L’asthme pédiatrique, sous dépendance des troubles alimentaires maternels
Les femmes souffrant de troubles du comportement alimentaire ont plus de risques de voir leurs enfants développer des maladies respiratoires, dont l’asthme, selon une étude européenne publiée dans la revue Thorax.
Lors de précédents travaux, la santé mentale de la mère, en particulier la présence d'une dépression ou d'anxiété, a été associée au risque d'asthme de son enfant (1). Quant aux troubles du comportement alimentaire (TCA), tels qu'anorexie et boulimie, leurs effets sur l'enfant sont moins bien connus. Publiée en 2018, une étude italienne avait suggéré un risque accru de respiration sifflante chez les jeunes enfants nés de mères souffrant d'un TCA (2).
Dans leur étude menée sur près de 132.000 couples mère-enfant, issus de sept cohortes du réseau EU Child Cohort Network, Maja Popovic, épidémiologiste à l'université de Turin (Italie), et ses collègues vont plus loin (3). Probablement les plus larges menés à ce jour sur le sujet, ces travaux confirment l'existence d'un lien entre TCA maternels et santé respiratoire de l'enfant.
Selon les cohortes, entre 0,8% et 17% des femmes avaient souffert de TCA avant la grossesse. Chez les enfants, la prévalence de respiration sifflante à l'âge de 4 ans était comprise entre 20,7% et 49,6%, celle d'asthme entre 2,1% et 17,3% chez les enfants en âge d'être scolarisés. Ces importantes variations, aussi bien chez la mère que chez l'enfant, s'expliquent en partie par des différences, d'une cohorte à l'autre, quant à la méthode d'identification des cas.
Après prise en compte des facteurs de confusion, le risque de respiration sifflante était accru de 25% chez les enfants nés de mères atteintes d'un TCA, celui d'asthme de 26%, les deux chiffres étaient statistiquement significatifs. Si le surrisque d'asthme était similaire chez les femmes ayant souffert de boulimie (+28%) et celles ayant connu l'anorexie (+34%), celui de respiration sifflante n'était observé qu'avec la boulimie, tandis que les chiffres n'atteignaient pas la significativité statistique avec l'anorexie.
Du fait du lien avéré entre d'autres troubles mentaux (dépression, anxiété, etc.) et la santé respiratoire de l'enfant, les chercheurs ont ensuite exclu de l'analyse les femmes souffrant de ces pathologies, afin d'analyser l'effet des TCA de manière isolée. Bien que légèrement atténué, le surrisque persistait, de 24% pour l'asthme et de 19% pour la respiration sifflante. Ce qui suggère que les TCA sont intrinsèquement liés à la santé respiratoire de l'enfant, indépendamment d'autres maladies mentales.
Plusieurs mécanismes pourraient expliquer ces liens : « les troubles de la santé mentale, et le stress qui leur est associé, pourraient activer l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, altérant le développement fœtal des poumons et la maturation du système immunitaire de l'enfant, et accroissant ainsi la susceptibilité aux maladies d'origine immunitaire telles que l'asthme », évoquent ainsi les auteurs.
Par ailleurs, d'autres travaux ont montré que les enfants nés de mères atteintes de TCA sont surexposés au risque de faible croissance in utero, de naissance prématurée, de césarienne et de faible poids de naissance -autant de facteurs de risque d'asthme (4). Enfin, il est possible que les troubles maternels et l'asthme pédiatrique découlent d'une même origine génétique, par exemple liée à des altérations immunitaires et des processus inflammatoires communs aux deux maladies.
Les chercheurs n'ont en revanche pu déterminer de période de vulnérabilité particulière pour l'enfant, selon que le TCA, antérieur à la maternité, ait perduré pendant ou après la grossesse. Selon eux, « la proportion importante de mères dont les troubles alimentaires s'étendent sur plusieurs périodes suggère que les associations observées sont moins liées à une période d'exposition spécifique qu'à la chronicité ou la sévérité du trouble alimentaire ».
Sources :
- Are prenatal anxiety or depression symptoms associated with asthma or atopic diseases throughout the offspring's childhood? An updated systematic review and meta-analysis, Chen et al., BMC Pregnancy Childbirth. 2021 Jun 22;21(1):435. doi: 10.1186/s12884-021-03909-z
- The role of maternal anorexia nervosa and bulimia nervosa before and during pregnancy in early childhood wheezing: findings from the NINFEA birth cohort study, Popovic et al., Int J Eat Disord. 2018 Aug;51(8):842-851. doi: 10.1002/eat.22870
- Maternal eating disorders and respiratory outcomes in childhood: findings from the EU Child Cohort Network, Popovic et al., Thorax. 2025 Dec 2:thorax-2025-223718. doi: 10.1136/thorax-2025-223718
- Eating disorders during gestation: implications for mother's health, fetal outcomes, and epigenetic changes, Sebastiani et al., Front Pediatr. 2020 Sep 17:8:587. doi: 10.3389/fped.2020.00587
The role of maternal anorexia nervosa and bulimia nervosa before and during pregnancy in early childhood wheezing: Findings from the NINFEA birth cohort study
Maternal eating disorders and respiratory outcomes in childhood: findings from the EU Child Cohort Network
Eating Disorders During Gestation: Implications for Mother's Health, Fetal Outcomes, and Epigenetic Changes