé d'avoir une prise en charge optimale au sein de nos urgences, mais ce n'était pas facile. Cette problématique a été portée par la direction et les services médicaux concernés et nous avons réalisé des prises en charge au niveau des urgences avec des médecins légistes pour l'arrondissement judiciaires. Nous avons fait en sorte que les plaintes puissent être déposées par les victimes au commissariat, mais il y avait toujours ce problème du trajet et du parcours pour la victime. Ensuite en 2019, nous avons signé une convention avec le parquet et le substitut du procureur du roi pour l'utilisation d'un SAS (set  d'agressions sexuelles), utilisé par les gynécologues en support des médecins légistes, mais  la prise en charge n'était pas optimale. »
 
L'idée est ensuite venue de poser une candidature afin d'avoir un CPVS dans la province.
 
Parallèlement, le Dr Catherine De Carpentrie, gynécologue au CHRSM Site Meuse, médecin référent pour le CPVS, avait visité en 2017, le projet pilote de Liège avec une collègue. « Nous étions revenues enchantées par le concept basé sur le bien-être du patient complet sans devoir changer de lieu », se souvient la gynécologue. « Mais surtout pouvoir prendre 4 heures de son temps pour s'occuper de la patiente, c'est un concept complètement révolutionnaire pour nous, car dans nos journées de garde, par exemple, on ne consacre que 10 minutes et c'est déjà beaucoup », explique-t-elle. 
 
« Par la suite, nous avons entendu parler de la candidature qu'il fallait poser pour avoir un CPVS dans notre province », poursuit le Dr Catherine De Carpentrie. « Et donc avec Nathalie Debacker, nous avons travaillé sur le projet de candidature, qui a été accepté. » 
 
D'autres bâtiments avaient été envisagés pour accueillir le projet mais étant donné la lenteur, c'est une collègue du Dr Carpentrie, Vinciane Roland, qui a vendu sa maison au CHRSM juste à côté. "Les travaux de rénovation ont commencé l'année passée, il fallait tout restaurer pour faire en sorte que les victimes puissent être reçues dans un endroit agréable, serein pas trop éloigné de l'hôpital, discret et où la prise en charge pouvait être la plus optimale possible. »
 
L'accord a été donné en novembre 2020 et en 2021 ils signaient la convention avant d'ouvrir les portes ce jeudi 27 avril.
 
Une prise en charge holistique des victimes en un seul lieu
Les victimes de violences sexuelles ainsi que leurs personnes de soutien peuvent se rendre 24h/24 et 7J/7 soit en se présentant directement au centre, en prenant contact par téléphone ou par mail, ou via des services d'urgence ou la police. Des infirmiers légistes, des psychologues et des inspecteurs de mœurs spécialement formés assurent la prise en charge holistique de la victime sur place.
 
« Le CPVS accueille les victimes ayant subi une agression datant de moins de 7 jours, néanmoins on accueille toutes les victimes, mais au-delà de ce délai la récolte des preuves médico légales est plus compliquée », explique le Dr De Carpentrie. « Le principe est d'y aller le plus rapidement possible. Le fait qu'elle porte plainte ou pas n'a pas d'impact sur la prise en charge, mais le travail sera différent.  Cependant, les preuves peuvent être conservées au sein du CPVS pendant une durée de 6 mois au cas où la victime changeait d'avis et nos infirmières avec nos psychologues se chargeront de suivre la victime et de la recontacter pour voir si elle se décide à porter plainte. La conservation des preuves médico légales est donc fondamentale au sein du CPVS. »
 
 « Plus de 90% des victimes ne portent pas plainte et le fait de pouvoir les accueillir dans une structure avec la possibilité d'être entendu-e une seule fois par plusieurs acteurs, met les victimes en confiance. Avec ce projet, on essaie également de réduire la politique du classement sans suite et d'améliorer l'examen médico légale. La collecte de traces est une réelle plus-value et toutes les infirmières légistes de l'équipe du cpvs ont été formées pour le faire.  Améliorer la prise en charge des victimes dans un endroit optimal et surtout garantir une approche centralisée, dans un milieu extra hospitalier, tout en garantissant une qualité de soins optimale, était notre objectif. », ajoute Nathalie Debacker.
 
