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La varénicline peut aider les jeunes à arrêter le vapotage à la nicotine

Face à l’essor de l’e-cigarettes contenant de la nicotine chez les jeunes, se pose le problème du sevrage. Une étude montre que la varénicline peut participer au succès de cette démarche. Une molécule efficace, qui n’est plus disponible en France depuis quelques années…

Aux Etats-Unis, les cigarettes électroniques (e-cigarettes) sont devenues le produit contenant de la nicotine le plus utilisé par les jeunes : 7,8 % des élèves du secondaire en 2024 et 24,1 % des personnes âgées de 18 à 25 ans en 2023 déclaraient avoir utilisé des cigarettes électroniques (vapoter) au cours du mois précédent.

En 2021, 71,5 % des personnes âgées de 18 à 20 ans et 53 % des personnes âgées de 21 à 24 ans qui ont déclaré vapoter n'avaient jamais fumé de tabac. Depuis la proportion des sujets âgées de 16 à 25 ans qui vapotent avec de la nicotine et n'ont jamais fumé régulièrement augmente.

Cette prévalence élevée de consommation de cigarettes électroniques expose les jeunes à un risque de dépendance à la nicotine, au passage à la cigarette-tabac. Des enquêtes récentes indiquent que plus de la moitié des jeunes qui vapotent avec de la nicotine désirent arrêter ou réduire leur consommation. Des interventions efficaces sont donc essentielles pour aider les presque 12 millions de jeunes américains qui vapotent régulièrement (1).

La varénicline, une piste pour sevrer les jeunes du vapotage

L'utilisation de la varénicline* pourrait être efficace pour permettre l'arrêt du vapotage avec la nicotine. Elle a démontré des effets pour le sevrage du tabac chez les jeunes et des données préliminaires montrent son efficacité pour le sevrage du vapotage chez les adultes (1, 2).

 

Cet essai clinique randomisé en double aveugle a été mené dans un Hôpital du Massachusetts entre juin 2022 et mai 2024. Il a inclus des participants âgés de 16 à 25 ans, qui déclaraient avoir vapoté de la nicotine au moins 5 jours par semaine au cours des 3 mois précédents, et qui souhaitaient arrêter ou réduire au cours du mois suivant.

Ils devaient n'avoir jamais fumé régulièrement du tabac et présenter une dépendance à la nicotine avec un score d'au moins 4 sur l'inventaire de dépendance à l'e-cigarette ECDI (4), et avoir un taux de nicotine salivaire supérieur à 30 ng/ml (827,64 nmol/L). Le taux de monoxyde de carbone expiré devait être inférieur à 10 ppm, pour exclure un tabagisme associé.

Les critères d'exclusion comprenaient l'utilisation d'un traitement médicamenteux de sevrage tabagique au cours du mois précédent, un antécédent d'hospitalisation en psychiatrie, de tentative de suicide ou de toute autre pathologie nécessitant un traitement au cours des 6 mois précédents.

Les participants ont été répartis aléatoirement en trois groupes : (i) groupe varénicline (n = 88) où chaque participant prenait le médicament titré à 1 mg, deux fois par jour pendant 12 semaines, associé à des conseils hebdomadaires et une orientation vers un service de soutien à l'arrêt du vapotage par SMS (This is Quitting, TIQ) ; (ii) groupe placebo (n = 87) sans traitement actif, mais avec des conseils hebdomadaires et TIQ messagerie pendant 3 mois ; (iii) un groupe ne recevant que des soins usuels renforcés avec TIQ messagerie uniquement (n = 86). 

Le critère principal d'évaluation était l'abstinence continue de vapotage pendant les 4 dernières semaines de traitement par la varénicline (vérification biochimique) par rapport au placebo. Les résultats secondaires comportaient l'abstinence continue biovérifiée entre les semaines 9 et 24 dans les groupes varénicline et placebo.

Des analyses supplémentaires ont comparé le groupe varénicline et le groupe placebo avec le groupe recevant des soins usuels renforcés (TIQ). L'utilisation du TIQ a été évaluée par autodéclaration à chaque évaluation.

