Probiotiques : de rares cas d’infection invasive chez les prématurés
Chez les nouveau-nés prématurés, la prise de probiotiques pourrait atténuer le risque de septicémie néonatale et d’entérocolite nécrosante. Publiée dans la revue Clinics in Perinatology, une étude fait toutefois état de rares cas d’infection invasive liés aux bactéries présentes dans ces produits.
Pour les enfants prématurés et grands prématurés, c'est l'un des risques majeurs au cours des premiers jours de vie. Découlant d'une immaturité du système immunitaire ainsi que de fragiles barrières intestinale et cutanée, ces enfants sont à très haut risque de développer une septicémie, qui touche entre 10% et 20% d'entre eux, voire un tiers de ceux nés avant 23 semaines de grossesse (1). Parmi les agents les plus fréquemment impliqués, les staphylocoques (dont le staphylocoque doré), Escherichia coli, les bactéries du genre Klebsiella et les entérobactéries.
Outre le lait maternel, plusieurs études ont démontré l'efficacité des probiotiques en prévention du risque de septicémie, mais aussi d'entérocolite nécrosante, lui aussi fréquent chez les enfants prématurés. « L'administration de bactéries probiotiques permet d'améliorer la protection contre les infections invasives, et ce par plusieurs mécanismes, tels que la réduction de l'abondance des pathogènes au sein du microbiote, ou un renforcement de la barrière intestinale », rappellent deux pédiatres américains dans un article de synthèse publié dans Clinics in Perinatology (2).
Lors d'une revue Cochrane actualisée en 2023, portant sur un total de 60 études et plus de 11.000 enfants grands prématurés et/ou de très faible poids de naissance, la prise de probiotiques était associée à une baisse de 46% du risque d'entérocolite nécrosante, de 11% du risque d'infection invasive et de 23% du risque de décès (3). Selon ses auteurs, le niveau de certitude était « modéré » pour les décès et les infections invasives, mais « faible » pour l'entérocolite nécrosante.
Toutefois, les probiotiques pourraient aussi, dans de rares cas, engendrer eux-mêmes une infection invasive chez le nouveau-né, en raison de leur nature microbiologique. En cause, une infection par le probiotique lui-même, mais aussi une contamination lors du stockage ou de la fabrication. Une récente méta-analyse fait ainsi état de 32 cas publiés entre 2003 et 2022, dont deux mortels, chez des prématurés traités par probiotique (4). Pour 25 d'entre eux, la bactérie à l'origine de l'infection était bien celle contenue dans le probiotique.
Face à la révélation de plusieurs cas, dont certains mortels, la Food and Drug Administration (FDA), agence en charge de la régulation des produits de santé aux Etats-Unis, a adressé en septembre 2023 un courrier de mise en garde aux professionnels de santé, rappelant qu'aucun des probiotiques mis en vente dans le pays n'avait fait l'objet d'une évaluation pour un usage dans cette population hautement vulnérable. Dans la foulée, deux produits, parmi les plus vendus aux Etats-Unis, ont été retirés du marché.
Si certains fabricants ont renforcé leur contrôle qualité, il n'existe pas à ce jour de probiotique de qualité pharmaceutique. Ces produits demeurent évalués selon la réglementation en usage pour les compléments alimentaires, moins stringente. Selon l'American Academy of Pediatrics (AAP), « les données actuellement disponibles ne permettent pas de recommander l'administration en routine, universelle, de probiotiques aux enfants prématurés, particulièrement chez ceux dont le poids de naissance est inférieur à 1.000 grammes ».
Sources :
- Late-onset sepsis among very preterm infants, Flannery et al., Pediatrics. 2022 Dec 1;150(6):e2022058813. doi: 10.1542/peds.2022-058813
- Probiotics and the risk of infection, Younge et al., Clin Perinatol. 2025 Mar;52(1):87-100. doi: 10.1016/j.clp.2024.10.006
- Probiotics to prevent necrotising enterocolitis in very preterm or very low birth weight infants, Sharif et al., Cochrane Database Syst Rev. 2023 Jul 26;7(7):CD005496. doi: 10.1002/14651858.CD005496.pub6
- Probiotic sepsis in preterm neonates-a systematic review, Kulkarni et al., Eur J Pediatr. 2022 Jun;181(6):2249-2262. doi: 10.1007/s00431-022-04452-5