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Quand des carabins branchés vendent (déjà) la médecine… (Contribution)

BRUXELLES 26/05 - Fleurant bon la guerre froide et les vieilles embrouilles Est-Ouest, l'histoire est tellement maladroite et grossière qu'elle pourrait prêter à sourire : une société de communication russe, par l'intermédiaire d'une agence britannique qui n'existait que sur écran (de fumée), a proposé 2.000 euros à des influenceurs santé sur internet pour qu'ils démolissent l'image du Comirnaty. La manœuvre a fait flop, mais elle a permis de mettre à jour des pratiques douteuses dans le chef de quelques étudiants en médecine.

La demande consistait dans la mise en ligne d'une vidéo d'environ 30 secondes sur Instagram ou un autre réseau social pour y affirmer (sans citer de source) que le vaccin de Pfizer/BioNTech avait fait trois plus de morts que celui d'AstraZeneca - qui a réagi en s'affirmant étrangère à cette campagne de fake news. Rien qu'en France, une vingtaine d'influenceurs santé auraient ainsi été approchés. La sauce n'ayant pas pris, la fausse agence de pub Fazze (prétendument logée dans un centre d'épilation laser de Londres) a tenté d'effacer au plus vite toutes ses traces sur la toile, y compris les profils LinkedIn de ses employés. Trop tard, comme des journalistes l'ont montré mardi soir au JT de France2, mettant au jour le pot-aux-roses à Moscou avec un degré de certitude proche de 100%. 
 
A qui était sensé profiter le crime ? Probablement au vaccin Spoutnik V, toujours pas homologué en Union Européenne, et dont la communication  se base en bonne partie sur le dénigrement de ses concurrents. Rien de vraiment neuf, cependant, dans notre monde pollué par les "vérités alternatives" : il y a quelques jours aux Etats-Unis, un sénateur républicain a affirmé mordicus – et contre toute vérité connue – que Pfizer avait commercialisé son vaccin alors que les essais réalisés chez les animaux s'étaient soldés par une avalanche de décès. Et la machine de guerre médiatique signée Vladimir Poutine n'est pas en reste, avec son puissant media Sputnik News, très apprécié par l'extrême-droite européenne et les europhobes. Par contre, l'attitude des influenceurs santé a de quoi inquiéter d'une manière générale.
 
Des blogs pas vraiment désintéressés
 
Ainsi, Mohamed ("Et ça se dit médecin", sur Twitter), étudiant en huitième année de médecine, affirme que la somme proposée pour cette action de propagande "est un bon chiffre, dans ce qu'on me propose habituellement." Un autre influenceur, Jérémie, étudiant en pharmacie cité par France Info, ajoute qu'un partenariat, "c'est mettre en avant un produit. Là, on me demandait de décrédibiliser un produit. Ca va à l'encontre de mes principes" (mais surtout, pourrait-on préciser plus objectivement, à l'encontre des lois françaises). En mode décodage : des futurs médecins et autres pré-diplômés du secteur médical reconnaissent faire de la pub pour divers produits liés peu ou prou à la santé, et contre monnaie sonnante et trébuchante.  
 
Avec les vents d'ouest dominants, il n'est pas surprenant de constater que le phénomène existe depuis plusieurs années Outre-Atlantique, comme le mentionne un article de Slate (1). Et la tendance s'affirme de plus en plus, avec l'exemple de Carla Valette, une étudiante toulousaine en médecine qui est arrivée, en quelques mois, à se faire suivre par un million d'abonnés à sa chaîne TikTok (2). Quitte à orienter les discussions en bonne partie sur la sexualité, sans oublier la séduction à l'aide d'une jolie plastique mise en avant au travers d'un goût avoué pour le shooting vidéo.
 
L'Ordre impuissant
 
Est-ce bien éthique ? Non, bien évidemment, si on se réfère à la déontologie médicale. Mais l'Ordre des Médecins n'a aucune prise sur ces jeunes pas encore diplômés, et encore moins inscrits comme praticiens. De nombreuses mesures ont été édictées pour freiner les conflits d'intérêt réels ou potentiels entre les médecins et l'industrie pharmaceutique/agro-alimentaire. Tout profit pour l'image du corps médical dans leur ensemble. Faut-il craindre que cette image se trouve à nouveau écornée à cause d'une utilisation d'internet à visée lucrative, par des carabins pas forcément sincères dans leur démarche d'information santé "neutre" ?
 
Dr Claude Leroy
 
 

Dr Claude Leroy • MediQuality

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