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Stress psychosocial au bureau ? Impact direct sur le risque de maladie coronarienne

En termes de santé cardiovasculaire, la prévention et la détection précoce sont essentielles. Cette phase se joue principalement au niveau des soins primaires, en termes d’analyse de l’exposition aux risques et de conseils visant de possibles interventions. Une récente étude canadienne examine la part d’événements coronariens attribuables aux facteurs psychosociaux de stress au travail, en particulier pour les « cols blancs ». (1)

Menés par une équipe de l'Université de Laval (Québec, Canada), ces travaux ont été publiés en septembre 2025, dans JACC: Advances, une des revues de l'American College of Cardiology (ACC). (1)

L'objectif affiché était d'évaluer la part d'événements coronariens attribuables à des facteurs psychosociaux de stress au travail. Ces chercheurs précisent en introduction que si l'association entre stress au travail et majoration du risque coronarien est établie, la proportion d'événements coronariens attribuables à ces facteurs n'a jusqu'ici pas été quantifiée. C'est ce qu'ils se proposaient de faire dans une cohorte prospective suivie sur 20 ans.

Les données provenaient de la cohorte PROspective Québec (PROQ), mise en place au début des années 90 et portant sur la santé au travail dans des emplois de bureau, dits de « cols blancs », dans 19 organisations publiques et semi-publiques au Québec. Un total de 6 295 participants inclus entre 1999 et 2001, sans maladie cardiovasculaire à l'inclusion, ont été suivis de 2004 à 2018 (les 5 premières années ont été exclues pour minimiser le risque de causalité inverse).

Abstract graphique de l'étude. (1)

L'évaluation du stress au travail – charge mentale et équilibre effort-reconnaissance – reposait sur des approches classiques (questionnaire 18 rubriques) dérivées du modèle de Karasek. L'un des éléments déterminants est notamment la latitude décisionnelle (ou autonomie décisionnelle) dont le niveau fonde la classification passif/actif (faible autonomie décisionnelle vs forte autonomie). Elle joue un rôle dans le ressenti de la charge psychologique (les demandes et exigences professionnelles : volume de travail, complexité des tâches, contraintes de temps, demandes contradictoires, fréquence des imprévus et interruptions, …). L'équilibre (ou le déséquilibre) effort-reconnaissance porte sur l'investissement en termes d'efforts et la reconnaissance obtenue (salaire, sécurité d'emploi, possibilités d'évolution, estime et respect de la part des pairs ou des supérieurs hiérarchiques, …).

20 % des maladies coronariennes

dues au stress au travail

Sur ce suivi de 15 ans, 669 événements coronariens ont été observés sur 112 297 personnes-années, soit un taux d'incidence de 5,96 pour 1 000 personnes-années. 

La fraction attribuable à la charge psychologique s'établissait à 18,2 % (IC à 95 % : 1,8 %-34,7 %) et celle attribuable au déséquilibre effort-reconnaissance à 3,3 % (IC à 95 % : de -1,6 % à 8,2 %). L'exposition combinée à ces deux facteurs psychosociaux de stress au travail donnait une fraction attribuable de 19,5 % (IC à 95 % : 0,7 %-38,4 %).

Infographie issue de l'étude. (1) Probabilité d'événements coronariens. Faible/Forte charge psychologique, emplois passifs/actifs (faible/forte autonomie de décision)

Infographie issue de l'étude. (1) Probabilité d'événements coronariens selon le degré d'exposition aux facteurs de stress au travail (nulle, faible, intermédiaire, double)

1 événement coronarien sur 5

Les auteurs concluent en conséquent que 1 événement coronarien sur 5 est lié à une exposition combinée à ces deux facteurs psychosociaux, et aurait à ce titre pu être évité.

Concrètement, que peut-on proposer à ces patients une fois ces facteurs psychosociaux identifiés ? Des interventions visant à améliorer la gestion personnelle du stress et à réduire son impact : accompagnement psychologique (psychologue, coach, …), approches psychocorporelles (yoga, mindfulness, Pilates, méditation, …) et toute forme de réduction du stress : activité physique (marche, natation, balades à vélo, …), sport, loisirs, ... L'idéal serait bien sûr d'agir sur le contexte de travail, mais ce n'est pas forcement possible. Et en cas de présence pérenne de ces stresseurs psychosociaux, évaluer les autres facteurs de risque cardiovasculaire et surveiller plus attentivement la santé coronarienne.

Source :

  1. Lavigne-Robichaud M, Trudel X, Talbot D, et coll. Coronary Heart Disease Attributable to Psychosocial Stressors at Work. JACC Adv. 2025 Oct. https://doi.org/10.1016/j.jacadv.2025.102160
Coronary Heart Disease Attributable to Psychosocial Stressors at Work

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