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Symptômes dépressifs et surpoids ou obésité : une réalité à prendre en compte

Une récente étude allemande examine la prévalence de symptômes dépressifs chez des adultes de plus de 40 ans en surpoids ou obésité. Elle met en évidence une concomitance préoccupante, liée à différents facteurs, et une relation bidirectionnelle aux effets délétères. Face à la progression constante du surpoids et de l’obésité, la prise en compte systématique des aspects de bien-être mental s’impose peu à peu comme une priorité. (1)

Publiée en Juillet 2025 dans Journal of Affective Disorders et menée par une équipe de chercheurs de Leipzig (Allemagne), cette étude se proposait donc d'évaluer la prévalence de symptômes dépressifs chez des adultes en surpoids ou obésité, qui n'étaient pas en demande de traitement pour ces symptômes. Leur objectif était également d'identifier d'éventuels facteurs de confusion, associations ou interactions. 

En préambule, ils reviennent sur la forte progression de l'obésité dans le monde et citent à cet égard également des chiffres allemands. L'étude GEDA (pour Gesundheit in Deutschland aktuell) 2019-2020 montre ainsi que plus de la moitié des adultes en Allemagne sont en surpoids ou obésité. En constante progression, la prévalence du surpoids et de l'obésité s'établit à cette date déjà à 34,5 % des adultes (41,3 % côté hommes et 27,6 % côté femmes) pour le surpoids et à près de 20 % (19,1 % chez les hommes, 19,0 % pour les femmes) pour l'obésité.

Ils attirent également l'attention sur la nature bidirectionnelle de la relation entre troubles dépressifs et obésité : la présence de l'un accroît le risque d'apparition de l'autre, ainsi que sur des travaux ayant établi qu'obésité et dépression partageaient des mécanismes communs (axe HPA - hypothalamo-hypophyso-surrénalien et dysbioses du microbiote intestinal).

Les données analysées sont issues de l'étude LIFE-Adult-Study (Leipzig Research Centre for Civilization Diseases Adult Study), (2) un vaste projet épidémiologique mis en place en 2011. Dans cette large cohorte allemande, ces chercheurs ont extrait les données des participants pour lesquels ils disposaient de données complètes socioéconomiques, de bien-être mental et de santé. Au total, il s'agissait de 6 200 adultes (dont 49,2 % de femmes), âgés de 40 à 80 ans, dont l'âge moyen s'établissait à 54,7 ans et l'IMC moyen à 27,3 kg/m2.

Sur la base de leur IMC (classification OMS), ils ont été répartis entre 3 groupes : adultes sans surpoids ni obésité (n = 2 136 ; IMC ≤ 24,9), adultes en surpoids (n = 2 520 ; IMC 25,0 - 29.9) et adultes en obésité (n = 1 544 ; IMC ≥ 30,0). 

Dans la population étudiée, 40,4 % des participants étaient en surpoids et 23,8 % en obésité (dans l'ensemble de la cohorte, l'IMC variait de 18,5 à 57,3 kg/m2).

Les femmes et les 40-59 ans particulièrement exposés

Interrogés sur des symptômes dépressifs dans les 7 jours précédents, les participants sans surpoids ni obésité étaient 5,8 % (IC à 95 % : 4,9 -6.9, n = 124) à répondre par l'affirmative et à signaler des symptômes dépressifs. Ils étaient 5,5 % (IC à 95 % : 4,7-6,5, n = 138) dans le groupe en surpoids et 7,3 % (IC à 95 % : 6,0-8,7, n = 110) dans le groupe en obésité.

La prévalence et le degré de sévérité des symptômes dépressifs étaient mesurés à l'aide du CES-D (Center for Epidemiologic Studies Depression Scale) un questionnaire en 20 rubriques (score : 0–60 ; score seuil ≥ 23 = symptômes dépressifs). 

L'analyse faisait également apparaître une plus forte prévalence de symptômes dépressifs chez les femmes en surpoids et celles en obésité par rapport aux hommes dans les mêmes catégories. On observait également des différences par tranches d'âge, les 40-59 ans des deux sexes, en surpoids ou en obésité, étaient ainsi plus exposés aux symptômes dépressifs que les 60-80 ans en surpoids ou obésité.

Tout en soulignant le risque de cercle vicieux (dépressif parce qu'en surpoids - en surpoids parce que dépressif), et l'impact négatif de cette concomitance en termes de santé, d'effets des traitements, de bien-être et de qualité de vie, les auteurs plaident pour une meilleure prise en compte des symptômes dépressifs en cas de surpoids ou d'obésité. 

Sources :

  1. Franziska Ulrike Jung, Franziska Bleck, Alexander Pabst, et coll. Depressive symptoms in individuals with overweight and obesity. Results from the LIFE-adult-study, Journal of Affective Disorders, Volume 390, 2025. https://doi.org/10.1016/j.jad.2025.119792
  2. Engel C, Wirkner K, Zeynalova S, et coll. LIFE-Adult-Study working group. Cohort Profile: The LIFE-Adult-Study. Int J Epidemiol. 2023 Feb 8. https://doi.org/10.1093/ije/dyac114
Depressive symptoms in individuals with overweight and obesity. Results from the LIFE-adult-study
Cohort Profile: The LIFE-Adult-Study

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