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Aller au-delà de l’IMC pour évaluer l’obésité : le cas du Pérou

Une récente étude réévalue les chiffres d’obésité au Pérou en comparant l’approche traditionnelle (IMC seul) aux nouvelles mesures anthropométriques (IMC + tour de taille et ratio tour de taille/taille) et aux nouvelles définitions (obésité préclinique, obésité clinique). Confirmant le risque - déjà largement documenté - de sous-estimation de l’obésité lié à l’IMC utilisé seul, elle montre une meilleure identification de l’obésité à l’aide de ces nouvelles approches. (1)

Publiés en octobre 2025 dans The Lancet Regional Health – Americas, ces travaux ont été menés par une petite équipe de chercheurs de Lima (Pérou). (1) Leur objectif était d'examiner quel serait l'impact sur les chiffres d'obésité de l'application de ces nouvelles approches par rapport au modèle traditionnel reposant sur la mesure de l'IMC. L'un des intérêts de leur démarche est de le faire dans un contexte bien défini, celui d'un pays, et à l'échelle de la population. 

L'indice de masse corporelle (IMC) reste un outil d'une grande utilité, ne serait-ce que parce qu'il est facile à comprendre et à calculer. Son principal défaut est cependant de ne pas prendre en compte la masse grasse et la composition corporelle, et de ne pas apporter en soi d'informations sur l'état de santé des personnes concernées. Le risque induit est ainsi une sous-estimation ou au contraire une surestimation de l'adiposité, et une évaluation inexacte.

Dans le modèle « classique », un IMC compris entre 18,5 et 24,9 kg/m2 correspond à un poids normal, un IMC entre 25 et 29,99 kg/m2 à un surpoids et un IMC ≥ à 30 kg/m2 à une obésité (modérée ou sévère/morbide).

Dans la nouvelle définition proposée par la Commission Lancet, la mesure de l'IMC est complétée par une évaluation directe de la masse grasse (DEXA, bio-impédance, ...) ou bien par de nouveaux indicateurs tels que mesure du tour de taille et ratio tour de taille/taille. Ce modèle établit ensuite une distinction entre obésité préclinique et clinique sur la base de la présence d'au moins un signe ou symptôme indiquant une altération du fonctionnement d'un organe ou d'un tissu.

Dans leur introduction, les auteurs rappellent la forte progression de la prévalence de l'obésité au Pérou : en augmentation de 5,6 points de pourcentage entre 2014 et 2023.

Leur analyse portait sur 84 622 participants adultes (≥ 20 ans), d'un âge moyen s'établissant à 44,1 ans (20–97 ans), dont 51,7 % de femmes. Ils résidaient en majorité (81,5 %) en milieu urbain, 41,4 % avaient fait des études secondaires et plus d'un quart vivaient à plus de 1 500 mètres d'altitude. 

Les données étaient issues de la base nationale de données ENDES (Peruvian Demographic and Health Surveys) 2021-2023. Les critères retenus pour parler d'obésité clinique étaient : présence d'adiposité excessive (mesurée par IMC + tour de taille ou ratio tour de taille/taille) plus un diagnostic de diabète ou d'hypertension. Une adiposité excessive sans dysfonctionnement clinique correspondait à une obésité préclinique.

Pour affiner leur analyse, ces chercheurs comparaient les valeurs seuils de plusieurs approches : le modèle IMC seul (colonne de gauche A), la Commission Lancet (A), les recommandations nationales péruviennes (B), celles du LASO (Latin American Consortium of Studies in Obesity) sur le tour de taille (C), et celles de la Fédération internationale du diabète (FID) sur le tour de taille (D). Ces critères sont résumés dans ce tableau.

L'infographie ci-dessous montre l'éventuelle reclassification de l'obésité au Pérou selon ces différents modèles (Fig. 1 B-D : recommandations nationales péruviennes).

Infographie issue de l'étude. (1) En grand format ici

La prévalence ajustée sur l'âge d'obésité clinique variait de 15,7 % à 22,1 % selon les seuils retenus, et celle d'obésité préclinique de 28,7 % à 53,8 %.

Jusqu'à 13,5 % des personnes à IMC indiquant un poids normal et jusqu'à 21 % de celles à IMC indiquant un surpoids correspondaient aux critères définissant une obésité clinique. 

Les auteurs concluent à une sous-estimation de l'obésité dans le modèle IMC seul, et à une meilleure identification des cas d'obésité clinique, requérant une prise en charge spécifique, dans le nouveau modèle.

Source :

  1. Guerra Valencia J, Hernández-Vásquez A, Mayta-Tristán P, et coll. The new definition of obesity: an analysis of a population-based survey in an Andean country. Lancet Reg Health Am. 2025 Aug. https://doi.org/10.1016/j.lana.2025.101217
The new definition of obesity: an analysis of a population-based survey in an Andean country

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