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L’hésitation vaccinale, phénomène aux nombreux visages

Très présente au début de la campagne de vaccination contre le Covid-19, l’hésitation vaccinale a rapidement régressé, confirme une grande étude britannique publiée dans le Lancet. Du moins chez les personnes qui doutaient de l’efficacité et de la sécurité du vaccin.

L'hésitation vaccinale, à savoir une réticence ou un refus de se faire vacciner, n'est pas un phénomène nouveau. Toutefois, elle a connu son heure de gloire pendant la crise Covid-19, au cours de laquelle l'ensemble de la population a été appelée, dès décembre 2020, à se faire vacciner afin de couper court à l'épidémie.

Or, l'hésitation vaccinale est loin d'être un phénomène monolithique, tant les raisons invoquées pour renâcler face au vaccin varient. En fonction de celles-ci, la décision de se faire vacciner peut être plus ou moins définitive. C'est ce que confirme une grande étude britannique, la plus complète menée à ce jour sur les raisons de l'hésitation vaccinale et leurs conséquences (1).

L'équipe de Marc Chadeau-Hyam, de la School of Public Health à l'Imperial College London, a analysé les données de près de 1,14 million de Britanniques, parmi ceux ayant participé aux études REACT -des travaux visant à étudier l'épidémiologie du Covid-19. Lors de leur entrée dans l'étude, à partir de janvier 2021, ces personnes devaient indiquer leur attitude vis-à-vis du vaccin et les raisons de leur éventuelle hésitation sur une liste de 23 options. L'équipe a ensuite analysé le taux de vaccination ultérieure parmi les hésitants, en fonction du motif invoqué.

Premier constat, l'hésitation vaccinale, qui concernait 7,9 % des participants en janvier 2021, a rapidement diminué jusqu'à atteindre 1,1 % en janvier 2022. En février et mars 2022, elle a connu un léger rebond (2,2 %), probablement suite à l'émergence du variant Omicron, moins virulent mais de transmissibilité accrue, ou en raison d'une lassitude quant à la situation sanitaire et aux confinements.

Principal motif d'hésitation, la crainte d'effets indésirables à long terme et les doutes quant à l'efficacité du vaccin. Or, selon les résultats, ce motif n'était pas lié à un risque accru de non-vaccination ultérieure. Autrement dit, il s'avérait le plus souvent transitoire, et ne constituait pas un réel obstacle à se faire vacciner par la suite. Les motifs les plus ‘réversibles' étaient ceux avancés, pour la santé de leur enfant, par les femmes enceintes ou allaitantes, ainsi que par les personnes qui préféraient s'abstenir pour céder des doses, initialement en nombre limité, aux publics plus vulnérables.

A l'inverse, d'autres motifs sont liés à un refus plus durable. Chez les personnes se disant opposées aux vaccins en général, le risque de non-vaccination était multiplié par 3,1 par rapport à la population générale. De même pour d'autres raisons à tonalité complotiste, telles que « l'impact du Covid-19 est grandement exagéré » (OR 3,21) et « je ne fais pas confiance à ceux qui ont développé les vaccins » (OR 2,63).

Les résultats révèlent aussi des différences selon le sexe et l'âge. Si les femmes étaient, initialement, plus réticentes envers la vaccination, elles étaient plus susceptibles de changer d'avis par la suite -ce qui peut s'expliquer par les craintes liées à une grossesse ou un allaitement (voir ci-dessus). De même, les jeunes, plus hésitants que les personnes âgées, se résolvent plus facilement à se faire vacciner.

Dans un éditorial, Claudia Palmieri et Silvio Tafuri, de l'Université de Bari Aldo Moro (Italie), estiment que les motifs liés à la sécurité et à l'efficacité « peuvent être gérés par une communication adaptée, mais [qu']il est nécessaire de les affronter rapidement car elles peuvent ralentir le déploiement d'une campagne vaccinale » (2). Selon eux, il s'agirait désormais de savoir si, au-delà du caractère exceptionnel du Covid-19, les vaccinations saisonnières subissent les mêmes attitudes.

Sources :

  1. Profiling vaccine attitudes and subsequent uptake in 1·1 million people in England: a nationwide cohort study, Whitaker et al., Lancet. 2026 Jan 12:S0140-6736(25)01912-9. doi: 10.1016/S0140-6736(25)01912-9
  2. Vaccine hesitancy: an evolving challenge, Palmieri et al., Lancet. 2026 Jan 12:S0140-6736(25)02601-7. doi: 10.1016/S0140-6736(25)02601-7
Profiling vaccine attitudes and subsequent uptake in 1·1 million people in England: a nationwide cohort study
Vaccine hesitancy: an evolving challenge

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