Davantage d'abstinence avec la varénicline

Parmi les 261 participants (âge moyen 21,4 ans ; femmes 53 %), 254 ont terminé l'essai (97,3 %). Les taux d'abstinence continue pour la varénicline et le placebo au cours des semaines 9 à 12 étaient respectivement de 51 % et de 14 % (odds ratio ajusté aOR, 6,5 [IC à 95 %, 3,0-14,1] ; p < 0,001) ; pour les semaines 9 à 24, ils étaient respectivement de 28 % versus 7 % (aOR, 6,0 [2,1-16,9] ; p < 0,001).

Ainsi, les taux d'abstinence étaient significativement supérieurs dans le groupe varénicline par rapport au groupe placebo. A contrario, les taux d'abstinence continue n'étaient pas significativement différents entre le groupe placebo et celui de soins habituels améliorés (TIQ). 

La varénicline a été généralement bien tolérée. Aucun événement indésirable grave lié au médicament ne s'est produit. Deux participants au groupe varénicline (2 %) et un participant au placebo (1 %) ont arrêté les médicaments de l'étude en raison d'événements indésirables mineurs. 

Au total, dans cet essai clinique randomisé de 12 semaines incluant 261 adolescents et jeunes adultes âgés de 16 à 25 ans souhaitant l'arrêt du vapotage à la nicotine, les taux d'abstinence continue étaient significativement plus élevés dans le groupe varénicline que dans le groupe placebo, au cours du dernier mois de l 'essai et lors du suivi à 6 mois. Les effets indésirables liés au traitement n'ont pas différé de manière significative entre les groupes.

Les auteurs concluent que, chez les jeunes vapotant la nicotine et ne fumant pas régulièrement du tabac, la varénicline associée à une messagerie texte support avec un conseil comportemental (TIQ), était bien tolérée et favorisait l'arrêt du vapotage avec de la nicotine, par rapport au placebo.

Pour en savoir plus : 

  • La varénicline agit deux façons. En tant qu'agoniste partiel du récepteur de l'acétylcholine nicotinique (alpha4bêta2) elle agit comme la nicotine, ce qui aide à soulager les symptômes de manque. Elle agit également contre la nicotine (antagoniste) en prenant sa place, ce qui permet de réduire les effets de plaisir liés au tabagisme.

Sources :

  1. Park-Lee E,Jamal A,Cowan H, et al. Notes from the field: e-cigarette and nicotine pouch use among middle and high school students—United States, 2024. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2024;73(35): 774-778. doi:10.15585/mmwr.mm7335a3
  2. Graham AL, Cha S, Jacobs MA, et al. Avaping cessation text message program for adolescent e-cigarette users: a randomized clinical trial. JAMA. 2024;332(9):713-721. doi:10.1001/jama.2024.11057
  3. Evins AE, Cather C, Reeder HT, et al. Varenicline for Youth Nicotine Vaping Cessation: A Randomized Clinical Trial. JAMA. Published online April 23, 2025. doi:10.1001/jama.2025.3810.
  4. Foulds J, Veldheer S, Yingst J, et al. Development of a questionnaire for assessing dependence on electronic cigarettes among a large sample of ex-smoking e-cigarette users. Nicotine Tob Res. 2015;17(2):186-192. doi:10.1093/ntr/ntu204

Cet article a été initialement publié sur le site de JIM.fr qui, comme MediQuality, fait partie du groupe Medscape.

Notes from the Field: E-Cigarette and Nicotine Pouch Use Among Middle and High School Students - United States, 2024
A Vaping Cessation Text Message Program for Adolescent E-Cigarette Users
Varenicline for Youth Nicotine Vaping Cessation: A Randomized Clinical Trial
Development of a questionnaire for assessing dependence on electronic cigarettes among a large sample of ex-smoking E-cigarette users
La varénicline peut aider les jeunes à arrêter le vapotage à la nicotine

Pr Dominique Baudon • MediQuality/JIM