Santé des jeunes : moins d’alcool et de tabac, mais davantage de stress scolaire (étude HBSC)
BRUXELLES 14/09 Plus de 13.000 élèves scolarisés à Bruxelles et en Wallonie ont participé à l’enquête HBSC sur leurs comportements de santé, leur bien-être et leur état de santé. Certains indicateurs s’améliorent mais leur alimentation, leur manque d’activité physique ou leur surconsommation d’écrans interpellent. Les résultats montrent aussi que l’école n’est plus nécessairement un « lieu serein » synonyme de sécurité et d’accueil.
Tous les quatre ans, l'enquête est menée en contexte scolaire de façon standardisée dans une cinquantaine de pays en Europe. C'est le Sipes de l'Ecole de santé publique de l'Université Libre de Bruxelles qui analyse les résultats de cette enquête pour les élèves à Bruxelles et en Wallonie.
Les résultats sont contrastés : les chercheurs font par exemple des constats plutôt positifs concernant les relations sociales et le bien-être des jeunes. En 2022, plus de sept élèves sur dix scolarisés à Bruxelles et en Wallonie percevaient leur santé comme étant « excellente » ou « bonne ». Par ailleurs, la majorité des élèves indiquait également un niveau moyen à élevé de satisfaction vis-à-vis de leur vie (81,9 %) et un niveau de bien-être émotionnel satisfaisant (63,0 %). Les relations sociales, qui ont une place importante dans la vie des adolescents, figurent parmi les facteurs protecteurs de leur santé et leur bien-être. Près de deux tiers des élèves percevaient un soutien élevé de la part de leurs amis (63,5 %), et plus de la moitié, un soutien élevé de la part de leur famille (57,8 %). Les pessimistes adeptes du verre à moitié vide souligneront a contrario que plus de quatre élèves sur dix ne perçoivent pas ce soutien de la part de leur famille, ce qui attire également l'attention.
Mais ces résultats plutôt positifs peuvent paraître en contradiction avec une autre donnée collectée par l'ESP-ULB : en 2022, environ un quart des élèves scolarisés à Bruxelles et en Wallonie déclarait se sentir seuls la plupart du temps ou toujours (22,8 %). En outre, plus de la moitié rapportaient des symptômes psychosomatiques (55,4 %), tels que des maux de tête, de dos, de la nervosité ou des vertiges. Par ailleurs, plus de la moitié des élèves (51,1 %) rapportaient être stressés par le travail scolaire.
Paradoxal ? « En apparence seulement. Le principe de l'enquête est de poser un ensemble de questions autour de la perception, par essence subjective, de la santé. Sauf exception, on s'attend que la perception de la santé d'enfants ou adolescents de cet âge soit globalement positive. Ils sont éloignés des maladies qui touchent leurs parents ou grands-parents. Mais quand on entre plus en détail dans la notion de bien-être, comme des symptômes de maux de ventre ou du stress lié à l'école, une autre image peut apparaître », explique Katia Castetbon, professeure d'Epidémiologie à l'ESP-ULB et directrice du Sipes. « Ce stress lié à l'école, nous le voyons progresser de manière constante depuis 10 à 15 ans. De manière particulièrement marquée, la proportion d'élèves stressés vis-à-vis de leur travail scolaire a doublé entre 2010 et 2022. Ce stress peut notamment être lié au fait que poursuivre et réussir des études supérieures ne protège plus comme par le passé du risque du chômage. Un diplôme ne protège plus des difficultés d'insertion dans l'emploi. Les ados le ressentent, même de manière inconsciente, il y a une pression sociétale dans ce sens. Nous constatons que le climat scolaire se dégrade depuis le début des années 2000. Le stress scolaire est lié notamment à l'organisation systémique de l'école, avec par exemple les deux vagues d'examens par année. Ces résultats doivent pousser les responsables pédagogiques et politiques à mener une réflexion sur le climat général de l'école. Car nous observons que, selon les élèves eux-mêmes, leurs relations avec les professeurs et leurs camarades se dégradent. L'école n'est plus un lieu serein pour tous les élèves ».
