Asthme : découverte d’un biomarqueur du risque d’exacerbations
Une équipe américaine a mis au point un score reposant sur des biomarqueurs sanguins, permettant de prédire le risque ultérieur d’exacerbations chez les asthmatiques, lors de travaux publiés dans Nature Communications.
« Les exacerbations d'asthme constituent un problème majeur de santé, une cause importante de morbidité, et entraînent une perte progressive de la fonction pulmonaire, un remodelage des voies respiratoires, une évolution plus sévère de la maladie », rappelle l'équipe de Jessica Lasky-Su, du Brigham and Women's Hospital and Harvard Medical School (Boston, Massachusetts). Or « en raison de la nature hétérogène de l'asthme, il est compliqué d'identifier les patients à risque élevé d'exacerbations, d'autant qu'il n'existe à ce jour aucun test clinique ou biologique à cet effet ».
C'est cet objectif que se sont fixés les chercheurs, s'appuyant pour cela sur la métabolomique, domaine de recherche consistant à identifier l'ensemble des marqueurs métaboliques liés à une affection. Menée sur trois cohortes de patients asthmatiques, pour un total de 2 513 individus, leur étude révèle que les taux sphingolipides/stéroïdes permettraient de distinguer très nettement les patients les plus exposés au risque d'exacerbation (1).
Parmi les plus performants, les rapports sphingolipides/stéroïdes ayant le taux de cortisone comme dénominateur. Chez le quartile de patients dont cet indice est le plus élevé, le délai médian avant une première exacerbation était réduit, en médiane, jusqu'à 366 jours par rapport au quartile de patients ayant le taux le plus bas. En ‘aire sous la courbe', mesure de prédictivité dont le maximum est de 1, ces taux atteignaient une valeur d'environ 0,9.
« Sur la base de ces divers taux, nous avons élaboré un modèle prédictif des exacerbations d'asthme, intégrant seulement 12 sphingolipides et quatre stéroïdes. Il surpasse les facteurs prédictifs classiques, ceux de nature clinique, tels que l'antécédent d'exacerbations, le volume expiratoire maximal par seconde (VEMS), le taux d'éosinophiles et le taux d'immunoglobulines E (IgE) (…) », ajoutent les chercheurs. Selon eux, ce score constitue un candidat prometteur comme outil de suivi, par exemple afin de mesurer l'efficacité des traitements sur le contrôle de l'asthme.
Dérivés de la molécule de sphingosine, les sphingolipides sont des lipides complexes présents dans la membrane cellulaire, tandis que les stéroïdes, eux aussi de nature lipidique, constituent une classe bien connue d'hormones. Les sphingolipides, en particulier les céramides, ont, parmi leurs nombreux effets, la propriété de moduler la stéroïdogenèse.
« L'altération des taux sphingolipides/stéroïdes pourrait refléter un déséquilibre de la régulation hormonale et de la signalisation lipidique, deux phénomènes critiques dans les processus inflammatoires et immunitaires sous-jacents à l'asthme », avancent les chercheurs. De même, de faibles niveaux de céramides, in utero et au cours des premières années de vie, ont été associés à des anomalies du développement pulmonaire et au risque d'asthme (2). Idem pour les stéroïdes, dont les carences sont liées à une inflammation pulmonaire, ainsi qu'au risque d'asthme (3).
En pratique, le recours aux taux sphingolipides/stéroïdes pourrait être relativement aisé. « Ces molécules sont abondantes, stables, et les méthodes de quantification sont simples et peu coûteuses. Si ces taux peuvent prédire la survenue d'exacerbations au cours des six mois suivants, ils faciliteraient la mise en place de mesures préventives. De plus, ils permettraient d'identifier les patients dont l'asthme est mal contrôlé, ceux qui bénéficieraient le plus de traitements alternatifs, tels que les biothérapies », ajoutent les chercheurs.
Sources :
- The ratio of circulatory levels of sphingolipids to steroids predicts asthma exacerbations, Chen et al., Nat Commun. 2026 Jan 19;17(1):545. doi: 10.1038/s41467-025-67436-7
- Principles of bioactive lipid signalling: lessons from sphingolipids, Hannun et al., Nat Rev Mol Cell Biol. 2008 Feb;9(2):139-50. doi: 10.1038/nrm2329
- How corticosteroids control inflammation: Quintiles Prize Lecture 2005, Barnes, Br J Pharmacol. 2006 Jun;148(3):245-54. doi: 10.1038/sj.bjp.0706736