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Commission « Lancet » sur l’obésité : Nouvelle définition et nouveaux critères de diagnostic

Le sujet n’est pas nouveau et fait l’objet ces dernières années de débats parfois vifs : faut-il repenser notre définition de l’obésité ? Et cela permettrait-il ou non d’en améliorer la prévention et la prise en charge ? Une commission de 58 experts internationaux, mise en place par The Lancet, planche depuis plus de 2 ans sur cette question et vient de publier les conclusions de ses travaux. Elle propose une nouvelle définition établissant une distinction entre obésité préclinique et obésité clinique, et détaille les critères de diagnostic correspondants. (1)

Formée de 58 experts internationaux, de diverses parties du monde, cette commission mise en place en 2022, sous la direction du Prof. Rubino, publie l'issue de ses travaux en janvier 2025 dans The Lancet Diabetes & Endocrinology. (1) La publication de ce document est accompagnée d'un éditorial de The Lancet (février 2025), qui salue ce travail. (2)

En préambule, les auteurs rappellent que la définition actuelle de l'obésité repose sur l'indice de masse corporel (IMC), à savoir IMC >30 kg/m², ou ≥27,5 kg/m2 pour les personnes d'origine asiatique. Or, et c'est un point sur lequel à peu près tout le monde s'accorde, l'IMC - utilisé seul - reste une mesure incomplète pour évaluer l'obésité. Son principal défaut est de ne pas prendre en compte la masse grasse et la composition corporelle, et de ne pas apporter en soi d'informations sur l'état de santé des personnes concernées. Le risque induit est ainsi une sous-estimation ou au contraire une surestimation de l'adiposité et une évaluation inexacte.

Infographie issue de la publication (1) La définition de l'obésité sur la base de l'IMC

Face aux limites de l'IMC comme seul critère pour définir l'obésité, comment aller de l'avant ? Quelle définition faut-il retenir ? Faut-il considérer l'obésité comme étant un facteur de risque ? Ou est-ce une maladie, en l'occurrence chronique ? La question qui se pose est notamment : un facteur de risque constitue-t-il une maladie ? Partageant les mêmes objectifs de meilleure prise en charge, de meilleure prévention et de meilleur accès aux soins, les partisans de l'une ou l'autre approche se divisent sur les moyens d'y parvenir. 

Dans ce cadre, la réflexion menée par cette commission souligne que selon les cas, l'obésité peut être un facteur de risque, ou dans certains cas, une maladie, voire les deux. Dans son analyse de la définition actuelle, elle met en évidence que celle-ci envisage uniquement les « complications » de l'excès d'adiposité, mais ne permet pas une caractérisation des effets directs de cet excès d'adiposité (manifestations cliniques distinctes, etc.) sur le fonctionnement de divers organes et tissus.

Infographie issue de la publication (1)

Le modèle actuel ne permet ainsi pas une bonne appréhension de ces effets directs de l'excès d'adiposité. Revenant à la définition même d'une maladie, à savoir un phénomène ayant une cause pathogène, entraînant des altérations physiopathologiques (des organes) et générant des manifestations cliniques, la commission plaide pour une définition clinique de l'obésité basée sur des manifestations cliniques distinctes reflétant l'impact de cet excès d'adiposité sur le fonctionnement normal des organes et des tissus de l'individu en question. 

Obésité préclinique et obésité clinique 

Ces experts proposent donc une définition en deux niveaux : une obésité préclinique caractérisée par un excès d'adiposité sans effets directs sur la santé (mais impliquant un risque) et une obésité clinique, à savoir un état où les effets de l'excès d'adiposité se sont matérialisés et peuvent être documentés de manière objective.

Infographie issue de la publication (1)

Aller plus loin que l'IMC seul

Sauf peut-être dans les cas où l'IMC est très élevé (>40 kg/m2), l'excès d'adiposité doit être confirmé par des mesures autres que l'IMC, à savoir une évaluation directe de la masse grasse ou des mesures anthropométriques telles que le tour de taille, le rapport taille-hanches ou le rapport tour de taille-hauteur) et les seuils retenus doivent être affinés et adaptés à l'âge, au sexe et à l'origine ethnique.

Sources :

  1. Rubino F, Cummings DE, Eckel RH, et coll. Definition and diagnostic criteria of clinical obesity. Lancet Diabetes Endocrinol. 2025 Jan. https://doi.org/10.1016/s2213-8587(24)00316-4
  2. Éditorial : The Lancet Diabetes Endocrinology. Redefining obesity: advancing care for better lives. Lancet Diabetes Endocrinol. 2025 Feb. https://doi.org/10.1016/s2213-8587(25)00004-x

A suivre : Commission « Lancet » sur l'obésité : Nouvelle définition et nouveaux critères de diagnostic – 2e partie

Definition and diagnostic criteria of clinical obesity
Redefining obesity: advancing care for better lives

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