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Une nouvelle étude sur la pseudoéphédrine

Dans des articles précédents, nous avons déjà examiné les avantages et les risques potentiels de la pseudoéphédrine. Une étude récente menée par Caleb Alexander évalue la prévalence de deux effets secondaires rares.

The Value of Sensitivity Analyses in Assessing the Risk of Two Rare Neurological Adverse Events and Pseudoephedrine Use
The Value of Sensitivity Analyses in Assessing the Risk of Two Rare Neurological Adverse Events and Pseudoephedrine Use

Le risque d'effets secondaires rares liés aux médicaments sur ordonnance est difficile à déterminer, et ce défi est d'autant plus grand lorsqu'on tient compte des risques liés aux médicaments non soumis à prescription. Caleb Alexander a réalisé des analyses de sensibilité afin d'étudier la relation entre l'exposition à la pseudoéphédrine et deux troubles neurologiques rares : le syndrome d'encéphalopathie postérieure réversible (PRES) et le syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible (RCVS).

En 2023, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) française a contacté l'EMA. Le Comité d'évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l'EMA a procédé à une analyse approfondie des données disponibles, notamment les rapports EudraVigilance AE et la littérature scientifique mondiale, afin d'évaluer le risque de PERS et de RCVS associés à la pseudoéphédrine. Entre 2007 et 2023, 34 cas de PRES ou de RCVS potentiellement liés à la PSE ont été signalés, dont 18 dans l'EEE (Espace économique européen). Cinq cas ont eu des conséquences et aucun n'a été mortel.

Hormis la compilation et l'évaluation approfondie de cette série de cas par le PRAC, il n'existait aucune donnée épidémiologique. À partir des données du PRAC, l'auteur a donc réalisé une série d'analyses de sensibilité afin de comparer une série de taux de notification annuels plausibles avec le rendement attendu dans la population, dérivé d'études épidémiologiques publiées sur le PRES et le RCVS. Afin d'évaluer l'effet des incertitudes sur le taux de notification annuel, il a fait varier : (1) l'exposition estimée à la pseudoéphédrine ; (2) la portée géographique ; (3) le taux potentiel de sous-déclaration ; et (4) le nombre de cas, en mettant l'accent sur les sous-groupes de taux.

Le scénario de base comprenait les 18 pays de l'EEE identifiés entre 2007 et 2023. La prévalence de l'exposition à la pseudoéphédrine dans la population a été estimée à 1,5 % de la population annuelle moyenne de l'EEE pendant cette période.

Afin de tenir compte des variations spécifiques à chaque pays dans l'utilisation des produits contenant de la pseudoéphédrine, il a modélisé un scénario alternatif à partir des données de vente d'IQVIA Global OTC Insights, en estimant l'exposition sur la base du nombre de boîtes de produits contenant de la pseudoéphédrine entre 2011 et 2022 dans 16 pays de l'EEE, en supposant que chaque individu souffre en moyenne de quatre rhumes par an et utilise un produit contenant de la pseudoéphédrine. Ce scénario couvrait 16 pays disposant de données sur les ventes de PSE.

Sur les 18 cas identifiés dans les pays de l'EEE, 16 ont été signalés en France. Le système français de pharmacovigilance est un réseau coordonné de 31 centres auxquels les cliniciens doivent signaler les effets indésirables graves. Un scénario utilisant uniquement les données françaises a été élaboré afin d'estimer la fréquence des PRES et des RCVS, ce qui permettrait de réduire au minimum la sous-déclaration. Après application d'une série de paramètres de scénario plausibles, les taux annuels estimés de notification des cas de PRES et de RCVS après prise de pseudoéphédrine variaient de 0,004 pour 100 000 à un taux annuel ajusté maximal de 2,1 pour 100 000 personnes.

L'auteur a ensuite identifié les données disponibles sur l'incidence de fond du PRES et du RCVS dans la population. Une analyse des données provenant d'hôpitaux américains non fédéraux a rapporté 2 096 cas de PRES sur 7 581 668 hospitalisations sur une période de trois ans. Le taux de notification ajusté estimé du PRES et du RCVS après l'utilisation de pseudoéphédrine n'était pas supérieur à l'incidence de base attendue du PRES et du RCVS dans la population. Les 16 cas signalés en France dépassent le nombre de cas signalés dans tout autre pays, probablement en raison d'une surveillance accrue.

La méthodologie de cette analyse de sensibilité et le fait que l'étude ne montre pas d'incidence plus élevée de PRES ou de RCVS après l'utilisation de PSE ont été soumis à l'EMA. Après avoir examiné toutes les données de sécurité et d'efficacité soumises et consulté un groupe ad hoc d'experts, l'EMA a conclu en janvier 2024 que le profil bénéfice-risque du PSE était acceptable.

Source :

The Value of Sensitivity Analyses in Assessing the Risk of Two Rare Neurological Adverse Events and Pseudoephedrine Use | Drug Safety

The Value of Sensitivity Analyses in Assessing the Risk of Two Rare Neurological Adverse Events and Pseudoephedrine Use
Pharmacovigilance Risk Assessment Committee (PRAC)

Pascale Pierard - Lien d'intérêts financiers : aucun • MediQuality