AxSpA : Détecter plus tôt en s’intéressant au mal de dos « ordinaire »
La spondylarthrite axiale (axSpA) se caractérise notamment par un retard au diagnostic assez généralisé, de plusieurs années en moyenne. Comme c’est le cas dans d’autres pathologies, la détection précoce de l’axSpA reste essentielle pour une bonne prise en charge et un bon accès au vaste arsenal thérapeutique désormais disponible. Une équipe canadienne tente d’y remédier en s’intéressant aux manifestations extra-articulaires, au marqueur HLA-B27 et au mal de dos « ordinaire ». (1)
Ce retard de diagnostic de l'axSpA - défini comme étant le laps de temps entre les premiers symptômes et le moment où le diagnostic d'axSpA est posé - peut avoir des causes multiples. Il peut s'agir du temps qu'il faut à une personne avant de considérer que les symptômes ressentis nécessitent un avis médical, d'un adressage tardif à un spécialiste (généralement un rhumatologue), ou du temps nécessaire pour établir le diagnostic d'axSpA, dont les manifestations cliniques sont parfois complexes.
C'est dans ce contexte que l'équipe de Maksymowych et coll. a mis sur pied un projet évaluant la fréquence de l'axSpA sur la base de manifestations extra-articulaires, de la présence de l'antigène HLA-B27 (Human Leucocyte Antigen B 27) et de screening clinique et par imagerie, chez des patients présentant des douleurs dorsolombaires non spécifiques. Ils publient les intéressants résultats de leur étude en janvier 2025 dans Arthritis & Rheumatology. (1)
Ces travaux font partie d'un plus vaste projet de recherche baptisé SASPIC (Screening for Axial Spondyloarthritis in Psoriasis, Iritis and Colitis) portant sur l'identification de l'axSpA chez les patients souffrant de psoriasis, d'uvéite antérieure ou de colite.
Recrutés dans des services de dermatologie, d'ophtalmologie et de gastro-entérologie, les participants inclus au projet SASPIC étaient âgés d'au moins 45 ans et présentaient en plus de leur psoriasis, uvéite antérieure ou maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI), des douleurs dorsolombaires chroniques non diagnostiquées (et ce, depuis plus de 3 mois). Ils étaient répartis en deux cohortes multicentriques et tous adressés à un rhumatologue local spécialisé dans la spondylarthrite axiale, pour une évaluation complémentaire.
Dans SASPIC 1, un examen par IRM était pratiqué lorsque le rhumatologue l'estimait nécessaire sur la base des éléments cliniques à sa disposition, comme c'est le cas dans une approche habituelle. Dans SASPIC 2, l'IRM (des articulations sacro-iliaques) était systématique, pour tous les participants.
Le critère d'évaluation principal était la proportion de patients au diagnostic confirmé d'axSpA dans chacune des deux cohortes.
60 % à 80 % détectés précocement par IRM
Dans SASPIC 1, la fréquence d'axSpA était respectivement de 46,7 % (chez les participants atteints de psoriasis), de 61,6 % (en cas d'uvéite antérieure) et de 46,8 % (MICI). Dans la cohorte SASPIC 2, ces chiffres étaient respectivement de 23,5 % (psoriasis), de 57,9 % (uvéite antérieure) et de 23,3 % (MICI). Dans l'analyse en sous-groupes, chez les participants HLA-B27 positifs, un diagnostic d'axSpA a pu être posé chez respectivement 70 % (psoriasis), 74,5 % (uvéite antérieure) et 66,7 % (MICI) des patients dans SASPIC 1, et respectivement 71,4 %, 63,4 % et 55,6 % dans SASPIC 2 (IRM systématique).
Les auteurs notent que les paramètres cliniques musculosquelettiques se révélaient non discriminatoires dans l'évaluation du diagnostic d'axSpA et soulignent au contraire la précision de l'IRM dans ce processus. Cet examen a en effet permis d'identifier de manière précoce une axSpA chez 60 % à 80 % de ces patients dans ces 2 cohortes présentant des manifestations extra-articulaires et des douleurs dorsolombaires chroniques « banales », encore non diagnostiquées.

Infographie issue de l'étude. (1), en grand format ici
Les auteurs soulignent l'importance d'un adressage systématique à un rhumatologue en cas de douleurs dorsolombaires chroniques et de psoriasis, d'uvéite antérieure ou de MICI, et plaident pour la pratique systématique d'une IRM chez tous ces patients.
Source :
- Maksymowych, W.P., Carmona, R., Weber, U., et coll. (2025), Features of Axial Spondyloarthritis in Two Multicenter Cohorts of Patients with Psoriasis, Uveitis, and Colitis Presenting with Undiagnosed Back Pain. Arthritis Rheumatol, 77: 47-58. https://doi.org/10.1002/art.42967