Paradoxalement, les résultats sont meilleurs dans les écoles professionnelles. « Les équipes pédagogiques s'y investissent davantage, sachant que les élèves ont déjà connu un parcours à embûches, qu'ils arrivent dans ces sections souvent par défaut ou échec. La démarche est d'aller vers une école est alors plus accueillante. Inversement, les filières générales se sont dégradées sous la pression globale de la société », souligne Katia Castetbon.
Mais tout cela n'est-il pas dû aux années Covid ? « Cela a évidemment contribué à accentuer le problème, mais la dégradation était préexistante à 2019, et se poursuit de manière constante. Cela doit être une préoccupation pour les responsables politiques, mais aussi pour les chefs d'établissement et les équipes pédagogiques ».
La répétition de l'enquête HBSC tous les quatre ans permet d'évaluer l'évolution des comportements de santé au cours du temps. Par exemple, les consommations hebdomadaires de cannabis ou d'alcool ont diminué dans le secondaire depuis 2010 (cannabis : 6,5 % en 2010 contre 3,9 % en 2022 ; bière : 17,8 % en 2010 contre 11,7 % en 2022). Mais peut-on se fier à une enquête autodéclarative pour conclure à une diminution des assuétudes ? « D'abord, il faut constater que le protocole est constant. Si fausse déclaration il y a, elle concerne toutes les enquêtes au fil du temps. Mais notre questionnaire, qui comprend une quinzaine de pages, applique des techniques pour neutraliser les « fanfaronneurs » et les minimiseurs. Mais surtout, ces résultats positifs sur la baisse de la consommation de tabac, de cannabis et d'alcool se retrouvent dans d'autres études menées avec d'autres méthodologies. C'est donc une bonne nouvelle : les politiques d'information, de limitation de l'accès, de dénormalisation des produits et d'élévation des niveaux de prix ont un certain effet sur ces tranches d'âge. Bien entendu, certains arriveront toujours à les contourner, mais l'évolution globale semble positive. Le fait que moins de parents consomment alcool et tabac, même dans les lieux privés, influence également cette évolution de manière positive. Dans les années 70, il fallait fumer « pour être un homme » ou paraitre adulte plus tôt, aujourd'hui la perception est beaucoup moins « cool » ».
Autre évolution épinglée par la professeure Katia Castetbon : « la place des réseaux dits sociaux, qui fait que ces jeunes échangent mais en sortant moins de chez eux et sont donc moins exposés au fait de fumer et boire. Reste que le risque de consommation de ces produits addictifs est encore trop élevé et que ce n'est pas le moment de relâcher les efforts ».
Autre résultat préoccupant : l'alimentation des jeunes comporte des lacunes : par exemple, seuls deux élèves sur cinq consommaient quotidiennement des fruits (41,4 %), et un sur deux prenait un petit-déjeuner chaque jour en semaine (47,5 %). Enfin, une faible part d'élèves (11,7 %) avait un niveau d'activité physique global suffisant. La plupart passaient au moins deux heures par jour à jouer à des jeux vidéo (60,9 %), à regarder des vidéos (68,4 %) ou à utiliser internet (72,9 %).
Y-a-t-il des différences régionales ? En 2022, un grand nombre d'indicateurs liés à l'école, à la santé et le bien-être, aux relations sociales et aux assuétudes étaient comparables entre la Wallonie et Bruxelles. Toutefois, la consommation hebdomadaire d'alcool était moins fréquente à Bruxelles (6,7 %) qu'en Wallonie (16,7 %). La consommation quotidienne de fruits y était, quant à elle, plus fréquente (45,9 % à Bruxelles contre 40,1 % en Wallonie). A l'inverse, le manque de sommeil était plus souvent rapporté par les élèves bruxellois (46,1 %) que les élèves wallons (35,9 %). C'était également le cas de l'absentéisme scolaire (21,2 % à Bruxelles contre 13,2 % en Wallonie).
« Ces résultats fournissent des informations utiles aux acteurs et politiques visant à agir sur les comportements de santé, la santé et le bien-être des adolescents scolarisés à Bruxelles et en Wallonie. En outre, les analyses d'évolution au cours du temps permettent d'informer sur les mesures qui portent leurs fruits et celles qui nécessitent d'être renforcées, comme le bien-être, en particulier à l'école », conclut Katia Castetbon.