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Faut-il travailler moins pour être en meilleure santé ?

Depuis plusieurs semaines, nos dirigeants le répètent sans cesse : les Français ne travailleraient pas assez. Pour relancer l’économie et diminuer le poids difficilement supportable de la dette, le gouvernement a le projet de remettre les Français au travail. Suppression de deux jours fériés, monétisation d’une semaine de congés par an, voire remise en cause des 35 heures : voici quelques pistes avancées pour faire trimer davantage les Français.

Si augmenter la durée du travail pourrait être une bonne nouvelle pour notre économie et nos finances publiques, ce ne serait peut-être en revanche pas très réjouissant pour notre santé. Selon une étude publiée par des chercheurs américains en sociologie dans la prestigieuse revue Nature ce lundi, travailler moins serait en effet bénéfique à la santé mentale. Ou plutôt travailler autrement, puisque l'étude s'est penchée sur les bénéfices de la semaine de quatre jours de travail.

Amélioration du bien-être au travail et de la qualité du sommeil

Pour les besoins de l'étude, 141 entreprises employant au total environ 2 900 salariés répartis dans six pays anglo-saxons (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, Irlande, Royaume-Uni) sont passés à la semaine de quatre jours sans réduction de salaire. Consigne était donnée aux dirigeants et cadres de ces entreprises de tout faire pour maintenir la productivité des entreprises, malgré cette réduction du temps de travail. Les salariés ont répondu à des questionnaires d'évaluation de leur santé mentale et de leur bien-être au travail avant le début de l'expérience et après six mois à ne travailler que quatre jours par semaine.

Les résultats sont sans appel : la mise en place de la semaine de quatre jours a amélioré la santé mentale des salariés, qui disent se sentir plus heureux et moins anxieux que lorsqu'ils ne bénéficiaient que de deux jours de week-end. Le risque de burn-out a également diminué chez les employés tandis que la qualité de leur sommeil s'est améliorée.

Cerise sur le gâteau, le passage à la semaine de quatre jours semble bénéfique non seulement pour la santé mentale et le bien-être des salariés, mais également pour les entreprises. Les compagnies ayant participé à l'expérimentation n'ont pas connu de baisse de leur productivité, notamment car elles ont été contraintes, en raison de cette réorganisation du temps de travail, de supprimer les activités à faible valeur ajoutée.

Même les entreprises sont satisfaites

L'amélioration du bien-être des salariés favorise également logiquement le maintien de la productivité. « Quand les gens sont bien reposés, ils font moins d'erreurs et travaillent plus intensément » commente simplement Pedro Gomes, un économiste à l'université Birbeck de Londres, dans un commentaire de l'étude. Signe que le passage à la semaine de quatre jours semble satisfaire tout le monde, 90 % des entreprises concernées ont décidé de maintenir cette organisation du temps de travail.

Les auteurs de l'étude reconnaissent que des biais affectent ces résultats : toutes les entreprises participantes étaient volontaires, de petite taille et travaillaient dans des milieux économiques considérés comme aisés. Rappelons par ailleurs que l'ensemble des sociétés concernés sont des firmes anglo-saxonnes, avec une organisation du travail et un esprit d'entreprise peut-être un peu différents de ce qui a cours en France.

Il faut donc croire qu'il y a 60 ans déjà, Henri Salvador avait vu juste avant tout le monde : « le travail c'est la santé, rien faire c'est la conserver ».

Cet article a été initialement publié sur le site de JIM.fr qui, comme MediQuality, fait partie du groupe Medscape.
Faut-il travailler moins pour être en meilleure santé ?

Quentin Haroche • MediQuality/JIM