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‘Polluants éternels’ : des probiotiques pour se détoxifier ?

Certaines bactéries de notre flore intestinale semblent capables d’absorber et de séquestrer les polluants de type PFAS, révèle une étude britannique publiée dans la revue Nature Microbiology. Ces travaux pourraient ouvrir la voie à des compléments alimentaires de type probiotique permettant de détoxifier l’organisme.

Présents dans les poêles antiadhésives, les cosmétiques, les mousses anti-incendies ainsi que les vêtements imperméables, les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) abondent dans notre environnement… et dans le corps humain. Surnommés ‘polluants éternels' en raison de leur grande stabilité chimique, ces perturbateurs endocriniens ont été liés à de nombreuses effets sanitaires, dont une baisse de fertilité, des troubles du développement chez les enfants, ainsi que divers cancers et maladies cardiovasculaires.

Désormais considérés comme un problème majeur de santé publique, les PFAS, dont il existe plus de 4.700 composés, engendreraient chaque année en Europe des coûts de santé estimés entre 50 et 80 milliards d'euros (1). Dans une étude publiée dans Nature Microbiology, l'équipe de Kiran Patil, de la Medical Research Council Toxicology Unit à l'université de Cambridge (Royaume-Uni), propose une piste très prometteuse afin de détoxifier l'organisme de ces polluants, s'appuyant pour cela sur certaines bactéries qui peuplent l'intestin (2).

Les chercheurs se sont intéressés au comportement de la flore intestinale lorsque ces bactéries étaient incubées avec des PFAS, sujet jusque-là totalement méconnu. Ils ont ainsi identifié 38 espèces bactériennes, en particulier Escherichia coli et Bacteroides uniformis, capables d'accumuler rapidement de grandes quantités de PFAS, qu'elles stockent sous forme d'amas concentrés. Très stables, ceux-ci n'affectent en rien la croissance ou le métabolisme des bactéries qui les renferment.

Selon les chercheurs, cette absorption de PFAS s'effectuerait par un transport actif, et non par absorption passive. L'équipe a ensuite confirmé ces résultats in vivo, en administrant des PFAS à des souris ayant subi une transplantation de flore intestinale humaine. Résultat : ces animaux présentaient aussi une forte accumulation intrabactérienne de PFAS. En quelques minutes, les bactéries étaient capables d'absorber jusqu'à 75% des PFAS présents dans l'intestin, et les souris transplantées en excrétaient ainsi en de plus grandes quantités que les non-transplantées.

Selon Indra Roux, co-auteure de l'étude et également toxicologue à l'université de Cambridge, « les PFAS sont déjà très présents dans l'environnement et dans nos corps. Nous devons essayer d'atténuer leur impact sur notre santé. A ce jour, nous n'avons trouvé aucun moyen de les détruire, mais nos résultats suggèrent de nouvelles pistes pour les chasser de nos corps, là où ils sont le plus nocifs ».

Selon ces résultats, il serait possible de mettre au point des compléments alimentaires de type probiotique chargés de nettoyer les PFAS de notre organisme. Cette piste semble d'ores et déjà l'étude : deux des auteurs de l'article, dont Kiran Patil, ont récemment lancé une start-up, soutenue par l'université de Cambridge, afin de mettre au point de tels produits.

Sources :

  1. The cost of inaction: a socioeconomic analysis of environmental and health impacts linked to exposure to PFAS, Goldenman et al., Copenhagen: Nordisk Ministerråd, 2019. , p. 191
  2. Human gut bacteria bioaccumulate per- and polyfluoroalkyl substances, Lindell et al., Nat Microbiol. 2025 Jul;10(7):1630-1647. doi: 10.1038/s41564-025-02032-5
The cost of inaction: A socioeconomic analysis of environmental and health impacts linked to exposure to PFAS
Human gut bacteria bioaccumulate per- and polyfluoroalkyl substances

Romain Loury - Lien d'intérêts financiers : aucun • MediQuality