Cette initiative peut-elle convaincre les 30% de 16-17 ans réticents face au vaccin covid ?
BRUXELLES 01/06 - Quel sera le sort des centres de vaccination après la fin de la grande campagne d’immunisation contre la covid-19 ? Certains resteront sans doute ouverts pour administrer une troisième piqûre en guise de rappel, mais pourquoi ne pas utiliser les autres pour investir davantage dans la prévention ? C’est ce que propose le Dr Jan Van Emelen du centre de vaccination Voorkempen, qui se rendra cette semaine dans les écoles de la zone de première ligne éponyme pour tenter de convaincre les 16-17 ans qui hésitent encore par une séance d’information sur les virus, les vaccins et l’importance de cette protection.
Malgré quelques accrocs au niveau des livraisons, la campagne de vaccination a aujourd'hui trouvé sa vitesse de croisière. Les centres de vaccination jouent un rôle crucial dans cette immunisation de masse et, d'un point de vue organisationnel et logistique, tout baigne… mais ces structures ne vont évidemment pas toutes rester ouvertes après la fin de cette campagne à grande échelle. La possibilité d'une troisième piqûre à la fin de l'année en guise de rappel est actuellement à l'étude, mais il est fort probable que son administration transite alors par plusieurs canaux. On songe notamment ici aux médecins de famille et infirmiers à domicile, éventuellement avec l'aide des pharmaciens, même s'il n'est pas impossible que certains centres de vaccination restent également en activité.
Le rôle des zones de première ligne
Le Dr Jan Van Emelen est toutefois convaincu que ces centres de vaccination pourraient également évoluer vers des activités de prévention plus larges. « La création de centres de vaccination locaux a en effet créé une dynamique et un esprit positif, et nous voyons que la population a confiance dans le fonctionnement de cette initiative de proximité. Au fond, un centre de vaccination est un peu la concrétisation du rôle des zones de première ligne. La méfiance initiale des médecins de notre zone face à ce concept aussi a fait place à une grande satisfaction, d'autant que la collaboration pour l'organisation des vaccinations à domicile est vraiment bien rôdée.
Comment continuer sur cet élan positif ? Pour le Dr Van Emelen, la réponse est évidente : « La vaccination, c'est une forme de prévention, et il y a encore d'autres vaccins pour lesquels le taux de couverture n'est pas toujours optimal. Forts de l'expérience du centre, nous pourrions mettre en place une gestion de la population à l'aide d'un logiciel. Nous savons par exemple aujourd'hui quelles sont les populations où le taux de vaccination est très faible dans une ville donnée, ce qui nous permet d'intervenir. En principe, ce serait possible aussi pour d'autres vaccins. »
Une prévention pilotée à l'échelon local
Mais ce n'est pas tout. Le Dr Van Emelen évoque l'exemple du Japon, où des réseaux de santé locaux organisent un suivi chez les patients de 45 ans afin de les stratifier en fonction de leurs problèmes somatiques et mentaux et d'obtenir ainsi des groupes cohérents en termes de besoins thérapeutiques. Cette approche, qui débouche sur des soins plus efficaces et plus qualitatifs sans que les coûts n'échappent à tout contrôle, a permis au Japon de maintenir durablement son budget santé à un niveau stable.
« Avec cette situation unique que nous connaissons aujourd'hui pour la vaccination, il doit être possible de sauter le pas vers des trajectoires de soins chroniques au sein des zones de première ligne », souligne le Dr Van Emelen. « Dans un centre de prévention, il faudrait pouvoir non seulement administrer toutes sortes de vaccins mais aussi organiser un dépistage structuré de certains facteurs de risque en soutien aux médecins de famille. Cette prévention pilotée à l'échelon local pourrait même investir dans des programmes d'activité physique, d'arrêt du tabac, d'accompagnement du prédiabète ou du contrôle pondéral, etc. »
Éducation aux virus et à l'importance de la vaccination
D'après un récent sondage flamand(1), l'acceptation du vaccin est d'autant plus faible que la population considérée est jeune : un tiers des 16-17 ans ne sont par exemple pas prêts à se faire immuniser. Dans la mesure où l'on envisage justement aujourd'hui de vacciner ce groupe, le Dr Van Emelen va se rendre à partir de cette semaine dans toutes les écoles secondaires de sa zone de première ligne pour y donner des cours sur les virus, les bactéries et l'importance de la vaccination à ce public de grands ados.
Lorsqu'il a contacté les directions des écoles des environs, elles ont immédiatement accepté sa proposition. Pendant une heure, il présentera ainsi son petit exposé à chaque classe en insistant sur l'importance de la vaccination non seulement pour les jeunes eux-mêmes, mais aussi pour les personnes vulnérables qui les entourent. Les élèves auront également l'occasion de poser des questions. On ne peut évidemment que saluer cette belle initiative et espérer que d'autres établissements profiteront des dernières semaines de l'année scolaire pour organiser une campagne similaire en collaboration avec le centre de vaccination local…
Informations actualisées
Vous trouverez de plus amples informations sur la vaccination des 16-17 ans dans un récent avis du Conseil Supérieur de la Santé. Tous les vaccins n'ont pas encore été testés dans ce groupe d'âge, mais c'est déjà le cas pour celui de Pfizer. « Pfizer a inclus d'emblée les 16-17 ans dans ses études », précise le Dr Petra Schelstraete, chef du service de pédiatrie de l'UZ Gent et présidente de la task force covid et pédiatrie. « Le vaccin semble tout aussi sûr et efficace chez les jeunes que chez les adultes. »
L'Agence Européenne des Médicaments (EMA) a également donné, vendredi, son feu vert à l'utilisation du vaccin covid de Pfizer/BioNTech chez les 12 à 15 ans.
Référence :
1. « De stemming » est une enquête réalisée auprès de quelque 200 Flamands par les universités de Bruxelles et Anvers sous la direction de Stefaan Walgrave (UA) et Jonas Lefevere (VUB) à la demande de VRT NWS et De Standaard. Elle a été organisée entre la fin mars et le 19 avril 2021.
A propos
David Desmet travaille en tant que consultant indépendant dans le domaine de la communication médicale et pharmaceutique ainsi que les affaires publiques. Il écrit des articles d'opinion et des éditoriaux indépendants pour et à la demande de Mediquality.
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