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DT1 et DT2 jeunes à risque de mort subite

Les travaux sur les complications cardiovasculaires du diabète ont établi son rôle en tant qu’accélérateur du risque cardiovasculaire. Qu’en est-il pour le risque de mort subite d’origine ? Une étude danoise fait le point sur la question à l’échelle de toute la population du pays et confirme un risque significativement accru de mort subite d’origine cardiaque chez les diabétiques DT1 et DT2. (1)

Il s'agit d'une étude publiée en septembre 2025 dans European Heart Journal (EHJ) et menée par une équipe de Copenhague (Danemark). (1) Elle s'inscrit dans le prolongement de divers travaux antérieurs menés par des équipes en grande partie similaires, en particulier sur la mort subite en tant que première manifestation d'une malade cardiovasculaire chez des sujets sans antécédents cardiovasculaires. (2)

Les auteurs rappellent en préambule que ce risque de mort subite d'origine cardiaque (MSOC) - une sous-catégorie des morts subites, les autres étant inexpliquées - est bien documenté dans la population générale. Les recherches dans ce domaine ont cependant tendance à se centrer sur les groupes aux antécédents de maladies cardiovasculaires, au détriment d'autres groupes à risque : les diabétiques par exemple. L'exposition des diabétiques de type 1 ou de type 2 à une majoration du risque cardiovasculaire et notamment du risque de mort subite est établie. Son étendue exacte au niveau d'une population entière reste cependant encore floue. 

Pour y remédier, ces chercheurs ont mis sur pied une étude - incluant l'ensemble de la population du Danemark en 2010 - dans laquelle ils se proposent d'évaluer les taux d'incidence de mort subite d'origine cardiaque (MSOC) chez les diabétiques de type 1 (DT1) et les diabétiques de type 2 (DT2), et de quantifier les pertes d'espérance de vie attribuables à la MSOC.

Ils fondent leur analyse sur les certificats de décès danois, toujours très détaillés, les documents de sortie d'hospitalisation, le cas échéant les rapports d'autopsie, ainsi que sur divers registres nationaux danois (données médicales et médicaments prescrits). 

3,7 fois et 6,5 fois plus de risque de mort subite

Au 1er janvier 2010, le Danemark comptait 5,5 millions d'habitants et au cours de l'année 2010, 54 028 personnes sont décédées. Au total, 7 627 de ces décès (14,1 %) ont été classés comme dus à une mort subite inexpliquée et 6 862 (12,7 %) à une mort subite d'origine cardiaque. 

En 2010, au Danemark, on recensait 25 020 personnes atteintes de DT1 et 172 669 atteintes de DT2. 

Dans la population générale, les Danois atteints de DT1 et de DT2 étaient significativement plus âgés, âge moyen respectivement de 45 ans et 64 ans, contre une moyenne d'âge de la population danoise de 37 ans. Les hommes représentaient 49 % de la population générale, mais 58 % des DT1 et 54 % des DT2. 

Cette année-là, respectivement 97 DT1 et 1 149 DT2 sont décédés de mort subite d'origine cardiaque.

Au final, l'analyse met en évidence des taux d'incidence de MSOC 3,7 fois plus élevés chez les DT1 et 6,5 fois plus élevés chez les DT2, par rapport à la population générale.

Infographie issue de l'étude. (1) Taux d'incidence de mort subite d'origine cardiaque : diabétiques DT1 et DT2 par rapport à la population générale.

Infographie issue de l'étude. (1) IRR (Incidence rate ratios) de mort subite d'origine cardiaque : diabétiques DT1 et DT2 par rapport à la population générale.

Perte d'espérance de vie liée à la MSOC :

-3,4 ans et -2,7 ans

Après ajustement sur les covariables, le DT1 et le DT2 restent associés de manière indépendante à un risque nettement majoré de mort subite d'origine cardiaque. Les populations jeunes sont particulièrement exposées : les 30-40 ans en cas de DT1 et les 40-50 ans en cas de DT2. 

Ces données danoises confirment par ailleurs que les personnes atteintes de diabète (DT1 ou DT2) ont une espérance de vie plus courte que celles des personnes sans diabète. Dans cette étude, les Danois âgés de 30 ans ont une espérance de vie réduite de 14,2 années s'ils sont atteints de DT1 et de 7,9 années en cas de DT2. Dans cet impact significatif sur l'espérance de vie, 3,4 années (DT1) et 2,7 années (DT2) étaient directement dues à une mort subite d'origine cardiaque (MSOC). 

Infographie issue de l'étude. (1) Probabilités de survie et de décès (par causes de décès)

Abstract graphique de l'étude. (1)

Sources :

  1. Tobias Skjelbred, Peder Emil Warming, Elijah R Behr, et coll., Diabetes and sudden cardiac death: a Danish nationwide study, European Heart Journal, 2025; ehaf826, https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehaf826
  2. Tobias Skjelbred, Peder Emil Warming, Johanna Krøll, et coll. Sudden Cardiac Death as First Manifestation of Cardiovascular Disease: A Nationwide Study of 54,028 Deaths, JACC: Clinical Electrophysiology, Volume 11, Issue 5, 2025, https://doi.org/10.1016/j.jacep.2024.12.012
Diabetes and sudden cardiac death: a Danish nationwide study
Sudden Cardiac Death as First Manifestation of Cardiovascular Disease: A Nationwide Study of 54,028 Deaths

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