Vaccination : qu’en est-il de la solidarité ?
BRUXELLES 21/01 - Pourquoi la Belgique est-elle si laxiste lorsqu'il s'agit de pénaliser les contrevenants ? Nous savons qu'en matière de contournement de la Loi, les Belges sont des champions. Nous savons que les Belges sont des experts notoires dans l'analyse de la législation dans le seul but de trouver des failles qui leur permettent de tourner la Loi à leur avantage. Mais ce n'est pas le but de l'article. Parlons d'abord de la solidarité.
Ce 19 janvier 2021, lors d'une conférence de presse, l'OMS a annoncé que la manière dont le vaccin COVID-19 était distribué ne permettrait pas de vacciner l'ensemble de la population mondiale et de se débarrasser de cette pandémie.
En fin de compte, les pays riches sont actuellement les premiers à disposer d'un vaccin. Les plus pauvres, comme de nombreux pays du continent africain, continueront d'être privés de livraison pour le moment, si toutefois des commandes ont déjà été passées.
De nombreux fabricants de vaccins refusent d'abandonner leur brevet. Par conséquent, seuls les pays qui sont financièrement capables de protéger leur population contre l'ennemi COVID, disposent d'un vaccin.
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En soi, il s'agit d'une situation très problématique. Personne ne voulait de ce virus, ni les pays occidentaux, ni les États-Unis, ni l'Asie, ni les pays africains. Le virus ne fait aucune différence de pathogénicité entre un Belge, un Ivoirien ou un Sud-Africain. Cependant, la Belgique disposera de suffisamment de vaccins pour protéger l'ensemble de sa population, tandis que les Ivoiriens et les Sud-Africains seront pour l'instant privés de tout soutien vaccinal.
Selon moi, la solidarité signifie que chacun, sans distinction de race, de couleur ou de classe, devrait pouvoir prétendre à un vaccin. Comme l'a déclaré le responsable de l'OMS : « Dans des pays comme la Belgique, la population jeune et en bonne santé accèdera plus rapidement au vaccin qu'une infirmière ivoirienne un peu plus âgée. » Même en Afrique du Sud, aucun vaccin ne devrait être administré avant la fin de l'année.
Et cela nous amène directement au deuxième problème. Si nous pensons pouvoir retrouver le chemin de la liberté en nous vaccinant massivement et en vaccinant les pays qui nous entourent, c'est perdu d'avance. Tant qu'une grande partie du continent restera privée de vaccins, cette pandémie continuera à poser des problèmes.
Ce n'est que si nous investissons dans la vaccination de l'ensemble de la population mondiale que nous pourrons restreindre ce virus dans une certaine mesure et revenir à une situation relativement stable.
Et ce, sans parler des nombreux mutants qui apparaissent ces derniers temps. Qui dit que les vaccins seront efficaces contre tous ?
Actuellement, il y a même des doutes sur le fait que les vaccins existants protègent contre la variante sud-africaine.
Si ce n'était pas le cas, ce qui fait partie des possibilités, alors nous pourrions tout recommencer.
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De plus, dans un pays comme la Belgique, tout est possible. Un voyageur désobéissant a réussi à mettre 5.000 personnes en quarantaine. Cela soulève des questions quant à la capacité d'une population à suivre les lignes de conduite recommandées par le Gouvernement. Il était écrit dans les étoiles que cet incident se produirait en Belgique. Nous savons depuis des mois que les voyages ne sont pas recommandés, nous savons depuis près d'un an que le premier confinement est une conséquence du retour des sports d'hiver, nous savons depuis des mois que ce ne sont pas seulement les adultes qui transmettent le virus, mais aussi les enfants.
Pourtant, avec tout cela à l'esprit, une enseignante a bel et bien bafoué les règles, et est quand même partie en vacances au ski. En outre, tout en connaissant pertinemment les règles applicables aux personnes revenant de l'étranger, les mesures de quarantaine n'ont pas été respectées. Faut-il dès lors s'étonner que beaucoup de citoyens deviennent nerveux, ou commencent à être agacés par le comportement d'une minorité persistante qui vit probablement encore avec l'idée que ce virus est une maladie imaginaire ?
Pourquoi la Belgique est-elle si laxiste lorsqu'il s'agit de pénaliser les contrevenants ? Nous savons qu'en matière de contournement de la Loi, les Belges sont des champions. Nous savons que les Belges sont des experts notoires dans l'analyse de la législation dans le seul but de trouver des failles qui leur permettent de tourner la Loi à leur avantage.
Je ne peux donner qu'une seule explication à cela : les politiciens aiment amadouer leurs électeurs. Dès lors, pas question de traiter trop durement ces électeurs, même si les conséquences sont souvent désastreuses. Dans notre pays, les politiques se laissent marcher sur les pieds par les citoyens. Par crainte de perdre les prochaines élections, ils hésitent à prendre des mesures impopulaires, même si la situation les y oblige.
S'il y a une leçon à tirer de cet incident, c'est que les mesures actuelles ne sont apparemment pas assez strictes pour maintenir tout le monde dans le droit chemin.
Pour de nombreux Belges, le sentiment d'urgence se limite à un cercle très restreint : eux-mêmes et leurs proches. Tous ceux et celles qui sont plus éloignés, ou qui vivent dans un autre pays ou continent, sortent de la zone de solidarité, raison pour laquelle nous continuons à patauger.
Pour combien de temps ? C'est une question à laquelle personne n'a de réponse pour l'instant.
Dr Wouter Van den Abeele
Médecin généraliste
Zelzate
Note de la rédaction : une interview avec Reginals Moreels, chirurgien humanitaire, sera publiée en février.
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