Dans l’asthme, le Graal de la rémission
Grâce aux biothérapies, la rémission de l’asthme devient plus fréquente. Chez l’enfant, elle survient aussi de manière spontanée au moment de l’adolescence, un phénomène qui semble très lié à la fonction pulmonaire et au profil inflammatoire.
Depuis l'arrivée des biothérapies dans le traitement de l'asthme, la rémission semble enfin un horizon accessible chez les patients les plus sévèrement atteints. Si cette notion peut sembler nouvelle chez les adultes asthmatiques, la situation est quelque peu différente chez les enfants : pour certains d'entre eux, l'asthme disparaît spontanément à l'adolescence, pour ne plus jamais revenir. Chez d'autres, il peut réapparaître à l'âge adulte, souvent sur fond de tabagisme. Enfin, demeurent des enfants dont l'asthme persiste tout au long de la vie, sur fond de prédispositions génétiques, de terrain atopique et/ou de faible fonction pulmonaire.
Chez l'enfant comme chez l'adulte, la notion de rémission demeure mal définie, et il n'existe aucun consensus international, malgré les appels à en élaborer un (1). Parmi les points récurrents des diverses définitions émises à ce jour, l'absence de symptômes significatifs, la stabilisation de la fonction pulmonaire, l'arrêt des corticoïdes oraux, et ce pour une durée d'au moins un an. D'autres experts proposent d'y assortir des critères biologiques, dont l'absence d'hyperréactivité bronchique et de faibles marqueurs d'inflammation de type 2 (éosinophiles sanguins, fraction expirée du monoxyde d'azote).
Quels sont les facteurs prédictifs d'une rémission à l'âge adulte chez l'enfant asthmatique ? Des analyses de la cohorte américaine CAMP (Childhood Asthma Management Program) ont apporté quelques réponses (2). Menée sur des enfants de 8 ans atteints d'un asthme léger à modéré, elle révèle que le facteur le plus déterminant de rémission, à l'âge de 23 ans, s'avère être le niveau d'obstruction pulmonaire, mesuré par le rapport VEMS/CVF (volume expiratoire maximal par seconde/capacité vitale forcée). Les enfants dont le rapport VEMS/CVF est supérieur à 80%, ne présentant pas d'hyperréactivité bronchique et à faible taux sanguin d'éosinophiles, sont 82,6% à être en rémission à 23 ans. A l'inverse, les enfants ayant un VEMS/CVF inférieur à 75% n'ont que 9,5% de chances d'y parvenir.
« Chez les enfants, la rémission de l'asthme est un phénomène multifactoriel et dynamique », a estimé Refiloe Masekela, pneumopédiatre à l'université du KwaZulu-Natal (Durban, Afrique du Sud), lors du congrès de l'European Respiratory Society (ERS, Amsterdam, 27/09-01/10). « De nombreuses études ont révélé le caractère déterminant de la fonction pulmonaire, des prédispositions génétiques et des manifestations atopiques. Grâce à l'usage de plus en plus courant des biothérapies chez de jeunes enfants, la rémission va devenir plus fréquente en population pédiatrique ».
« Il nous faut maintenant découvrir les marqueurs biologiques qui nous aideront à prédire les chances de rémission, et donc à mieux informer les familles », a ajouté la chercheuse sud-africaine. Publiée en janvier, une étude américaine a révélé l'intérêt de l'intelligence artificielle pour prédire les chances de rémission d'un asthme pédiatrique (3).
Sources :
- Roads to remission: evolving treatment concepts in type 2 inflammatory diseases, Lommatzsch et al., EClinicalMedicine. 2025 Jan 8:80:103050. doi: 10.1016/j.eclinm.2024.103050
- Remission of persistent childhood asthma: Early predictors of adult outcomes, Wang et al., J Allergy Clin Immunol. 2019 May;143(5):1752-1759.e6. doi: 10.1016/j.jaci.2018.09.038
- AI model for predicting asthma prognosis in children, Sagheb et al., J Allergy Clin Immunol Glob. 2025 Jan 31;4(2):100429. doi: 10.1016/j.jacig.2025.100429