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Quelles sont les solutions à la neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie (CIPN) ?

La reconnaissance de la douleur est importante. Après avoir étudié les facteurs de risque et les mécanismes, poursuivons avec les solutions possibles, topiques ou systémiques.

Les traitements pharmacologiques

La duloxétine est le seul médicament antineuropathique dont les bénéfices ont été démontrés. Une étude comparative récente a montré que la venlafaxine et la duloxétine réduisent la douleur liée à la CIPN. Une phénotypisation minutieuse peut être utile, comme le montre l'efficacité accrue de l'oxcarbazépine dans le sous-groupe des « nocicepteurs irritables ».

Les traitements topiques représentent une option intéressante dans la prise en charge de la CIPN. Une petite étude non randomisée sur le menthol topique menée chez 52 patients a montré une amélioration des scores BPI 126, et une thérapie combinée associant le baclofène, l'amitriptyline et la kétamine a conduit à une amélioration de certaines mesures du questionnaire EORTC QLQ-CIPN-20 127.

Une étude allemande, réalisée à l'université de Francfort, a concerné 169 patients ayant reçu entre 2015 et 2021 jusqu'à quatre traitements avec un patch à la capsaïcine. La capsaïcine est le principe actif extrait du piment. Le patch (« High-Concentration Capsaicin Patch », HCCP) contient 179 milligrammes de principe actif.

Dans l'analyse rétrospective, l'équipe de recherche a enregistré les variations de l'intensité moyenne de la douleur sur 24 heures, les troubles du sommeil liés à la douleur, la qualité de vie et la nécessité d'un traitement antalgique systémique. Les patients ont été répartis en groupes selon le nombre d'applications du HCCP : 65 patients (38,5 %) ont reçu une application, 35 (20,7 %) deux applications, 25 (14,8 %) trois applications et 44 (26,0 %) quatre applications.

L'intensité de la douleur s'est améliorée dans tous les groupes, la diminution augmentant avec le nombre d'applications : réduction moyenne de 19 % après une application, 26 % après deux, 31 % après trois et 38 % après quatre applications.

Les troubles du sommeil liés à la douleur se sont également nettement améliorés. Avant la première application, 80 % des patients recevaient un traitement antalgique systémique. Après 12 mois, 53 % des patients en avaient encore besoin.

Selon le groupe de travail, le HCCP a été globalement bien toléré. De légères réactions cutanées locales ont constitué les effets indésirables les plus fréquents ; aucun effet indésirable grave n'a été observé.

Les opioïdes puissants sont populaires, mais avec l'augmentation des taux de survie des patients atteints de cancer, les bénéfices potentiels des opioïdes doivent constamment être mis en balance avec les risques d'un traitement prolongé.

Les traitements non pharmacologiques

La neuromodulation s'est révélée prometteuse dans plusieurs syndromes de douleur neuropathique. Certains rapports de cas indiquent qu'elle pourrait être utile dans les formes réfractaires de CIPN 137, mais les données restent encore incomplètes.

Une étude récente a montré que l'utilisation d'une stimulation nerveuse électrique transcutanée sans fil améliorait de façon significative plusieurs dimensions de la CIPN, notamment la douleur, l'engourdissement et les picotements.

L'exercice physique améliore plusieurs aspects liés à la CIPN : équilibre et force, engourdissement, picotements, ainsi que les sensations de chaud et de froid. L'activité physique aide également le patient à retrouver confiance en son corps et à libérer des endorphines. Son effet psychologique n'est pas négligeable.

Les facteurs psychologiques jouent cependant un rôle dans l'apparition et la persistance de certaines douleurs chroniques. L'action de la duloxétine, via l'amélioration des voies inhibitrices descendantes, suggère que les modifications de l'humeur peuvent y contribuer. Cette hypothèse est soutenue par une étude menée auprès de 111 patientes traitées pour un cancer du sein, qui a montré que l'anxiété préexistante et l'engourdissement avant le traitement étaient les seuls facteurs permettant de prédire la survenue d'une CIPN huit mois plus tard.

Knoerl et al. ont constaté qu'un programme cognitivo-comportemental en ligne d'une durée de huit semaines entraînait une amélioration modeste de la douleur la plus intense, sans différence sur la douleur moyenne. Il a été supposé que cet effet était dû à une amélioration de la fatigue, de l'anxiété, du sommeil ou de la dépression.

Sources :

Recent advances in understanding chemotherapy-induced peripheral neuropathy
Potential mediators of improvement in painful chemotherapy-induced peripheral neuropathy via a web-based cognitive behavioural intervention
Is there a role for capsaicin in cancer pain management?

Pascale Pierard - Lien d'intérêts financiers : aucun • MediQuality