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Exacerbations de BPCO, la pandémie a-t-elle changé la donne ?

La pandémie de COVID-19 a radicalement modifié les comportements de santé publique et les modes de vie. Mais a-t-elle aussi influencé l’évolution des exacerbations de BPCO ? Une vaste étude internationale fournit certains éléments de réponse.

Avant la pandémie, les exacerbations aiguës de BPCO suivaient des schémas bien établis : pics en automne-hiver, forte variabilité entre patients, et prévisibilité selon les antécédents. Mais les confinements successifs, la distanciation sociale, le port du masque et l'amélioration de la qualité de l'air pourraient avoir entraîné une réduction des exacerbations. L'étude de Martinez et al. a exploré, à grande échelle, cette hypothèse.

Une cohorte, trois angles d'analyse

Cette étude rétrospective a centralisé les données de patients atteints de BPCO, âgés de 40 ans ou plus, suivis de 2017 à 2022 dans cinq pays. Les patients atteints d'asthme ou de comorbidités respiratoires majeures étaient exclus.

À partir de cette cohorte, les auteurs ont mené trois analyses : l'une sur tous les patients, une autre sur ceux ayant eu au moins une exacerbation, et une dernière sur un sous-groupe suivi sans interruption depuis 2016. Les exacerbations étaient identifiées via un diagnostic spécifique ou par la co-prescription d'un antibiotique et d'un corticoïde oral.

Baisse des exacerbations en 2020 suivie d'un rebond partiel

Dans tous les pays étudiés, les taux d'exacerbation ont chuté de 45 à 78 % en 2020 par rapport à 2019. En France, la proportion de patients avec au moins une exacerbation est passée de 43,1 % à 22,0 %. Cette baisse s'est accompagnée d'une disparition temporaire du pic saisonnier habituel. Un rebond a été observé en 2021, sans retour aux niveaux antérieurs.

L'analyse des transitions croisées entre profils de patients confirme ces tendances : la majorité de ceux ayant des exacerbations fréquentes ou récurrentes avant la pandémie ont vu leur état s'améliorer. En France, 85 % des patients ayant eu des exacerbations récurrentes sont passés à un profil peu ou pas symptomatique pendant la pandémie. À l'inverse, seuls 8 % des patients auparavant stables ont présenté de nouveaux épisodes.

Réduction réelle ou biais de comportement ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse : diminution des infections respiratoires grâce aux mesures barrières, amélioration de l'observance, baisse de la pollution, hausse de la vaccination antigrippale. De plus un biais de sous-déclaration ou une réticence à consulter dans les premiers mois de la pandémie ne peuvent être exclus. L'évolution des pratiques de codage, notamment pour distinguer COVID-19 et exacerbation, a pu aussi influencer les chiffres. 

Des données à intégrer dans la pratique clinique post-COVID

Ces résultats confirment un impact majeur, mais transitoire, de la pandémie sur la dynamique des exacerbations. Ils invitent à réfléchir sur la pertinence d'intégrer certaines mesures (comme le port du masque en hiver ou l'intensification du suivi thérapeutique) en pratique quotidienne.

Et pour l'avenir ? 

La pandémie de COVID-19 a entraîné une réduction marquée et homogène des exacerbations de BPCO dans cinq pays occidentaux, avec un rebond partiel en 2021. Cette baisse s'est accompagnée d'une rupture nette du schéma saisonnier habituellement observé, notamment en automne-hiver. De plus, une majorité de patients ayant des antécédents d'exacerbations récurrentes ont connu une amélioration pendant la pandémie, tandis que très peu de nouveaux cas sont apparus chez les patients auparavant stables. Ces résultats, cohérents entre pays, offrent des pistes de réflexion pour repenser la prévention et la surveillance des exacerbations à l'ère post-pandémique.

Source :

Martinez FJ et al. COPD Exacerbations Before and During COVID-19 in France, Germany, Italy, the UK and the US. Int J Chron Obstruct Pulmon Dis. 2024;19:1433-1445 - https://doi.org/10.2147/COPD.S451009

COPD Exacerbations Before and During COVID-19 in France, Germany, Italy, the UK and the US

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