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Sclérose en plaques : des symptômes gastro-intestinaux associés à la sévérité de la maladie

De nouvelles données révèlent que les symptômes gastro-intestinaux communs dans la sclérose multiple, seraient annonciateurs d’une progression de la maladie, d’autant plus sévère que les symptômes sont exacerbés et indépendamment de l’âge du patient. C’est une information cruciale quand on connaît toute l’importance d’un diagnostic précoce et d‘une prise en charge rapidement adaptée. Pour les auteurs, ces résultats sont suffisamment significatifs pour inciter les cliniciens à surveiller la santé gastro-intestinale de leurs patients dans une approche holistique de la maladie.

La sclérose en plaques (SEP) est une cause majeure de handicap sévère chez les jeunes adultes. Son incidence augmenterait du fait d'une interaction entre des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux. En Belgique, on estime qu'environ 15.000 personnes vivent avec une SEP, ce qui correspond à une prévalence de 127 cas / 100.000 habitants. L'âge moyen au diagnostic se situe entre 20-40 ans avec une prédominance féminine. Cette maladie auto-immune résulte d'une démyélinisation inflammatoire et d'une dégénérescence axonale. La maladie se manifeste par de nombreux symptômes variables d'une personne à l'autre, avec des troubles visuels, une fatigue, des problèmes de mobilité, des engourdissements, des troubles cognitifs etc. mais aussi des troubles gastro-intestinaux (constipation, diarrhées, douleurs abdominales etc.) présents chez plus de 80% des patients.  Dès lors, ne sont-ils pas des signes avant coureurs d'une progression de la SEP ? 

Une corrélation entre troubles GI et sévérité de la SEP

L'étude1 a inclus 300 patients d'âges compris entre 22 ans et 24 ans (66%) et principalement des hommes (73%). Le délai écoulé depuis le diagnostic de MS est de l'ordre de 1 à 2 ans (77%), 3 à 4 ans (19%) et 5 à 6 ans (4%). Il s'agit d'une SEP primaire progressive (44%) ou secondaire (19%). Les traitements comportent notamment le diméthylfumarate (26%), le fingolimod (26%), l'acétate de glatiramère (13%) et des stéroïdes (7%). Le GSRS (Gastrointestinal Symptom Rating Scale) a été utilisé par les patients pour coter leurs symptômes sur une échelle de 1 à 7 et le EDSS (Expanded Disability Status Scale) par les cliniciens pour coter les troubles neurologiques sur une échelle de 0 à 10. L'analyse des 2 scores montre une corrélation positive faible (r = 0,132, p < 0,05) mais statistiquement significative. Les patients qui ont un score élevé de symptômes GI ont également des scores EDSS élevés, indiquant une gravité plus importante du handicap. Une analyse de sous-groupe révèle que ce résultat n'est pas significativement lié à l'âge des participants, avec tout au plus un handicap plus élevé dans le groupe 22 ans à 24 ans comparé à d'autres tranches d'âges. 

Figure 1. A 29-year-old male presented with a 2-week history of right leg numbness, right hand weakness and brisk reflexes bilaterally with sustained clonus. T2 weighted and fluid-attenuated inversion recovery imaging show multiple hyperintensityies. A posterior left frontal lobe lesion (arrows) shows enhancement following contrast administration. An anterior right frontal lobe lesion does not (dashed arrows). This single study demonstrates both dissemination in space and dissemination in time.

Un bilan GI dans la prise en charge

Les données confirment que les symptômes gastro-intestinaux sont une bonne image prédictive de la sévérité de la SEP. L'incidence est particulièrement élevée chez les hommes en contraste avec la littérature qui rapporte une prédominance féminine. Ce lien modeste mais significatif renforce l'hypothèse selon laquelle les troubles gastro-intestinaux ne doivent pas être considérés comme des symptômes isolés mais comme des facteurs pouvant contribuer à la progression de la maladie ou comme l'un de ses signes annonciateurs. Des travaux antérieurs ont démontré qu'un dysfonctionnement autonome peut entraîner des troubles gastro-intestinaux importants qui à leur tour, peuvent aggraver les symptômes neurologiques chez les patients atteints de SEP. L'étude n'est toutefois pas exempte de limitations. En particulier les symptômes GI sont rapportés par les patients, l'échantillon de patients n'est pas représentatif de la population générale et les diagnostics ne sont pas suffisamment documentés. Malgré cela, ces données plaident pour inclure un suivi GI dans une approche holistique de la maladie. 

Source :

  1. Saleem S, et al. Cureus 2025;17(5): e83386. doi:10.7759/cureus.83386     
Association Between Gastrointestinal Symptoms and Disease Severity in Multiple Sclerosis Patients

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