Vaccin anti-HPV : de premiers bénéfices observés en vie réelle chez l’homme
Chez les femmes vaccinées contre le HPV, plusieurs études menées en vie réelle ont confirmé, au-delà de la simple prévention du portage viral, une baisse du risque de cancer du col de l’utérus. Chez l’homme, une première étude, publiée dans JAMA Oncology, suggère un effet préventif contre les cancers de la tête et du cou.
Lancées en 2006, les premières campagnes de vaccination contre le HPV ne ciblaient que les jeunes filles. Ce n'est que plus tard (en 2019 en Belgique, mais dès le début des années 2010 en Australie et aux États-Unis) qu'elles ont été étendues aux jeunes garçons, en raison de bénéfices attendus non seulement pour leur propre santé, mais aussi dans un objectif d'éradication du virus.
Faute de recul temporel suffisant, les données de vie réelle confirmant les bénéfices du vaccin chez l'homme sont donc maigres. À ce jour, seuls de rares travaux ont porté sur des hommes vaccinés à l'âge adulte, probablement déjà porteurs du virus (1). Rien de tel chez ceux vaccinés avant leur entrée dans la vie sexuelle, événement clé de l'acquisition du HPV. Publiée dans JAMA Oncology, une étude épidémiologique, encore très préliminaire, suggère des effets préventifs chez les hommes vaccinés à l'adolescence (2).
Taito Kitano et Sayaka Yoshida, pédiatres au Centre médical général de la préfecture de Nara (Japon), ont analysé la base de données TriNetX, comparant 510.260 enfants, adolescents et hommes de 9 – 26 ans vaccinés à autant de jeunes hommes du même âge, non vaccinés. Parmi les premiers, seuls 40 cas de cancer potentiellement liés au HPV étaient recensés, contre 64 parmi les seconds, soit une baisse de 46 % du risque. Cette tendance était observée aussi bien avec le vaccin nonavalent qu'avec ceux de types bivalents et quadrivalents, les premiers mis sur le marché.
Toutefois, une analyse détaillée des résultats révèle que, parmi ces cancers, ne figuraient que des cancers de la tête et du cou. Aucun cas d'autres cancers liés au HPV (œsophage, anus, pénis) n'a été recensé, empêchant les chercheurs de conclure à leur sujet. Autre limite de l'étude, rien n'assure que ces cancers relèvent bien du HPV - même si, en raison du jeune âge des personnes analysées, il semble peu probable qu'ils soient liés au tabagisme.
Selon d'autres travaux, l'incidence de cancers de la tête et du cou liés au HPV continue à augmenter aux États-Unis chez les hommes de 45 ans et plus, alors qu'elle est en diminution chez les 20 – 44 ans (3). « La vaccination des jeunes contre le HPV, ainsi que l'immunité de groupe quant aux personnes non vaccinées, contribuent probablement à cette évolution », commentent les chercheurs. Selon eux, d'autres travaux seront nécessaires, à plus long terme, afin de démontrer les bénéfices du vaccin contre d'autres cancers masculins liés au HPV, aussi bien lorsqu'il a été administré à l'adolescence qu'en rattrapage vaccinal.
Sources :
- Impact of human papillomavirus vaccination on male disease: a systematic review, Rosado et al., Vaccines (Basel). 2023 Jun 9;11(6):1083. doi: 10.3390/vaccines11061083
- Nine-valent human papillomavirus vaccination and related cancers in males, Kitano et al., JAMA Oncol. 2026 Apr 9:e260496. doi: 10.1001/jamaoncol.2026.0496
- Trends in oropharyngeal cancer incidence among adult men and women in the United States from 2001 to 2018, Guo et al., Front Oncol. 2022 Jul 18:12:926555. doi: 10.3389/fonc.2022.926555