Pas de sur-fréquentation des urgences avec les analogues GLP-1, mais des hypoglycémies inattendues
Bonne nouvelle. Le traitement du diabète de type 2 et de l'obésité par sémaglutide n’a induit qu’un nombre limité de passages aux urgences pour des complications et de rares hospitalisations, selon une étude américaine publiée par les Annals of Internal Medicine. (1) Reste que des hypoglycémies ont été décrites, alors qu’on ne les attendait pas.
Le sémaglutide est un analogue du GLP-1 du récepteur du peptide-1 apparenté au glucagon (GLP-1), approuvé pour le traitement du diabète de type 2 et de l'obésité. Dans des essais contrôlés randomisés, l'utilisation du sémaglutide a été associée à une augmentation des taux de nausées, de diarrhée, de vomissements et de constipation. Des études post-commercialisation sur les analogues du GLP-1, avant l'approbation du sémaglutide par la Food and Drug Administration (FDA) américaine pour la perte de poids, ont révélé un risque accru de gastroparésie, de pancréatite et d'occlusion intestinale. Alors qu'en 2023, 5 millions de patients dans le monde (et 2,5 millions aux États-Unis, augmentation de 442 % entre janvier 2021 et décembre 2023) ont été traités par analogues du GLP-1, cet engouement s'est-il traduit par une augmentation des passages aux urgences ?
Maribeth Lovegrove et coll. (Atlanta, États-Unis) ont tenté de répondre à cette question en utilisant les données du National Electronic Injury Surveillance System-Cooperative Adverse Drug Event Surveillance (NEISS-CADES), un système public de surveillance sanitaire basé sur 82 hôpitaux. À partir des données obtenues, ils ont proposé une extrapolation à l'ensemble des États-Unis. Dans la base de surveillance, ils ont identifié 551 passages aux urgences et leur extrapolation a permis d'estimer qu'il y avait eu, entre 2022 et 2023, 24 499 consultations aux urgences de patients présentant une complication alors qu'ils prenaient du sémaglutide. La grande majorité a eu lieu en 2023 (20 226). Les auteurs estiment le nombre des recours aux urgences à 4 pour 1 000 patients traités pendant une année. Le sémaglutide était le médicament impliqué dans 81,7 % des cas, les autres analogues du GLP-1 étaient moins représentés.
Il s'agissait dans 69,3 % des cas d'effets indésirables digestifs (nausées/vomissements en premier lieu, suivis de douleurs abdominales et plus rarement de diarrhées), d'hypoglycémies dans 16,5 % et de réactions allergiques dans 5,5 %. Les auteurs signalent également des pancréatites dans 1,1 % des cas et des maladies biliaires dans 0,7 %. Les passages aux urgences ont été suivis d'une hospitalisation dans 37,6 % des cas pour les hypoglycémies et dans 15 % pour les complications digestives.
Risques d'hypoglycémies en particulier avec des traitements associés
La majorité des complications observées étaient des effets connus du sémaglutide, qu'il s'agisse des complications digestives ou des hypoglycémies quand le sémaglutide était associé à un autre antidiabétique (insuline, sulfamides). Néanmoins – et c'est surprenant – des hypoglycémies ont été constatées avec le sémaglutide non associé à un autre médicament. De tels effets indésirables n'avaient pas été signalés pendant les essais cliniques avec le sémaglutide utilisé seul et, en outre, les hypoglycémies sont peu compatibles avec le mécanisme d'action (arrêt théorique de l'action quand la glycémie baisse). La possibilité d'hypoglycémies sévères avec les GLP-1 doit donc être étudiée de façon plus poussée.
Les chercheurs concluent en estimant que même si ces passages aux urgences sont rares, les prescripteurs devraient prévenir les patients d'un risque potentiel d'effets sévères, y compris d'hypoglycémies, et en cas de coprescription avec d'autres antidiabétiques, procéder à un ajustement de traitement pour diminuer le risque d'hypoglycémies.
Une étude publiée en janvier 2025 (2) sur les appels passés aux centres antipoison montrait déjà que des hypoglycémies étaient rapportées de façon rare – mais néanmoins inattendue et notable - par les patients sous analogues du GLP-1 (8 sur 237 notifications). Un point à éclaircir d'urgence vu l'explosion des prescriptions.
Sources :
- Lovegrove M, Stone N, Geller A et coll. U.S. Emergency Department Visits Attributed by Clinicians to Semaglutide Adverse Events, 2022-2023. Ann Intern Med. 2025 Apr 8. doi: 10.7326/ANNALS-24-03258.
- Muschler K, Muschalek R, Hoyte C. Characterization of glucagon-like peptide-1 (GLP-1) agonist exposures reported to a single United States poison center.