Dossiers  >   Compléments alimentaires  >  La taurine, faible biomarqueur du vieillissement

La taurine, faible biomarqueur du vieillissement

Publiée dans Science, une étude américaine remet sérieusement en cause les propriétés antivieillissement de la taurine. Cet acide aminé semble même devenir plus abondant chez les personnes âgées, en particulier chez les femmes, contredisant ainsi plusieurs travaux précédents.

La taurine, ou acide 2-aminoéthane-sulfonique de son nom complet, pourrait avoir des bénéfices contre l'inflammation et l'oxydation, sur la régulation de la glycémie et du cholestérol, ainsi que sur la performance musculaire. Publiée en 2023 dans Science, une étude internationale avait révélé que son niveau diminuait au fil de l'âge, aussi bien chez l'homme que chez le singe, et que la complémentation en taurine chez la souris pourrait même accroître la longévité (1).

Toutefois, d'autres travaux n'ont pas retrouvé d'évolution particulière du taux de taurine au fil de l'âge. C'est le cas d'une nouvelle étude américaine, également publiée dans Science et qui, à la différence des précédents travaux, ne repose pas sur une analyse transversale, mais longitudinale (2).

Dans ces travaux, probablement les plus complets menés à ce jour sur la taurine, l'équipe de Rafael de Cabo, du National Institute on Aging à Baltimore (Maryland), a analysé le taux de cet acide aminé au sein de trois cohortes humaines, établies dans diverses zones géographiques : une à Baltimore, une deuxième à Atlanta (Géorgie) et une troisième dans les Baléares (Espagne). Les chercheurs ont aussi étudié l'évolution du taux de taurine dans une cohorte de macaques rhésus et une autre de souris.

Au lieu d'une diminution, l'équipe observe soit une stagnation, soit une hausse du taux de taurine au fil de l'âge, plus marquée chez les femmes que chez les hommes, et ce au sein des trois cohortes humaines -résultat confirmé chez le macaque et chez la souris. Quelle que soit l'espèce, la variabilité interindividuelle des concentrations de taurine dépasse largement celle associée à l'âge, suggérant que cet acide aminé ne constitue qu'un piètre biomarqueur du vieillissement.

Les chercheurs ont ensuite analysé la concentration de taurine en fonction de divers critères de santé physique, tels que la force mesurée au niveau du genou, la force de préhension et le poids corporel. Les résultats révèlent des résultats très variables selon l'espèce, le genre et l'âge. Ainsi, les personnes jeunes ayant de faibles taux de taurine présentent une force musculaire en général moindre. A l'inverse, les personnes âgées ayant de faibles taux de taurine semblent dotées d'une plus grande force musculaire !

Selon les chercheurs, « l'abondance de la taurine dans la circulation sanguine est très changeante, et est régie par de nombreux facteurs, tels que l'espèce, le sexe, la composition du régime alimentaire et le statut de santé, ce qui pourrait expliquer les résultats divergents observés dans le contexte du vieillissement ». « Sur la base de nos résultats, nous estimons que de faibles concentrations de taurine ne constituent pas un bon biomarqueur du vieillissement. De plus, l'efficacité d'une complémentation en taurine, que ce soit pour ralentir le vieillissement ou pour traiter des affections liées à l'âge, dépend probablement du contexte », ajoutent-ils.

Malgré ces résultats aux airs de douche froide pour les partisans de la taurine, d'autres travaux semblent bien suggérer une efficacité de cet acide aminé dans certaines situations. « Les essais cliniques menés sur la complémentation en taurine ont montré des effets bénéfiques sur les maladies cardiovasculaires (3), sur certains marqueurs (mais pas tous) de maladies métaboliques (4), ainsi que des résultats mitigés (positifs, non concluants, négatifs ou faibles) sur des marqueurs de performance physique (5) », rappelle l'équipe.

Sources :

  1. Taurine deficiency as a driver of aging, Singh et al., Science. 2023 Jun 9;380(6649):eabn9257. doi: 10.1126/science.abn9257
  2. Is taurine an aging biomarker?, Fernandez et al., Science. 2025 Jun 5;388(6751):eadl2116. doi: 10.1126/science.adl2116
  3. Insights into the cardiovascular benefits of taurine: a systematic review and meta-analysis, Tzang et al., Nutr J. 2024 Aug 15;23(1):93. doi: 10.1186/s12937-024-00995-5
  4. The effects of taurine supplementation on obesity, blood pressure and lipid profile: A meta-analysis of randomized controlled trials, Guan et al.,
    Eur J Pharmacol. 2020 Oct 15:885:173533. doi: 10.1016/j.ejphar.2020.173533
  5. Taurine in sports and exercise, Kurtz et al.,
    J Int Soc Sports Nutr. 2021 May 26;18(1):39. doi: 10.1186/s12970-021-00438-0
Taurine deficiency as a driver of aging
Is taurine an aging biomarker?
Insights into the cardiovascular benefits of taurine: a systematic review and meta-analysis
The effects of taurine supplementation on obesity, blood pressure and lipid profile: A meta-analysis of randomized controlled trials
Taurine in sports and exercise

Romain Loury - Lien d'intérêts financiers : aucun • MediQuality