Le don de rein après euthanasie est sûr (étude néerlandaise)
Aux Pays-Bas, les greffes de rein réalisées avec des organes prélevés sur des personnes bénéficiant d’une aide à mourir et volontaires au don de leurs organes donnent de bons résultats comparables à ceux des greffes utilisant des reins prélevés dans d’autres contextes, selon une étude publiée dans JAMA Surgery. (1)
L'aide médicale à mourir (AMM) est autorisée aux Pays-Bas depuis 2002 (mort circulatoire de type V), elle a été utilisée 9 068 fois en 2023. Ce pays a lancé en 2012 un programme rendant possible le don d'organes par les personnes ayant bénéficié d'une AMM et qui présentaient une maladie neurodégénérative ou psychiatrique, ce qui ne constitue qu'une minorité des patients éligibles à l'aide à mourir. Les patients ne sont informés qu'après l'acceptation initiale de l'AMM de la possibilité de don d'organes. S'ils le souhaitent, ils sont mis en relation avec le coordinateur local des dons. Dans ce contexte, puisque l'arrêt cardiaque survient généralement quelques minutes après l'administration de médicaments euthanasiques, le temps d'ischémie chaude du donneur est normalement plus court que dans le cas d'un don après un décès circulatoire après l'arrêt des thérapies de maintien des fonctions vitales.
Une étude menée en Belgique en 2017 montrait que jusqu'à 10 % de tous les patients qui ont subi une AMM auraient pu être des donneurs d'organes appropriés. (2) La Belgique a récemment proposé une Catégorie V, à savoir le prélèvement d'organes à partir d'un donneur décédé suite à une euthanasie telle que reconnue par la loi belge. Le CHU de Liège dispose d'un programme actif de prélèvements de cette catégorie de donneur.
158 reins, 92 donneurs
Aux Pays-Bas, entre janvier 2012 et juillet 2023, 158 greffes de rein ont été effectuées grâce aux dons de 92 personnes ayant bénéficié d'une AMM et qui avaient volontairement exprimé leur décision de faire don de leurs organes. Parmi les 92 donneurs Maastricht V, 47 (51 %) souffraient de maladies neurodégénératives (SLA, principalement) et 23 (25 %) présentaient une indication d'euthanasie en raison de troubles psychiatriques. Quel a été le devenir des greffons prélevés dans ces conditions ?
Julia Slagter et coll. (Rotterdam) ont comparé 145 de ces greffes (Maastricht V, pour lesquelles des données de suivi étaient disponibles) à 1 255 transplantations de reins prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale (Maastricht IV) et à 1 936 greffes de reins Maastricht III (après arrêt circulatoire à la suite de la limitation ou de l'arrêt des thérapeutiques). L'âge moyen des receveurs était d'environ 60 ans.
Un retard à la reprise de fonction du greffon a été observé chez 26 % des receveurs de rein Maastricht V. Ce taux est similaire à celui observé chez les receveurs de rein prélevé après mort cérébrale (22 %), mais significativement moins fréquent que chez les receveurs de rein Maastricht III (49 %).
En revanche, l'incidence d'une insuffisance permanente était plus élevée chez les receveurs d'un rein provenant de Maastricht V (6 %) que chez les receveurs de rein prélevé après mort cérébrale (4 %).
À un, trois et cinq ans après la transplantation, le taux de survie du greffon s'est établi respectivement à 94 %, 90 % et 82 % pour les patients greffés d'un rein prélevé sur une personne ayant bénéficié d'une AMM. Ces résultats ne sont pas significativement différents de ceux des patients greffés d'un rein prélevé dans un autre contexte (respectivement 95, 86 et 76 %). Aucune différence statistiquement significative n'a été observée sur les taux de créatinine sérique à aucun moment entre les différents groupes analysés.
Un tel recours aux transplantations à partir de greffons de personnes AMM est-il possible en Belgique ? Outre les questions éthiques, il convient avant tout d'analyser l'impact de l'utilisation de l'atracurium, utilisé comme bloqueur neuromusculaire pour l'euthanasie, et du propofol comme inducteur de coma sur la fonction rénale. Si l'impact de traitements sur le rein est nul, alors cette piste qui pourrait augmenter le nombre des transplantations devra être davantage explorée.
Sources :
- Slagter J, Kimenal H, van de Wetering J et coll. Kidney Transplant Outcome Following Donation After Euthanasia. JAMA Surg. doi:10.1001/jamasurg.2024.3913
- Bollen J, van Smaalen T, Ten Hoopen R et coll. Potential number of organ donors after euthanasia in Belgium. JAMA. 2017;317(14):1476-1477. doi:10.1001/jama.2017.0729