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Cancer du sein, biomarqueurs et individualisation du traitement (Interview du Dr Bachelot, ESMO 2021)

15/11 - Malgré des progrès thérapeutiques extrêmement importants ces dernières années, le cancer du sein reste associé à des traitements lourds, même à un stade précoce. Le développement de biomarqueurs permet une prise en charge plus personnalisée, avec des résultats en termes de contrôle de l’évolution à long terme. Le Dr Thomas Bachelot (Département d’oncologie médicale, Centre Léon-Bérard, Lyon) fait le point sur le sujet.

Les biomarqueurs prédictifs de réponse au traitement les plus utilisés actuellement sont les récepteurs hormonaux qui incluent les récepteurs d'œstrogènes (ER) et les récepteurs de la progestérone (PR), et le récepteur HER2-. Ce dernier est un oncogène qui induit une prolifération importante dans certains cancers du sein, mais surtout qui est une cible pour un anticorps monoclonal, le trastuzumab, qui complète le traitement post-chirurgical. Ces biomarqueurs permettent de classer le cancer du sein en quatre catégories (ER+/PR+/HER2- , ER+/PR+/HER2+, ER-/HER2+, et le triple négatif), et de définir le traitement.

Par ailleurs, d'autres marqueurs ont émergé ces dernières années. Le premier est une mutation germinale (i.e : héréditaire) dans les gènes BRCA1 ou BRCA2 qui jouent un rôle dans la réparation de l'ADN.  Une mutation d'un de ces gènes est fréquemment retrouvée dans les histoires familiales de cancer du sein. Le traitement par olaparib s'est révélé être spécifiquement efficace chez les patientes qui présentent ces mutations. Selon le Dr Bachelot, « lorsqu'on donne de l'olaparib à ces patientes après la chirurgie, on diminue de 40% leur risque de récidive. »

Ensuite, il y a des scores génomiques qui permettent de prédire le risque de récidive. Ils sont particulièrement importants pour les patientes ER+/HER2-. « On a plusieurs tests qui ont été validés sur un grand nombre de patientes. Oncotype Dx® est le plus connu, mais il y en a 4 ou 5. On fait ces tests sur la tumeur, et on obtient un score de rechute à 10 ans. Cela permet d'éviter la chimiothérapie à certaines patientes mais également de donner une chimiothérapie à certaines patientes à qui on ne l'aurait initialement pas proposé. »

La recherche s'intéresse aujourd'hui aux marqueurs prédictifs à l'immunothérapie, comme la surexpression de PD-L1 ou l'infiltration de la tumeur par des cellules lymphocytaires. Un autre axe de recherche concerne l'ADN tumoral circulant dont la présence suggère une réactivation du cancer même si les examens radiologiques sont normaux, et qui permet de traiter avant que la maladie ne se soit développée et d'avoir de meilleurs résultats potentiels. Le groupe coopératif français de recherche sur le cancer du sein UCBG, présidé par le Dr Bachelot, est l'un des premiers à s'être intéressée à cette technique en situation métastatique, et va présenter les résultats de ces travaux lors du San Antonio Breast Cancer Symposium en décembre 2021. Mais, le Dr Bachelot ajoute, « l'avenir c'est de faire cela en situation adjuvante càd après un cancer localisé. On fera des prises de sang régulières aux patientes, et un traitement sera initié dès l'apparition de cet ADN tumoral circulant. »

Pour le Dr Bachelot, il faut encore améliorer la capacité prédictive et prognostique des tests. Sélectionner les patientes à très haut risque permettra d'administrer à une population plus réduite des traitements beaucoup plus agressifs, avec plus de chances de succès. Il conclut : « De plus en plus, nous nous orientons vers une thérapeutique plus ciblée, où le bon traitement est donné à la bonne personne. »

 

Référence

D'après une interview du Dr Thomas Bachelot (Département d'oncologie médicale, centre Léon-Bérard, Lyon).

 

 

 
 
 

Caroline Vrancken - Lien d'intérêts financiers : aucun •