Un risque accru de constipation avec le tabagisme passif ?
La constipation, fréquente et multifactorielle, pourrait augmenter sous l’effet du tabagisme passif. Dans une cohorte de près de 12 000 adultes, une exposition modérée à la cotinine s’accompagne d’un sur-risque de 36 %. Un lien inattendu à explorer…
La constipation chronique est un symptôme courant en pratique médicale quotidienne. Ses étiologies multiples mêlent habitudes alimentaires, comorbidités, médicaments et hygiène de vie. Certaines études ont suggéré un lien entre tabagisme (actif ou passif) et troubles digestifs, mais peu ont exploré cette association à l'aide de biomarqueurs objectifs. Chez le fumeur actif, la constipation se manifeste principalement lors du sevrage tabagique, du fait de la chute des taux de nicotine dans l'organisme, mais il se pourrait qu'en cas de tabagisme passif, les effets du tabac sur le transit digestif soient plus subtils. Cette forme de tabagisme peut-elle de fait accroître le risque de constipation ? Si oui, selon quels mécanismes ? Les résultats d'une étude transversale apportent des éléments de réponse à ces questions. Les données recueillies entre 2005 et 2010 proviennent de l'enquête longitudinale étatsunienne NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey).
Près de 12 000 participants
La cohorte étudiée compte 11 651 adultes américains (âgés de 20 ans et plus) chez lesquels sont connus le statut tabagique et le transit digestif, tout autant que les taux sériques de cotinine, principal métabolite de la nicotine. A partir du questionnaire rempli par les participants, la constipation a été identifiée à partir de deux critères : d'une part, la fréquence des selles (<3 /semaine) qui est le critère principal, d'autre part, leur consistance (type 1 ou 2 sur l'échelle de Bristol). Le type 1 correspond à des selles dures et fragmentées en petites billes, par ailleurs difficiles à expulser. Le type 2, pour sa part, correspond à des selles moulées caractérisées par une texture trop ferme et grumeleuse.
Le statut tabagique (non-fumeur/ancien fumeur/fumeur actif) est connu à partir des déclarations des participants, cependant que les taux sériques de cotinine en ng/ml permettent d'identifier trois niveaux d'exposition : nulle (référence) ( <0,05), modérée (0,05–2,99) compatible avec un tabagisme passif, élevée (≥3) (tabagisme actif certain). Les données ont été traitées à l'aide d'analyses multivariées par régression logistique avec ajustements multiples prenant en compte l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle (IMC), l'activité physique, les habitudes alimentaires ainsi que les comorbidités.
Au sein de cette cohorte, la prévalence de la constipation a été estimée à 3,8 %. Aucune association significative n'a été globalement établie entre constipation et, d'une part, les taux sériques de cotinine, d'autre part, le statut tabagique autodéclaré (ancien/actuel versus non-fumeur).
Exposition modérée : risque accru de constipation ?
Cependant, dans le sous-groupe caractérisé par des taux sériques de cotinine compris entre 0,05 et 2,99 ng/mL, le risque de constipation apparaît majoré de 36 %, avec un odds ratio (OR) estimé à 1,36 [IC 95 % 1,06–1,74]. Cette association est retrouvée dans les sous-groupes constitués en fonction de l'âge, du sexe, de l'IMC ou encore des comorbidités, mais n'apparaît pas en cas de taux sériques de cotinine ≥3 ng/ signant l'existence d'un tabagisme actif. Aucune relation du type dose-effet n'est établie entre cotinine sérique et risque de constipation.
La constipation serait plus fréquente chez les participants faiblement exposés au tabac, si l'on en juge d'après les taux sériques de cotinine, alors que les fumeurs actifs ne seraient pas concernés : un résultat qui peut surprendre. Cette relation non linéaire entre cotinine sérique et constipation témoignerait d'un effet pro-inflammatoire du tabac sur la muqueuse intestinale au travers du stress oxydatif, tout en intégrant le niveau et la chronicité de l'exposition avec effet de seuil … indépendamment du statut tabagique.
Le tabagisme passif serait plus à même de favoriser la constipation que sa forme active. Une hypothèse audacieuse qui se heurte à des limites méthodologiques : étude transversale, définition réductrice de la constipation, possible artéfact statistique et absence d'ajustement prenant en compte les traitements médicamenteux, sans oublier la rareté de la constipation au sein de la cohorte étudiée (prévalence comprise entre 2,9 % à 4,8 % selon les groupes). Des résultats à interpréter avec la plus grande prudence et à confirmer avant d'incriminer le tabagisme passif dans une association avant tout paradoxale.
Source :
Cui G, Jiao X, Wang Z, Zhang Z. Association between tobacco smoke exposure and constipation among American adults: a National Health and Nutrition Examination Survey. Front Public Health. 2025 Mar 4;13:1502341. doi: 10.3389/fpubh.2025.1502341.