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Polyarthrite rhumatoïde (PR) : la neuromodulation démontre une efficacité clinique.

Les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR) insuffisamment contrôlée présentent des douleurs, une inflammation systémique et une invalidité progressive liées à des lésions articulaires structurelles persistantes. Les traitements antirhumatismaux de fond synthétiques conventionnels (DMARDs ; par exemple le méthotrexate), ainsi que les DMARDs biologiques ou synthétiques ciblés, aux mécanismes d’action variés, s’avèrent souvent insuffisamment efficaces. Un dispositif implantable a désormais démontré son efficacité.

Le système intégré de neuromodulation comprend un implant et un module externe (« pod »). L'implant est inséré dans ce module, positionné autour du nerf vague cervical gauche et fixé de manière à assurer un contact direct permettant une stimulation précise. L'implant mesure environ 2,5 cm de long et pèse 2,6 g. Pour le recharger, les patients portent un dispositif sans fil (chargeur) autour du cou, une fois par semaine pendant quelques minutes.

Le système nerveux central assure le contrôle homéostatique de la réponse immunitaire et du remodelage osseux via des réflexes neuro-immuns et ostéo-régulateurs innés, et notamment le « réflexe inflammatoire » médié par le nerf vague. Ce réflexe est altéré dans la PR. L'activité tonique du nerf vague diminue, et la réduction du tonus vagal précède l'apparition clinique de la maladie. La stimulation active du nerf vague peut activer ce réflexe inflammatoire, entraînant la libération d'acétylcholine et l'activation des récepteurs nicotiniques α7 de l'acétylcholine sur les cellules immunitaires, avec modulation des voies de signalisation intracellulaires impliquant NF-κB, JAK/STAT et l'inflammasome.

La modulation subséquente de ces voies intracellulaires se traduit par une diminution de la production de cytokines pro-inflammatoires. Cette immunomodulation à large spectre préserve l'intégrité fonctionnelle du réseau de cytokines, permettant de réduire et de résoudre l'inflammation, tout en maintenant une immunosurveillance efficace vis-à-vis des pathogènes et des lésions précancéreuses.

L'American College of Rheumatology a conduit un essai randomisé contrôlé incluant 242 patients afin d'évaluer l'efficacité et la sécurité du dispositif. Les patients présentaient une réponse insuffisante ou une intolérance aux DMARDs biologiques ou synthétiques ciblés. Ils ont été randomisés pour recevoir une stimulation active ou simulée pendant 3 mois, puis ont tous bénéficié d'une stimulation en ouvert, avec un suivi des résultats jusqu'à 12 mois. Le critère d'évaluation principal était une réponse ACR20 (20 %) à 3 mois. Les taux de réponse ACR20 étaient plus élevés sous stimulation active à 3 mois (35,2 % contre 24,2 %), avec une amélioration supplémentaire en phase ouverte atteignant 50,0 % à 6 mois et 52,8 % à 12 mois.

Les effets indésirables sont survenus chez une proportion comparable de patients dans les deux groupes. Les effets indésirables graves liés au traitement (1,6 %) étaient tous périopératoires et ont été résolus. La neuromodulation neuro-immune médiée par le nerf vague dans la PR a atteint le critère principal d'efficacité et s'est accompagnée de bénéfices cliniques durables, avec un profil de sécurité favorable.

Source :

Tesser, J.R.P., Crowley, A.R., Box, E.J., et al. (2025). Vagus nerve-mediated neuroimmune modulation for rheumatoid arthritis: a pivotal randomized controlled trial. Nature Medicinedoi.org/10.1038/s41591-025-04114-7

Vagus nerve-mediated neuroimmune modulation for rheumatoid arthritis: a pivotal randomized controlled trial

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