La pollution atmosphérique favoriserait-elle l’émergence du MRSA ?
L’essor de la résistance aux antibiotiques est devenu un problème de santé mondial critique, entraînant chaque année un nombre considérable de décès. Parmi les agents pathogènes résistants, le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (MRSA) constitue une menace particulièrement grave et en pleine expansion.
La résistance aux antibiotiques de certaines bactéries amène les chercheurs à étudier leur activation. La pollution atmosphérique provoque de nombreux effets néfastes sur la santé. Elle nous rend par exemple plus vulnérables aux infections respiratoires. On pensait depuis longtemps que la pollution affectait les humains uniquement en altérant les tissus des voies respiratoires et des poumons, mais il y a quelques années, la microbiologiste Julie Morrissey (Université de Leicester) s'est demandée si la pollution pouvait également influencer le comportement des bactéries. Son équipe en a désormais apporté la preuve évidente.
De nombreuses personnes hébergent des bactéries potentiellement dangereuses dans leurs voies respiratoires sans en subir les effets pathogènes, mais certains types de pollution pourraient selon l'équipe britannique activer l'agressivité bactérienne. Les chercheurs ont observé comment la bactérie réagit en présence de « carbone noir ». Ce comportement a été comparé à celui de colonies non exposées à la pollution. Les bactéries MRSA exposées à la pollution se sont révélées plus actives. Elles étaient cinq fois plus présentes dans les voies respiratoires polluées de souris.
L'équipe a ensuite ajouté des bactéries MRSA à des cellules humaines en laboratoire. Après deux heures, les bactéries exposées à la pollution adhéraient davantage aux cellules humaines que celles provenant d'un air pur. Elles pénétraient aussi plus fréquemment à l'intérieur des cellules.
Des recherches complémentaires ont montré que le carbone noir active une série de gènes qui rendent les bactéries plus pathogènes. Il active également des gènes qui produisent des substances toxiques et permettent de contourner les systèmes immunitaires. D'autres recherches de l'équipe suggèrent que non seulement le carbone noir, mais aussi les « poussières de frein » — les particules émises lors du freinage des voitures — incitent les bactéries à passer à l'action.
Une vaste étude chinoise fournit également des informations pertinentes. Celle-ci a analysé les données relatives à la résistance antimicrobienne du MRSA dans 31 provinces, entre 2014 et 2021, à partir du China Antimicrobial Resistance Surveillance System (CARSS). Les données environnementales et sanitaires ont été extraites de la base de données du Bureau national des statistiques ou du Ministère national de l'Écologie et de l'Environnement. Une régression linéaire multiple et un modèle restricted cubic spline (RCS) ont été utilisés pour analyser les facteurs potentiels influençant la résistance aux antibiotiques du MRSA (AMR).
Des associations positives significatives ont été identifiées entre l'AMR du MRSA et plusieurs facteurs, notamment la pollution au cadmium, la production de soja et de volaille, ainsi que la consommation d'huile. D'autres corrélations notables concernaient la production de maïs et de viande porcine, ainsi que l'intensité de l'usage des antibiotiques. Le modèle prédictif expliquait 52,7 % de la variabilité de l'AMR du MRSA, ce qui témoigne d'un fort pouvoir prédictif.
Il y a aussi de l'espoir
Ces résultats soulignent la nécessité de stratégies intégrées ciblant à la fois la qualité environnementale régionale et le système de santé dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques.
Inversement, l'étude a également révélé un facteur potentiellement protecteur contre l'AMR du MRSA : le taux de couverture en eau courante. Les données ont montré une corrélation inverse significative entre cette couverture et la présence du MRSA. Cela souligne l'importance de l'eau potable propre, non seulement pour prévenir les maladies hydriques, mais aussi pour réduire le risque de dissémination de la résistance aux antibiotiques. Garantir un accès universel à l'eau courante propre pourrait être déterminant dans la lutte contre les agents pathogènes résistants. Atteindre un taux de couverture de 100 % en eau du robinet permettrait de réduire les taux de résistance composites mondiaux de 55-60 % à environ 30 % d'ici 2050.
Sources :
- Air pollution may make some bacteria in our nose and throat turn nasty
- Unmasking MRSA antibiotic resistance: the impact of environment, pollution, and healthcare quality—a nationwide exploration in China: a comprehensive analysis spanning 2014 to 2021 in mainland China | Environmental Sciences Europe | Full Text