Le tabagisme en nette baisse, surtout chez les jeunes
Moins d’un quart des 18-24 ans fument quotidiennement en France, un niveau historiquement bas. Mais la crainte est que le tabac soit remplacé par d’autres tendances addictives.
La cigarette est-elle en train de devenir une drogue de vieux ? Le Dr Bernard Basset, président de l'association Addictions France, en est convaincu. « On considère la cigarette et les produits du tabac comme des drogues des générations antérieures » explique l'addictologue. Il s'appuie notamment sur les derniers chiffres de la consommation de tabac en France, publiés ce mardi par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) et Santé Publique France (SPF) et qui mettent en lumière une baisse du tabagisme en France.
Selon cette enquête annuelle, menée auprès de 15 000 personnes environ, seulement 23,1 % des personnes âgées de 18 à 75 ans fument quotidiennement en France (et 31,1 % fument occasionnellement), « soit la prévalence la plus faible enregistrée jusqu'à présent » indique l'OFDT. La part de fumeurs quotidiens dans la population a ainsi baissé de six points depuis 2016 (29,4 % en 2016). Le tabagisme reste plus fréquent chez les hommes (25,4 %) que chez les femmes (20,9 %).
Les 25-44 ans sont la population qui fument le plus (29,5 %) suivis des 18-24 ans (23,4 %). Le niveau de consommation de tabac chez les moins de 25 ans n'a jamais été aussi bas depuis les années 1990 et le début de l'évaluation régulière du tabagisme. C'est également la première fois que les moins de 25 ans fument moins que les 25-44 ans. « La baisse importante du tabagisme chez les adolescents ces dernières années commence donc à s'observer parmi les jeunes adultes » commente l'OFDT avec satisfaction.
Les disparités socio-économiques sur le tabagisme persistent
La baisse du tabagisme s'accompagne d'une hausse continue de la prévalence de l'utilisation de la cigarette éléctronique. Ce sont 6,1 % des 18-75 ans qui utilisent quotidiennement une cigarette électronique en 2023, soit plus de deux fois plus qu'en 2017 (2,7 %). Sans surprise, le vapotage concerne plus souvent les jeunes générations (8,7 % des 25-34 ans vapotent quotidiennement) que les seniors (seulement 2 % de prévalence chez les 65-75 ans).
Le rapport de l'OFDT confirme également les fortes disparités socio-économiques concernant la prévalence du tabagisme. Les personnes qui n'ont pas le baccalauréat sont ainsi bien plus nombreuses (28,9 %) que celles ayant mené des études supérieures (16,6 %) à fumer quotidiennement. La différence est également notable lorsqu'on s'intéresse au niveau d'activité des individus : plus d'un tiers (35,7 %) des chômeurs fument quotidiennement, contre un quart des actifs.
Enfin, l'OFDT s'est penché sur les disparités de consommation de tabac selon les régions. Si globalement, les différences entre les différentes parties de l'Hexagone sont minimes, quatre régions se démarquent : l'Ile-de-France et la Bretagne ont des taux de tabagisme inférieur à 20 % (et les Bretons vapotent plus que la moyenne française) ; à l'inverse, les habitants de Bourgogne-France-Comté (26,8 % de fumeurs quotidiens) et de PACA (26,5 %) sont des gros fumeurs.
Les jeunes européens troquent la cigarette pour les réseaux sociaux et les jeux en ligne
Cette baisse d'appétence des jeunes générations pour les drogues classiques licites est confirmée au niveau européen par une étude de l'observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) publiée également ce mardi. Ainsi, seulement 43 % des Européens de 15-16 ans ont consommé de l'alcool dans le mois écoulé en 2024, contre 55 % en 1995. La baisse est encore plus notable pour le tabac, puisque seulement 32 % des adolescents européens déclarent avoir déjà fumé une cigarette en 2024, contre 68 % en 1995.
Mais les autorités européennes s'inquiètent de la possibilité que ces drogues traditionnelles soient remplacées par d'autres comportements addictifs nocifs pour la santé. L'OEDT note ainsi certaines tendances inquiétantes. Le détournement de médicaments à usage récréatif est ainsi en forte hausse, notamment chez les filles. La pratique de jeux d'argent en ligne a doublé entre 2019 et 2024, 14 % des adolescents ayant déjà misé de l'argent sur Internet. S'agissant d'addictions plus difficile à évaluer, l'OEDT note que 22 % des étudiants européens estiment avoir une addiction aux jeux vidéo et 47 % un usage problématique des réseaux sociaux.
Attention donc à ces substitutions par des addictions plus modernes et pernicieuses.
Cet article a été initialement publié sur le site de JIM.fr qui, comme MediQuality, fait partie du groupe Medscape.