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Traitement du syndrome de l’intestin irritable : et pourquoi pas la psilocybine, un agent psychédélique ?

L’information a de quoi surprendre mais en y regardant de plus près, cette substance psychédélique pourrait bien trouver sa place dans le traitement du syndrome de l’intestin irritable. C’est en tout cas l’opinion du Dr E. Mauney (Tufts University) qui voit dans la psilocybine, une solution thérapeutique pour les nombreux patients avec une maladie réfractaire aux traitements conventionnels. En filigrane, c’est l’interaction microbiote-intestin-cerveau qui est explorée...

Pour le Dr Mauney, "cette approche dépasse le cadre du traitement du syndrome de l'intestin irritable. Elle  devrait contribuer ni plus ni moins à « guérir le schisme » entre l'esprit et le corps que tant de médecins s'imposent dans leur pratique. Cette séparation artificielle a longtemps été un frein à un traitement efficace des troubles gastro-intestinaux fonctionnels où les symptômes psychologiques et physiques s'entremêlent, donnant naissance à la notion d'axe intestin-cerveau. Cet axe établit une communication bidirectionnelle par la voie neuronale (nerf vague et système nerveux entérique), la voie endocrinienne (cortisol, adrénaline, sérotonine) et la voie du système immunitaire par la modulation des cytokines. A cela s'ajoute le microbiote qui fait figure de 3ème acteur pour former un axe microbiote-intestin-cerveau.

Un axe perturbé 

On sait aujourd'hui que cet axe est perturbé avec des dysbioses intestinales identifiées dans des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, sclérose en plaques...), des maladies neuropsychiatriques (dépression, anxiété, trouble bipolaire...) mais aussi des maladies métaboliques (obésité, diabète...) ou des troubles gastro-intestinaux comme une dyspepsie fonctionnelle ou un syndrome de l'intestin irritable (IBS). Une option est de rétablir l'équilibre de l'écosystème microbien de l'intestin comme le réalise une transplantation de microbiote fécal qui donne de bons résultats dans l'IBS. Une autre façon serait pour le Dr Mauney, "d'agir via le cerveau en explorant la manière dont un agent psychoactif, la psilocybine extraite de champignons hallucinogènes, module l'intéroception, c'est-à-dire la façon dont les personnes perçoivent les signaux de leur corps, signaux qui sont souvent déformés chez les patients avec un IBS". 

Une méthodologie fouillée

Le protocole de l'étude1,2, la première du genre, prévoit 2 doses de psilocybine accompagnées de séances de thérapie intégrée avant et après l'administration, associées à une neuro-imagerie par IRMf afin de suivre les changements cérébraux. Les patients doivent avoir un diagnostic de IBS réfractaire aux traitements conventionnels (régimes pauvres en FODMAPs, probiotiques, antidépresseurs tricycliques, inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine...), soit environ 60% des patients avec un IBS qui continuent à souffrir de crampes abdominales, diarrhées, constipation et ballonnements. La méthodologie combine des mesures quantitatives – notamment les scores de douleur abdominale rapportés par les patients – avec les réflexions qualitatives des patients et les données de neuro-imagerie. Cette approche multidimensionnelle vise à saisir à la fois l'expérience subjective de la guérison et les changements biologiques objectifs. Pour le Dr Mauney, "cette méthodologie intégrée pourrait devenir un modèle pour l'étude d'autres troubles fonctionnels pour lesquels les traitements conventionnels s'avèrent insuffisants". 

Une voie innovante

Aujourd'hui l'usage de cette substance est illégal en dehors des essais cliniques et les effets secondaires à long terme ne sont pas connus. Mais qu'en sera-t-il demain ? On constate en effet un intérêt croissant pour la mise en place de programmes de recherche sur les psychédéliques. Le problème est que ce sont des psycho-actifs avec un lourd passé sociopolitique, classés pour la plupart comme drogues de catégorie I ce qui crée des obstacles potentiels à leur utilisation mais pas insurmontables... 

Sources :

  1. Mauney E, et al. J of Clin Gastroenterol 2025;59(5):p 385-392, May/June 2025. | DOI: 10.1097/MCG.0000000000002149
  2. Mauney E. Psychedelics 2025; https://www.eurekalert.org/news-releases/1085886
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