Le docteur Mukwege et sa famille menacés
BUKAVU 31/07 - Le prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege a lancé un appel à la paix et à la justice depuis Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu. Après avoir dénoncé les massacres perpétrés récemment à Kipupu, le gynécologue congolais a indiqué recevoir des lettres de menace, tandis que sa famille est victime d'intimidations.
"Depuis 2012, après deux tentatives d'assassinat, je continue de recevoir des menaces de mort. (...) Pourquoi ma recherche de la vérité et mon désir de justice dérangent-ils? ", s'interroge le médecin dans un courrier rédigé jeudi, où il ajoute être la cible de "correspondances haineuses" depuis son tweet du dimanche 26 juillet dénonçant le récent massacre survenu à Kipupu en territoire de Mwenga.
Des membres de sa famille ont également été intimidés et menacés, souligne-t-il.
Selon des députés provinciaux, plus de 220 personnes ont été massacrées par des milices dans le village de Kipupu, victimes de conflits ethniques.
L'homme qui "répare" les femmes violées dans un Kivu en proie aux violences, combat qui lui a valu le prix Nobel de la Paix en 2018, demande la création d'une juridiction spéciale pour juger les crimes au Congo. Car "sans la recherche de la vérité et l'application de la justice, nous ne pouvons espérer une paix durable", martèle le médecin.
Depuis la publication en 2010 du rapport "mapping", qui compile les crimes de guerre, contre l'humanité et de génocides commis entre 1993 et 2003, les crimes "qui jalonnent l'Histoire du Congo" n'ont pas été sanctionnés, regrette Denis Mukwege.
Le "mapping", une méthodologie rigoureuse du Haut-Commissariat des Nations unies pour les Droits humains, décrit par le menu 617 violations graves ayant fait des dizaines de milliers de morts, mais aussi leur contexte et la région spécifique où elles ont été commises.
"Sans que justice ne soit rendue pour ces crimes, aucun peuple impliqué dans ces conflits ne pourra se relever ou vivre en paix", écrit le gynécologue dans son appel à la paix.
"La recherche de la vérité est un processus extrêmement difficile, je comprends que je sois attaqué et menacé par des gens qui ont choisi un camp. Ce n'est pas mon cas, mon combat est la disparition de tous les massacres dans mon pays", poursuit celui qui vit reclus dans l'hôpital où il travaille et dont il ne sort que lorsqu'il se rend à l'étranger.
Face aux cycles de violences et de représailles "qui ne profitent qu'à ceux qui cherchent à maintenir le chaos dans notre pays pour mieux le piller, nous lançons un appel à la justice, à la coexistence pacifique et à la paix", conclut-il.