Trois axes importants dans la prise en charge : médical, psychologique et médico légal 
Au niveau de la prise en charge médicale, les soins et les traitements doivent se faire le plus rapidement possible, que ça soit la pilule du lendemain, un antibiotique ou le traitement anti VIH. Il faut que le patient reçoive au plus vite le traitement adéquat, distribué par l'infirmière légiste », explique le Dr De Carpentrie. En ce qui concerne la prise en charge psychologique, elle est fondamentale pour la victime mais aussi pour les accompagnants.  Finalement, concernant le troisième axe, les prélèvements médico légaux, ils sont réalisés par l'infirmière ou le médecin légiste avec le consentement de la personne. « Le constat des lésions est fondamental car il va à la recherche des traces biologiques de l'auteur présumé et forme également toutes les preuves qui pourraient être utilisées pour la victime si elle porte plainte. Dans le cas où elle ne porte pas plainte, la constatation sera la même, consignée et les preuves stockées." L'examen médico légal n'est plus mené selon la procédure SAS mais sur base d'une feuille de route médico légale avec des procédures moins invasives. Une méthode qui permet de recueillir et de conserver les échantillons. Par ailleurs, le CPVS dispose également d'une infrastructure pour organiser une audition TAM pour les victimes mineures ou vulnérables.
 
Le CPVS est constitué d'un trio essentiel
Le CPVS est une collaboration entre le CHRSM, les 13 zones de polices de l'arrondissement judiciaire de Namur et le parquet de Namur avec le soutien de l'institut de l'égalité des femmes et des hommes et d'autres associations.
 
L'équipe sur place est formée de personnel intra et extra hospitaliers comprenant des policiers, inspecteurs de police formés, infirmières légistes ayant suivi une formation également et de médecins de différentes spécialités disponibles sur appel. 
 
« Dans notre équipe il y a des infirmières légistes qui ont suivi un mois de formation. Il s'agit d'un rôle central dans la prise en charge », soutient la gynécologue. « Ce sont elles qui accueilleront en premier lieu les victimes et outre l'aspect de soins porter à la santé, elles vont écouter, apporter une première aide psychologique et réaliser les prélèvements médico légaux. A ce sujet, il faut ajouter que nous travaillons en étroite collaboration avec les médecins légistes qui gardent toujours une très grande place dans le projet et qui seront en collaboration étroite avec les infirmières et les médecins. Les psychologues seront bien présents également en journée et les médecins seront toujours disponibles sur appel de l'infirmière légiste pour venir aider dans toutes les circonstances. Les gynécologues sont impliqués, mais aussi des pédiatres, des psychiatres et généralistes ainsi que des urologues et gastroentérologues de l'hôpital. Dans l'équipe, nous avons aussi les inspecteurs de polices spécialisés qui ont suivi une formation spécifique et la direction médicale », poursuit-elle.
 
 Il y a une grande collaboration avec la pharmacie ainsi que les laboratoires et le service des urgences : « Les victimes ont parfois besoin de soins auprès des urgentistes et les labos sont informés de toutes les analyses qui vont être réalisées pour les cpvs », poursuit la gynécologue. 
 
 « La pharmacie joue un rôle crucial d'approvisionnement du CPVS pour tous les médicaments qu'ils soient antibiotiques, vaccins, ou encore prévention VIH. Le CPVS apporte une nouveauté puisque tous les médicaments seront administrés à la victime quand elle sera présente au sein du centre », explique le Dr De Carpentrie.  La gériatrie est également impliquée, car il y a aussi des personnes âgées victimes d'agressions sexuelles malheureusement.
 
Ce projet de CPVS, représente un budget important. Il est partagé entre les fonds propres et les subsides du Fédéral. 11 millions et 700.000 euros sont investis chaque année par le ministère de la santé, et  3 millions d'euros de plus ont été débloqués à deux reprises pour pouvoir faire face à l'augmentation des cas dans ces centres. Par ailleurs, un dixième centre verra le jour à Arlon dans le courant de l'année 2023.
 
 
 
1. Understanding the mecanism, nature, magnitude and impact of sexual violence in Belgium. Final report. Brain-be Brussels. Belgian science policy 2021/ Belgian Research action through interdisciplinary networks
 
 
 
 

Carole Stavart • Mediquality

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